Stéphane Bouquet

  • Marie dit la vie la vie tu n'as que ce mot aux lèvres c'est vrai j'avoue la vie est le seul refuge, je ne sais plus trop à force si "j'écris sur vous au lieu de mourir" ou pour rejoindre un verbe au présent "et me sentir mille choses heureuses à la fois" ayant atteint "la bienveillance du réel" du genre ces bras entre nous respirés alors c'est gagné la vie la vie

  • Référence explicite au fameux recueil de Ronsard, Les Amours , ce livre revisite la tradition de la poésie amoureuse et en propose une suite avec des outils contemporains. Dans Les Amours suivants , opportunément pluriels, le poète propose de multiplier les muses, de penser l'amour comme une fi gure d'engagement dans la vie multiple, faire du monde mondialisé une surface de surf sur corps et visages où les a ects obéissent à la même logique que celle de chacun de nos jours :
    Une sorte d'accessibilité de tout partout, une disponibilité maximale, un bonheur qui ne cesserait de se répandre, ici et ailleurs. Un monde à foison où l'amour cesserait d'avoir un seul visage.

  • Dans un dîner, il y a toujours un moment où l'on parle météo et un autre où l'on parle politique et un autre où l'on parle cinéma et un autre où l'on parle sexe. En France, en tout cas - et sans doute ailleurs aussi.
    « De quoi avons nous eu l'air / à cancaner hier / à la table du dîner ? » demandait par exemple, James Schuyler (poète US) avec lequel il devait être si agréable de converser.
    Ou peut-être pas. Mais ses poèmes sont d'une tendresse qui rend la compagnie de leur auteur infiniment désirable.
    La Cité de paroles voudrait être un livre en compagnie. Comme les convives d'un dîner, il vagabonde d'un sujet à l'autre, avec pas mal de sauts dans le passé ou à l'étranger. Le livre parle politique (existe-il un poème démocratique ?) et météo (pourquoi Pasolini aimait-il la pluie ? ) et sexe (la prostitution ou l'homosexualité sont-elles des formes qui aident le poème à s'inventer ?) et etc.
    Mais en basse continue circule la même idée obsédante : les poèmes ne sont pas des choses sacrées ou ésotériques. Au contraire, ils sont des moyens de la conversation et du partage et du laisser-aller. Ils doivent s'efforcer d'être aussi futiles qu'une après-midi passée à la plage. C'est-à-dire que soleil & mer & odeurs d'huiles hydratantes : quelque chose dans l'allant de l'expérience (poétique) est partagé entre inconnus.

  • Vie commune

    Stéphane Bouquet

    Cet ouvrage rassemble trois poèmes, une pièce de théâtre et trois récits sur le thème du vivre ensemble et des projets individuels ou collectifs pour faire renaître un espoir commun.

  • Agnès a un cancer. Son ambulancier attitré s'éprend follement d'elle un périphérique après l'autre. Mais Agnès meurt (malgré l'amour). L'ambulancier qui ne pourra vivre avec elle choisit de vivre parmi elle, au milieu de ses meubles.

  • Un peuple

    Stéphane Bouquet

    Un homme marche dans les allées d'un cimetière : Walt Whitman, John Keats, Ovide, Virginia Woolf, entre autres tombes. Il se demande ce qu'est la poésie. Il se sert dans les morts pour élaborer des réponses. D'une certaine manière, il essaie de se glisser dans leur brouhaha, il répète ce qu'il comprend : par ex. rendre la vie vivante, telle est la tâche que la poésie s'assigne parfois. Ou bien : trouver des égalités et des ressemblances dans le monde genre x roses = une certaine somme d'argent. Ou bien, parfois, la poésie attend comme une dingue un Tu et encore plus un Vous qui lui laisse ouvrir entièrement les draps du poème. S. B.

  • Depuis au moins vingt ans, Clint Eastwood est tenu en France pour un très grand cinéaste.
    L'objet de cet essai est de comprendre les causes de cette réputation, étant entendu que la qualité des films ne saurait suffire à l'expliquer. Ses moins bons films, dont personne ne le tient réellement responsable, tombent dans un oubli sans conséquence tandis que ses meilleurs sont immédiatement qualifiés de chef-d'oeuvre. C'est qu'Eastwood se transforme en fétiche. Ses histoires sont d'abord sur lui-même, il est tout occupé à bâtir son mythe.
    Sa légende prend d'abord la forme d'un personnage récurrent: moderne cow-boy solitaire, mal à l'aise avec les lois, justicier à sa façon et guerrier blessé. Mais il se transforme également en l'Amérique elle-même, il incarne ce qui lui arrive, dans la lignée d'artistes qui se sont pensés comme modèle pour le pays. A travers la plupart de ses films, et particulièrement ceux réalisés depuis les années 1990, jusqu'à J.
    Edgar (qui sort en France le 11 janvier 2012), voici donc le portrait filmique d'un artiste américain qui a fini par produire lui-même une série inlassable d'auto-portraits et à devenir, pour beaucoup de spectateurs français, le rêve américain en soi. Ou ce qu'il en reste.

  • depuis longtemps insiste le distique suivant : un homme est très peu de mots/qu'il recommence jusqu'à sa mort.
    quelques-uns de ces mots servent à la définition d'un possible paradis : par ex. le mot fleuve, les mots frère ou chose, le sujet nous qui est un ensemble commun, l'éparpillé du mot neige et son équivalent anglais snow, par ex. la joie qu'il
    y a dans le mot danse, ou dans le prénom de lui, etc.

