Yves Poirmeur

  • Le lobbying, qui regroupe les activités des groupes d'intérêt destinées à influencer les décisions des autorités publiques en leur faveur, a connu récemment un fulgurant essor. Si la pratique est ancienne, la culture politique issue de la Révolution, hostile aux intérêts particuliers, l'avait relégué dans l'informel, sans le faire disparaître : il revenait à l'État seul le soin de définir l'intérêt général. La démocratisation de l'État a par la suite favorisé le développement du lobbying.
    Elle a démultiplié les institutions politiques et administratives dans lesquelles les intérêts de plus en plus variés peuvent intervenir et diversifié les vecteurs par lesquels il est possible d'entrer en contact avec les décideurs et de les intéresser à leurs causes. Parallèlement, le développement de l'influence des médias sur les citoyens dans la démocratie d'opinion a ouvert au lobbyiste un vaste répertoire d'action qui permet de peser sur les décideurs en réalisant des campagnes de presse, en influant sur les choix des électeurs et en réalisant des opérations qui les prennent pour cibles.
    Retraçant l'histoire du lobbying, cet ouvrage s'attache d'abord à analyser les transformations institutionnelles et idéologiques qui ont favorisé sa promotion et examine la façon dont les groupes d'intérêts qui lui préféraient d'autres formes d'action s'y sont peu à peu convertis. Il étudie ensuite les répertoires d'action du lobbying et les logiques qui conduisent progressivement à la construction d'un groupe de lobbyistes professionnels dont l'identité reste incertaine et la légitimité contestée. Il s'intéresse enfin à la régulation du lobbying, qui a connu une spectaculaire avancée avec la définition par la loi du 9 décembre 2016 (loi Sapin II) du représentant d'intérêts et sa soumission à des obligations de transparence dont le respect est contrôlé par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

  • Justice et médias

    Yves Poirmeur

    Acteurs fondamentaux de la démocratie, justice et médias entretiennent des relations ambivalentes en raison de leurs fonctions respectives de régulation juridique de la société et d'information de l'opinion qui les conduisent à se surveiller mutuellement et dans le cas de la justice, à sanctionner les fautes commises par les médias comme par elle-même. Intéressés par les affaires judiciaires, effectuant tous deux des enquêtes pour connaître la vérité mais poursuivant des finalités différentes, justice et médias sont des associés-rivaux dont les concurrences comme les collaborations peuvent, pour des raisons propres à la configuration médiatico-judiciaire de chaque affaire, favoriser l'oeuvre de justice comme déboucher sur des échecs judiciaires retentissants.
    Pour analyser les rapports complexes qui se nouent entre justice et médias, cet ouvrage adopte une démarche historique, juridique et sociologique. Il examine d'abord comment s'est construit l'espace public médiatico-judiciaire avec le développement de la presse écrite et comment il a été restructuré avec celui des médias audiovisuels, la justice imposant un ensemble de restrictions à sa médiatisation auxquelles les médias ont dû s'adapter et les médias faisant réciproquement peser sur elle des contraintes de publicité de plus en plus importantes qui l'ont amené à se faire davantage communicante et à recourir aux nouvelles technologies d'information. Il étudie ensuite les mécanismes juridiques et déontologiques qui régulent la médiatisation de l'enquête et l'instruction, sur lesquelles la surveillance médiatique s'est focalisée avec le succès du journalisme d'investigation, puis ceux qui encadrent la médiatisation du procès et de la vérité judiciaire, ce qui permet d'apporter un éclairage sur les logiques à l'oeuvre dans les grands emballements médiaticojudiciaires qui émaillent l'histoire de la justice.

