Raymond Trousson

  • Rousseau

    Raymond Trousson

    Célèbre à 38 ans, Rousseau (1712-1776) fut pour ses contemporains, tantôt le paradoxal sophiste des Discours, tantôt le maître des âmes sensibles révélé par La Nouvelle Héloïse, tantôt le législateur intransigeant du Contrat social.
    Déifié par une Révolution anxieuse de se découvrir un père spirituel, le plus souvent honni par un XIXe siècle qui le dénonce, ici comme un anarchiste, là comme un prophète du totalitarisme, il est présent à tous les moments de crise où se cherche l'Occident. Créateur, avec Les Confessions, de l'autobiographie moderne, il est, disait François Mauriac, « l'un de nous », toujours agissant et vivant. Au-delà de l'oeuvre, capitale, l'homme, séduisant, rebutant, contradictoire et complexe, n'a cessé de susciter les prises de position les plus passionnées.

  • Voltaire

    Raymond Trousson

    Si le XVII e siècle fut le siècle de Louis XIV, le XVIII e appartient au « roi Voltaire ».
    Philosophe déiste, dès les Lettres philosophiques, il a lutté contre ce qu'il nommait « l'Infâme » - le fanatisme, les superstitions et les préjugés de toute sorte - et prêché inlassablement la tolérance. Aujourd'hui encore, son Traité sur la tolérance, publié en 1763, n'a rien perdu de son actualité.

    Champion de la réforme judiciaire, adversaire de la torture et de la peine de mort, défenseur de la liberté de penser, ses combats pour les Calas, les Sirven, les La Barre et autres, ont fait de lui le symbole de la résistance à toutes les oppressions, le dénonciateur infatigable des crimes contre l'humanité et la pensée, celui qui, contre toutes les résistances, n'a cessé de pousser « le cri du sang innocent ».
    Seigneur de Ferney, il a transformé, en quelques années, une bourgade misérable en une petite ville florissante où cohabitaient paisiblement catholiques et protestants.
    Tel est l'homme que la foule acclame en 1778 à Paris, où il vient mourir après vingt- huit années d'exil, et celui que la Révolution, le 11 juillet 1791, porte au Panthéon.
    Deux siècles plus tard, il demeure une référence universelle et l'ancêtre des intellectuels engagés, l'un de ceux qui ont contribué à édifier le monde moderne.
    Admiré ou exécré, Voltaire l'insoumis ne laisse personne indifférent, et sa gloire demeure à la mesure des passions qu'elle éveille et des haines qu'elle nourrit. Sa longue carrière a été un incessant combat et nous sommes les héritiers de ses victoires.

  • Prométhée, c'est le symbole de l'intelligence humaine, de la création, de l'art et de la science; c'est aussi le savant torturé par la recherche, le philosophe par la vérité, le révolté contre toute autorité, le premier champion de la liberté métaphysique.
    Eschyle, Boccace, Calderon, Goethe, Schelley, Bourges entre autres furent fascinés par le voleur de feu. L'ouvrage de Raymond Trousson déploie l'éventail des interprétations dont le héros de la mythologie grecque a fait l'objet en même temps qu'il décrit son évolution chronologique à travers la littérature occidentale. C'est l'odyssée séculaire d'un des symboles inhérents à notre conscience que nous voyons se dérouler au fil des pages.

  • " Regardez-y de près, et vous verrez que la liberté est un mot vide de sens ;
    Qu'il n'y a point, et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres ; que nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à l'éducation, et à la chaîne des événements. " Philosophe matérialiste, penseur politique audacieux, champion de la lutte contre l'obscurantisme et l'intolérance, romancier, théoricien du théâtre et du conte, codirecteur de l'Encyclopédie, Diderot (1713-1784) est l'une des figures les plus originales et les plus vigoureuses du XVIIIe siècle. Souvent précurseur de la pensée scientifique moderne dans la Lettre sur les aveugles ou le Rêve de d'Alembert, auteur de La Religieuse, " la plus effrayante satire des couvents ", et d'un roman unique en son genre, Jacques le Fataliste, initiateur de la critique d'art, penseur en quête d'une morale laïque, il est bien le génie universel ou le " pantophile " que saluait Voltaire.

  • De la sortie de presse du Discours sur les sciences et les arts, en janvier 1751, à la publication posthume des Confessions, en 1782 et 1789, en passant par sa rupture retentissante avec les " philosophes " ou les condamnations de l'Émile et du Contrat social, Jean-Jacques Rousseau n'a cessé de passionner l'opinion.
    Il a très tôt représenté un type nouveau d'intellectuel en rupture avec l'ordre social, avant de devenir un maître à penser et un directeur de conscience. Quels témoignages les contemporains qui ont approché ce personnage hors du commun ont-ils laissés sur celui qui, avec Voltaire, partage la vedette de l'actualité littéraire et philosophique ? Comment son image a-t-elle évolué, depuis celle du prophète ou du charlatan évoquée en 1750 par Mme de Groffigny, jusqu'à celle du sage, du Socrate martyr de sa cause, jusqu'à celle de l'inspirateur de la Révolution française en passant par celle du misanthrope sublime ou du saint ? Quel autre écrivain a pu être comparé, par ses lecteurs enfiévrés, à Moïse, à Lycurgue, au Christ ? On trouvera ici une soixantaine de ces témoignages de visiteurs, français et étrangers, admirateurs inconditionnels ou mémoralistes hostiles, qui ont relaté leur rencontre avec l'homme qui osait dire ; " Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent ".