  • In anno aetatis est l'inscription que les Romains gravaient sur les tombes. Cela veut dire : il est mort dans l'année de cet âge, par exemple vingt-trois ans. D'une certaine façon, ce titre convient à ce livre, qui est un tombeau. Je tiens le compte, jour par jour, de la mort et comment elle progresse.
    Je est le personnage de ces textes. Il est celui qui va mourir; et aussi, il désire et attend la beauté. Il est probable que je puisse être presque n'importe qui, ou au moins beaucoup de monde.
    Publier semble accréditer l'idée que c'est important qu'on existe, soi - alors que dieu sait. A la fin, on se retrouve la bouche entrouverte et les yeux qui bavent.
    S.B.

  • " il y a un peuple : ou au moins il y a l'espoir d'un peuple, d'une affluence faite de gens et de passé et de mémoire contenus dans des livres et des fois dans des corps vivants : et on monterait dedans, on serait compris dans le mouvement général.
    Et c'est le monde. " le monde comprend : d'autres textes, certains visages, des corps mais loin, la vie de chaque jour, un voyage aux etats-unis vers une origine improbable, tyler, des soldats morts, une autre langue.

  • Une lettre de pier paolo pasolini explique son attachement à l'évangile de saint matthieu : " ce jour-là je l'ai lu tout à la file, comme un roman.
    Et dans l'exaltation de cette lecture, il m'est venu l'idée d'en faire un film. " en fait, dès son adolescence, la lecture de matthieu fut une source d'inspiration pour sa poésie. il s'est d'ailleurs souvent identifié lui-même à la figure du christ, venu aider et aimer les hommes, et que les hommes rejetaient. la réalisation d'il vangelo secondo matteo marque un tournant dans la carrière de pasolini cinéaste, ce film a été le laboratoire de son style propre, dans la mesure oú il s'aperçoit très vite que l'adaptation du texte du nouveau testament le mène à la limite du chromo.
    Il choisit donc de rester littéralement fidèle au texte en bouleversant, la grammaire cinématographique. il mêle des expériences formelles variées, du réalisme du reportage à la stylisation de certains " tableaux " de la vie du christ pour aboutir à ce qu'il nomme un " magma ". son christ, au milieu de ces années 60 si novatrices, dégage un parfum de scandale. le poète rebelle, influencé par la vision humaniste du communisme d'antonio gramsci, porté par les courants catholiques d'extrême-gauche de l'époque, dresse le portrait d'un christ révolutionnaire : le cinéaste entend dans l'evangile un appel à la lutte contre un ordre ancien, vers un monde meilleur oú régnerait une grande joie primitive.

    Sur commande
  • Gus van sant a profondément transformé notre regard sur la jeunesse américaine.
    En 2003, le jury du festival de cannes, bouleversé par la transposition de la fusillade du lycée de columbine qu'il livre avec elephant, lui décerne la palme d'or. son parcours est fait de métamorphoses successives, des quartiers populaires de portland, " sa " ville, filmée d'abord en noir et blanc dans mala noche jusqu'au san francisco des années 70, reconstitué pour faire revivre la lutte de harvey milk pour les droits des homosexuels.
    A la fin des années 80, il représente le jeune auteur indépendant par excellence avec drugstore cowboy, my own private idaho, even cowgirls get the blues. son univers peuplé d'une nouvelle génération d'acteurs ( matt dillon, river phoenix, keanu reeves. ) affirme son identité homosexuelle et mêle les influences du western classique, de la culture " beat ", de la peinture hyperréaliste et des écoles contemporaines de la photographie américaine.
    Au milieu des années 90, l'auteur se mue en artisan des studios avec will hunting et a la recherche de forrester. psycho marque le tournant qui le conduit vers gerry, elephant, last days et paranoid park et le statut d'un artiste protéiforme au moment oú l'on découvre qu'il peint, photographie, compose et interprète. l'oeuvre de gus van sant est à la fois neuve et prise dans le mouvement d'une génération.
    Chacune de ses périodes place le cinéaste au meilleur poste d'observation, dans l'oeil du cyclone, à partir duquel il ressent et donne à voir les contours du temps présent.

  • Il y a bien des façons de vivre avec des photographies. On peut les regarder avec précision : cadre, contraste, couleurs, composition, etc. On en déduirait forcément des idées, des pensées. Mais on peut aussi vouloir plus : non pas simplement regarder mais habiter dans les photos, les considérer comme un nouveau logis auquel il faut s'habituer. Les photos nous sont alors de nouveaux paysages, comme une terre où l'on vient de débarquer sans rien savoir, devant tout réapprendre des règles. Chaque photo nous propose d'être un pionnier.

  • Les Oiseaux favorables, les bons augures, ceux qu'attend la personne qui est « elle » dans ce livre. Elle, sa solitude interminable, la fuite des désirs, les histoires imaginaires ou virtuelles, l'écoulement naturel et inexorable de la vie, voilà ce que Stéphane Bouquet déploie dans sa prose très pure, qui rejoint la recherche d'apaisement de son personnage.

    Amaury da Cunha offre à cet univers ses photographies allusives et intimes, tout en nuances et clairs-obscurs, comme autant d'énigmatiques espaces en suspens. Les images, parfois en diptyques, sont des constructions lacunaires qui invitent le lecteur à imaginer l'instant d'après.

  • Nos amériques est l'histoire d'un séjour : à New York peut-être, mais surtout dans l'utopie presque réalisée, dans la lumière, près d'un fleuve qui coule, avec tous les gens qui marchent sur le trottoir, et les voitures, les poutrelles métalliques.
    Dans cette ville-là, plusieurs personnes parlent, des je tu il elle, afin qu'on soit sûr que la conversation est bien commune et le quasi-bonheur mondialisé. S. B.

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