  • Jouant un rôle essentiel dans la structuration et le fonctionnement du système politique, les partis français sont à bien des égards atypiques et énigmatiques.
    En raison de leur apparition tardive, de l'organisation labile et de la faiblesse du nombre d'adhérents de la plupart d'entre eux, mais aussi de la variété des formes qu'ils prennent, de la diversité des mécanismes de fonctionnement qu'ils adoptent et du militantisme qu'ils suscitent, ils s'écartent des typologies des formes partisanes et des théories de leur succession avancées par la science politique comparée. Partant de l'idée de M. Weber selon laquelle les partis ont pour but de procurer à leur chef le pouvoir et à leurs militants des chances - idéales ou matérielles - de poursuivre des buts objectifs, croisée avec celle de J. Schumpeter qui les envisage comme des entreprises en compétition pour la direction politique opérant sur les votes des électeurs, cet ouvrage montre qu'ils sont moins étranges qu'il n'y paraît. En retraçant l'histoire des propriétés des marchés politiques sur lesquels ils sont en concurrence et celles des opérateurs politiques, il s'attache à dégager les logiques de construction et de déconstruction des entreprises partisanes, à rendre compte de la diversité de leurs formes organisationnelles et à comprendre les propriétés des systèmes de partis qu'elles constituent. Après avoir étudié la genèse et la structuration des partis et du système des partis sous les IIIe et IVe Républiques, il examine les restructurations intervenues sous la Ve République, liées à l'adoption de nouvelles règles du jeu politique, aux changements des comportements du personnel politique et des électeurs, et à l'introduction d'un mécanisme de financement public qui a modifié leur condition économique.

  • Longtemps laissés en franchise juridique, les partis politiques n'échappent plus aujourd'hui à l'emprise du droit et sont soumis à une régulation de plus en plus développée. Si la loi ne les a jamais totalement ignorés, en raison de la dangerosité pour l'ordre politique de ceux d'entre eux qui entendent prendre le pouvoir par la force - les factions - et du rôle des autres dans les processus démocratiques - participation aux élections et organisation de groupes parlementaires au sein des assemblées -, leur réglementation restait des plus légères. Le mouvement de codification amorcé dans l'entre-deux-guerres, alors qu'ils s'imposaient comme des acteurs incontournables des démocraties devenant peu à peu des États des partis, s'est intensifié après la seconde guerre mondiale, où, par vagues successives, les vieilles démocraties puis les nouvelles leur ont accordé un statut constitutionnel, et ont, souvent par petites touches, réglementé de plus en plus précisément leur répertoire d'actions politiques, leurs modalités d'interventions dans les institutions, leurs mécanismes de financement et, de façon plus intrusive, leur fonctionnement interne. Explorant le vaste champ de recherche ouvert par la différenciation de ce droit des partis, le présent ouvrage se propose de déchiffrer les stratégies normatives déployées par les États pour gouverner les organisations partisanes. Adoptant une approche historique et comparative, il s'attache à isoler les différents référentiels qui orientent les politiques de régulation des partis et à expliquer le caractère plurinormatif de la réglementation qui les encadre. Il analyse ainsi non seulement les principes qui régissent leur existence même, leurs activités dans l'espace public et leurs interventions dans les institutions, mais aussi les facteurs symboliques et institutionnels qui contribuent, dans toutes les démocraties, à faire de la régulation des partis un impératif catégorique.

  • Ces contributions sont centrées sur le thème des violences qui parcourt l'ensemble de l'oeuvre scientifique d'Armelle Le Bras-Chopard. Elles proposent une réflexion à la fois transversale et interdisciplinaire, et revisitent la thèse de Norbert Elias relative au processus civilisationnel. Cet ouvrage s'inscrit ainsi pleinement dans les débats actuels qui portent sur la question centrale de la décivilisation.

  • L'objectif de cet ouvrage est d'aborder le métier politique sous l'angle de ses représentations : représentations de l'activité politique mais également des qualités requises pour l'exercer. C'est la raison pour laquelle ont été privilégiés des éclairages obliques (fraudes électorales, femme du présidentiable.) et des matériaux originaux (romans, journaux, professions de foi, manuels, témoignages indigènes.).

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