Xavier Bougarel

  • La 13 division SS Handschar, créée en 1943, est une troupe musulmane originaire de Bosnie- Herzégovine. Recrutée par les Allemands, elle regroupe des Bosniaques chargés de lutter contre les partisans yougoslaves. Une fois entraînés sur le territoire français, ces combattants sont déployés dans les campagnes de Bosnie et contribuent aux plus grandes violences et exactions perpétrées contres les populations civiles durant la Seconde Guerre mondiale.
    Pour la première fois, un ouvrage va au-delà des clichés qui président à l'histoire de cette division. Xavier Bougarel, grand connaisseur des archives locales, s'intéresse aux motifs réels de la création de cette division SS, au profil et aux motivations de ses combattants, à la vie religieuse en son sein, aux formes de son engagement contre les partisans de Tito, et aux raisons de sa dislocation finale. Ce faisant, il propose aussi une nouvelle lecture de la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans, marquée par l'importance des enjeux matériels, la multiplicité des stratégies individuelles de survie, et les changements incessants d'alliance et d'allégeance politiques et militaires.

  • Entre 1992 et 1995, la Bosnie-Herzégovine a été le théâtre d'une guerre sanglante, symbolisée par le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica. Depuis, elle reste tiraillée entre les aspirations divergentes de ses trois communautés bosniaque (musulmane), serbe (orthodoxe) et croate (catholique). Toutefois, l'histoire post-ottomane de la Bosnie-Herzégovine n'est pas seulement marquée par la montée des idéologies nationalistes, mais aussi par la rémanence des logiques impériales. Du reste, de 1918 à 1992, la Yougoslavie fut-elle autre chose qu'un petit Empire sud-slave ? Dans ce contexte, l'histoire des musulmans bosniens reste singulière. Jusqu'aux années 1960, ceux-ci restent en effet étrangers à toute identification nationale et se replient sur leur identité religieuse. En 1968 seulement, la Yougoslavie communiste reconnaît l'existence d'une nation musulmane. Mais, dans le même temps, la modernisation accélérée de la société bosnienne se traduit par sa sécularisation rapide. En 1993, alors que la guerre fait rage, le nom national « Musulman » est abandonné au profit du nom « Bosniaque », mais la mise en avant de l'islam comme élément central de la nouvelle identité bosniaque s'accompagne de diverses tentatives de réislamisation. Finalement, les dirigeants bosniaques n'assurent la survie de leur communauté qu'en internationalisant le conflit bosnien et, jusqu'à aujourd'hui, ils restent confrontés aux paradoxes constitutifs de l'identité nationale bosniaque. Basé sur de nombreux séjours sur le terrain et sur une connaissance intime des sources écrites, cet ouvrage constitue une analyse novatrice de l'histoire post-ottomane et post-communiste des musulmans bosniens. Il explore des aspects méconnus de la crise yougoslave, rend compréhensibles les ambiguïtés autour desquelles s'est constituée l'identité nationale bosniaque, reconstitue les transformations de l'islam bosnien, de la fin de l'époque ottomane à nos jours. Ce faisant, il renouvelle les réflexions sur les guerres et les après-guerres de l'espace yougoslave, sur la constitution des identités nationales et la force des héritages impériaux en Europe de l'Est, et sur la présence de l'islam en Europe. Xavier Bougarel est chercheur au CNRS, rattaché au Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques à Paris, et au Centre Marc Bloch à Berlin. Il est l'auteur de Bosnie, anatomie d'un conflit (1996) et, avec Nathalie Clayer, de Les musulmans de l'Europe du Sud-Est. Des empires aux États-nations (2013). Il a co-dirigé plusieurs ouvrages collectifs dont The New Bosnian Mosaic (2007) et Investigating Srebrenica (2012).

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  • Construit partir d'tudes ralises par X. Bougarel depuis le dbut de l'affrontement, apporte des clairages indits pour la comprhension du dossier bosniaque. Complt d'une chronologie raisonne, de cartes et de statistiques.

  • L'Europe du Sud-Est, qui s'étend de la Croatie à la Grèce et de l'Albanie à la Bulgarie, compte environ huit millions d'habitants de culture musulmane. Albanais, Bosniaques, Turcs, Roms, ils sont les descendants de populations converties à l'islam ou installées là pendant la période ottomane. Dans cet ouvrage sont présentées les transformations sociales, politiques et religieuses rencontrées par ces populations aux XIXe et XXe siècles, période marquée par la disparition des Empires ottoman, austro-hongrois et russe, et par la formation des différents États balkaniques. Sur le plan politique, les musulmans de l'Europe du Sud-Est ont connu une lente et complexe cristallisation de leurs identités nationales respectives.
    Celle-ci s'est accélérée après 1945 sous les effets de la modernisation communiste et a débouché à la fin du XXe siècle sur des mobilisations nationalistes symbolisées par l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine et du Kosovo, dans le cadre de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie. Sur le plan religieux, ils sont longtemps restés liés aux institutions religieuses de l'Empire ottoman, ainsi qu'à divers réseaux scolaires, confrériques et intellectuels.
    Après la parenthèse communiste, de nouveaux réseaux sont apparus, de type néosalafiste ou néo-confrérique notamment. Mais les musulmans balkaniques n'ont pas échappé aux processus de sécularisation à l'oeuvre dans l'ensemble de l'Europe. Cet ouvrage éclaire ainsi d'un jour nouveau les bouleversements qu'a connus le continent européen au cours des deux derniers siècles et renouvelle les réflexions actuelles sur la place de l'islam en Europe. Nathalie Clayer et Xavier Bougarel sont chercheurs au Centre d'études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (CETOBAC).
    Nathalie Clayer est spécialiste des questions religieuses et nationales dans l'Europe du Sud-Est aux époques ottomane et post-ottomane. Xavier Bougarel est spécialiste de l'islam en Europe du Sud-Est et des guerres et après-guerres en ex-Yougoslavie.

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