Le Port A Jauni

  • «Toutes les chaises sur lesquelles je me suis assises, toutes les chaises qui ont compté... les chaises de ma vie». À partir de cette proposition, Raphaële Frier a écrit et Clothilde Staës a gravé, puis nous avons assemblé leurs deux mondes en un recueil de poèmes. Raphaële Frier égrène : sa première chaise haute comme le toit du monde, la chaise d'attente, les chaises longues qui occultent les courtes, car «il y a beaucoup plus de chaises courtes que de chaises longues, on ne dit jamais «chaise courte», on parle volontiers de courte échelle, de courte paille, de jupe courte, de courte-queue et même de court bouillon, mais la chaise courte, on l'oublie !», la chaise de cuisine qui côtoie la farine et les odeurs de graille, la chaise cassée, ou la pliante, des chaises tristes comme celle de l'absent à laquelle elle écrit «Tu es le squelette, l'empreinte de celui qui ne viendra pas, ce soir, Tu es un gouffre hébergeant le néant qui pèse et courbe sa paille, Tu es la trace qu'il a laissée ici» ou des chaises loufoques comme les chaises volantes. Clothilde Staës a gravé neuf fois le même motif et, à l'intérieur, a peint des mondes différents, comme si la même chaise pouvait avoir plusieurs vies. Et votre chaise à vous, quelle serait-elle ?

  • Tout comme dans Poèmes en paysages (Le port a jauni, 2015), c'est une nouvelle fois à partir de gravures que l'idée du livre a germé. La série Les arbres réalisée par Zeynep Perinçek (Alifbata, Couleurs) visite l'âme des arbres en toutes saisons grâce à des monotypes épurés. Nous avons confié ces arbres de toutes formes et de toutes couleurs à Raphaële Frier, auteure d'albums (Pedro à 100 à l'heure, L'ogre et Marguerite) et de romans pour adolescents, qui en a conçu comme une chanson de tous ces arbres qui comptent et ont compté dans notre vie : J'ai eu affaire à beaucoup d'autres pour fabriquer ma guitare et mes sabots, garder mon vin, le faire vieillir, construire mon bateau, ma cabane dans les bois, un pont vers les autres, la maison des oiseaux, et le cercueil de l'aïeul... Ainsi page après page, les arbres égrènent souvenirs et émotions. Le livre peut se lire du début à la fin ou de la fin au début, du premier au dernier et inversement pour des sentiers différenciés. Ainsi, le poème peut-il se lire aussi dans les deux langues comme un palindrome linguistique.

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