  • Julie, ou La Nouvelle Héloïse connut, lors de sa publication en 1761, un succès sans guère de précédents dans l'histoiredes lettres françaises et, jusqu'à la fin du siècle, quelques 72 éditions.
    Roman d'amour, mais aussi roman-somme et livre-guide, synthèse aimable des idées de Rousseau qui devient aux yeux de ses lecteurs une sorte de saint laïc et le maître des âmes se nsibles qui ramenait à la vertu les coeurs égarés par la passion. Critiqué, parodié, raillé parfois par les professionnels de lacritique, victime des sarcasmes de Voltaire, ce grand roman n'en eut pas moins un formidable impact sur le public et une influence qui se fera sentir jusqu'au romantisme. La Nouvelle Héloïse devra son succès à un public dont, pour la première fois, on conn aît les réactions spontanées par les lettres d'admirateurs connus, obscurs ou anonymes. Lettres étonnantes, qui ne sont que spasmes et sanglots, délire, larmes de tendresse et de bonheur. Rousseau a eu l'intention de publier ces lettres qu'on rassemble ici, accompagnées d'un dossier contenant les comptes rendus parus dans la presse de l'époque.

  • Les rêves de bonheur ont depuis toujours hanté l'imagination humaine. Tombée de l'âge d'or dans l'âge de fer, l'humanité nostalgique, en inventant l'utopie, substitua à la conscience navrée d'un impossible retour, un espoir. L'utopie se présente aussi comme un genre littéraire privilégié. Non seulement elle draine avec elle les expériences formelles du genre romanesque, mais elle est sans doute le domaine où s'expriment le mieux la conscience que l'homme a de son destin et sa volonté souvent pathétique de le modifier et de l'orienter. C'est dans cette mesure qu'elle dépasse la fantaisie imaginative : elle est le reflet de l'humanité devant sa hantise de la perfection et de l'absolu, ou encore, si l'on veut, l'incarnation de son rêve d'échapper à la contingence.

  • Tout au long de son histoire, l'Utopie a tracé la voie vers une société juste, assurant le bonheur de tous. Le XIXème siècle a fait des sciences et des techniques les bases de son culte quasi religieux du Progrès, censé créer un monde de justice, d'égalité et de bonheur. Mais ce qui devait affranchir a instauré une nouvelle servitude. Le XXème sicèle, nourri de tragiques expériences, s'est imprégné d'un pessimisme croissant à l'égard des sciences et techniques, dont on craint désormais qu'elles dévastent le monde. C'est l'évolution de cette conception des sciences et techniques dans la cité idéale que l'on a tenté de raconter ici.

  • À la différence de Stendhal, Montesquieu ou Rousseau, Diderot n'a pas encore fait l'objet d'un essai de chronologie serrée. Depuis quelques décennies, les progrès de la recherche ayant éclairé certaines zones d'ombre, il est devenu possible de se faire une idée plus précise de l'existence du philosophe. Ce Diderot jour après jour fournit un aperçu très succinct du contenu des lettres de et à Rousseau, et même parfois de correspondances externes qui permettent de fixer des dates et des faits. Sans se substituer ainsi à la biographie, ni à la correspondance elleoemême, elle fournit des points de repère et surtout permet d'embrasser d'un coup d'oeil telle période de la vie de Diderot, de le saisir dans sa vie quotidienne en relevant les faits, déterminants ou insignifiants, qui en ponctuent le cours, de mentionner ses préoccupations, ses relations suivies ou ses rencontres.

  • Si l'écrivain Charles De Coster, auteur de la célèbre Légende d'Ulenspiegel, est connu et reconnu à travers le monde, son oeuvre journalistique ne bénéficie pas de la même reconnaissance. Pourtant, sa collection à l'Uylenspiegel, journal des ébats artistiques et littéraires, feuille satirique anticonformiste fondée en 1856 par Félicien Rops, mérite à tout le moins d'être prise en considération.
    C'est maintenant chose faite grâce à l'étude fouillée de Raymond Trousson qui, pour la première fois, commente et remet en contexte cette intense production journalistique. Sous la plume, les chroniques artistiques, littéraires et autres analyses vitriolées de la vie politique prennent toute leur dimension et se révèlent à leur juste valeur, c'est-à-dire comme des témoins majeurs des enjeux et préoccupations d'une époque charnière...

  • L'historien Jules Michelet disait : « C'est le vrai Prométhée. [...] Grand spectacle de voir ce siècle autour de Diderot. Tous venait à la file puiser au puits de feu. Ils y venaient d'argile, ils en sortaient de flamme. [...] Source immense et sans fond. On y puisa cent ans ; l'infini reste encore » Codirecteur, avec le mathématicien d'Alembert, de l'Encyclopédie, véritable monument des
    Lumières qui se proposait de « changer la façon commune de penser », romancier moderne et conteur original, dramaturge et théoricien du théâtre, philosophe matérialiste et athée, souvent précurseur dans le domaine de la réflexion scientifique, penseur politique audacieux, créateur en France de la grande critique d'art, l'auteur de La Religieuse, du Neveu de Rameau, de Jacques le Fataliste, du Paradoxe sur le comédien, de la Lettre sur les aveugles, du Rêve de d'Alembert et des Salons est l'un des génies les plus puissants et les plus novateurs du XVIIIe siècle, dont la vie fut un combat incessant contre la superstition, l'intolérance et l'obscurantisme pour faire triompher la liberté de penser. Avec Voltaire et Rousseau, il constitue la trinité classique des Lumières.

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