Wolf Lepenies

  • Nourrir une « ambition pour la Méditerranée » est une composante essentielle de la politique française depuis la fin de l'empire napoléonien. Cette politique, qui vise à former une coalition entre les divers peuples de la « mer privilégiée » (comme l'appelait Fernand Braudel), s'offre comme un contrepoids à l'influence de l'Allemagne sur l'Europe. C'est ainsi que pour tenir tête aux empires slaves et germaniques, plusieurs générations de décideurs politiques ont envisagé de créer un « Bloc latin », une « Union méditerranéenne » ou bien encore, sous un intitulé particulièrement agressif et significatif, un « Empire latin ».Le présent ouvrage traite de ces tentatives, de leurs soubassements et de leurs ressorts. Il s'attache à décrire la construction et la propagation des stéréotypes culturels nord-sud depuis le xviiie siècle jusqu'à nos jours, s'intéresse au « Système de la Méditerranée » des saint-simoniens du début xixe siècle, et s'attarde sur la période des deux guerres mondiales. Wolf Lepenies révèle dans la vieille rivalité franco-allemande des ressentiments profondément enracinés entre un Nord protestant soi-disant austère et un Sud catholique où règnerait légèreté et joie de vivre - idées reçues anciennes qui aident à comprendre les coalitions et les lignes de front européennes qui sont encore à l'origine des politiques actuelles.

  • Si la littérature et les sciences avaient leur place assurée à l'Université, la sociologie a dû conquérir le droit d'y entrer. Ce livre retrace la naissance de la nouvelle discipline en évoquant la vie et l'oeuvre des penseurs les plus éminents en France, en Angleterre et en Allemagne : A. Comte, H.G. Wells, E. Durkheim, C. Péguy, T. Mann... et restitue la lutte que se livrent les trois protagonistes, les trois cultures.

  • Comment y voir clair dans l'oeuvre immense du plus grand chroniqueur littéraire qu'an connu le XIXe siècle français ? Comment comprendre ses incompréhensions à l'égard de ses contemporains : Balzac, Hugo, Stendhal, Baudelaire, et comment apprécier à la fois ses soubresauts de progressisme social, avec Saint-Simon, mais aussi Lamennais et surtout Proudhon, et son conservatisme foncier ? Fallait-il qu'il fût resté croyant, pour écrire en outre l'énorme Port-Royal ? Mérite-t-il la condamnation prononcée par Proust, qui l'avait lu un peu, et après lui par tout le XXe siècle, qui ne le lisait plus guère ?
    Sur ces multiples questions, Wolf Lepenies nous prête son regard neuf, parce que extérieur à la France et à cette vie littéraire spécifiquement française à laquelle Sainte-Beuve n'a pas peu contribué.
    Alliant donc une sorte de naïveté à une solide érudition, cette vaste biographie intellectuelle fait revivre l'oeuvre, l'homme, et son siècle.


  • au début du xxe siècle, un diagnostic s'impose : " ordonner à des fins européennes le reste du monde " (valéry) n'est plus vraiment possible.
    la sympathie que nous éprouvons aujourd'hui encore pour cette " politique de l'esprit ", malgré son échec, doit être interrogée. ce constat lucide reposait sur une distinction rigoureuse entre une europe de la politique et une europe de l'esprit. mais aujourd'hui cette distinction semble brouillée. a la victoire, dans le monde entier, du capitalisme et du libéralisme, issus de notre vieux continent, correspond une responsabilité universelle.
    nous, européens, et plus précisément nous, intellectuels, devons reconnaître qu'il nous faut assumer cette responsabilité, sans chercher à nous cacher derrière l'utopie socialiste des fins, ni derrière l'utopie capitaliste des moyens. le temps des utopies est peut-être révolu, mais nous ne devons plus trouver refuge dans la mélancolie. existe-t-il une tradition des lumières qui ne soit pas eurocentrique ? bien des choses dépendront des réponses que nous apporterons à cette question.


  • Dans ce petit livre plaisant et merveilleusement bien informé, Wolf Lepenies, auquel on doit des ouvrages majeurs de sociologie historique sur la vie intellectuelle en France au XIXe siècle, ne nous livre pas une biographie de Comte pas plus qu'il ne nous fournit une introduction à la doctrine positiviste et à ses remaniements successifs. Il revisite d'un pas alerte la trajectoire parisienne d'un des plus grands producteurs de théorie épistémologique et politique de son siècle, un homme dont Marx raillait les prétentions encyclopédiques, mais qui fut sans doute, après Hegel, le dernier représentant de l'ambition qui visait à produire une synthèse universelle, assortie, en l'espèce, d'un projet théologico-politique.

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