S. Salaun

  • "Toutes les fins de siècle se ressemblent", voilà ce qu'écrivait Doris-Karl Huysmans, en 1891, dans Là-bas.
    Cette affirmation lapidaire, qui semble faire l'objet d'un très vague consensus, mérite d'être vérifiée. Cette impression de crise, de mal être ou de mal de vivre, de société en mutation qui tangue entre un conservatisme frileux et l'aspiration fébrile à la modernité, prend-elle vraiment, au tournant des siècles, une acuité particulière ? Ce passage d'un siècle à l'autre met-il en jeu des tensions, des énergies, des forces plus intenses qu'à d'autres périodes intermédiaires ? Sans perdre de vue le panorama européen, il n'est peut-être pas inutile de voir comment l'Espagne s'inscrit dans cette problématique des "fins de siècles", tout au moins à l'ère moderne, du XVIIIe siècle à nos jours.
    Est-il vrai, par exemple, que l'Espagne, à la différence de ses voisins, baignerait dans un même climat d'inquiétudes et d'aspirations confuses, mais présenterait une dualité bien spécifique : alors que l'univers institutionnel et politique se caractériserait par la continuité et même un certain immobilisme, c'est l'effervescence culturelle qui prendrait en charge la quête de rupture et de rénovation en profondeur de la société tout entière.

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