Vie pratique & Loisirs

  • De plus en plus de football. De plus en plus, jusqu'à la nausée. De plus en plus, comme à l'infini : notre temps disponible, notre temps hors travail, hors obligation sociale, saturé, occupé par le spectacle du football. Est-il une évasion, cependant, ce spectacle ? Une escapade, comme l'est le théâtre classique ou l'opéra, hors du monde de la quotidienneté plus ou moins aliénée, plus ou moins inauthentique ? L'invasion permet-elle l'évasion ? Souvenons-nous d'un propos de Paul Valéry : « la vie moderne (...) remplace l'imagination par les images ». Aujourd'hui, le meurtre est accompli. Le monde est rempli d'images de football. Les coeurs et les cerveaux, les espoirs et les passions, les esprits et les âmes, le sont également. Le football a installé sa demeure au centre de la vie moderne. Faites-nous rêver, demande-t-on souvent à une équipe de football ! Dès que nous posons la question du contenu de ce rêve, la consternation nous saisit. À quoi pourriez-vous nous faire rêver, vous les joueurs ? Vous les équipes ? Tenter de répondre à cette question provoque un malaise : le rêve que le football serait censé offrir est sans contenu. Vide. À quoi servent-elles, ces images ? Où conduisent-elles ?
    Agrégé de Philosophie, Robert Redeker est l'auteur de nombreux livres. Il collabore également à plusieurs revues et journaux. Il a publié dernièrement Le soldat impossible (Pierre-Guillaume de Roux, 2014), Bienheureuse vieillesse (Le Rocher, 2015) , L'école fantôme (Desclée de Brouwer, 2016) et L'éclipse de la mort (Desclée de Brouwer, 2017). Il s'emploie également à la photographie et à la critique littéraire.

  • Le sport est vécu par la plupart de nos contemporains comme quelque chose allant de soi. Envahissant, saturant l'espace et le temps, il n'est jamais questionné, échappant à toute critique approfondie. Le sport est pourtant, en quelque sorte, le moule dans lequel notre société est fabriquée. Il est le nouveau pouvoir spirituel. Il façonne les âmes autant que les corps. Il promeut un corps fabriqué de type inédit, quand l'âme du sportif lui a été enlevée pour la remplacer par le mental. Robert Redeker se livre à une attaque sans concession du sport contemporain. Il en dénonce les mutations, les travers et surtout les fonctions nouvelles : transformation des organismes humains, culte de la performance infinie, ersatz de religion, substitut de relations internationales.
    Un livre nécessaire et polémique à quelques semaines des Jeux olympiques de Londres.

  • Si la dramaturgie du sport n'a pas changé - un événement sportif est toujours un suspens sans fiction -, les sportifs, eux, ont changé radicalement. On pouvait auparavant s'identifier, plaisir de la projection, à Platini, McEnroe ou même Eddy Merckx, mais aujourd'hui les champions, produits usinés méthodiquement pour et par le sport-spectacle, appartiennent à une autre espèce biologique que la nôtre.
    Le sport est-il le laboratoire de cette entité nouvelle, qui conserve la forme visible de l'homme mais qui n'est plus tout à fait ce que l'on appelait un homme oe

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