Pierre-Oscar Lévy

  • La réception de Nietzsche n'est pas sans surprises, car depuis un siècle, il n'y a aucun courant de pensée qui ne soit peu ou prou réclamé de lui. Oscar Levy, qui a prononcé cette insolite excommunication d'Hitler, était allemand et juif, émigré en Angleterre où, de ses propres deniers, il finança la première traduction de toutes les oeuvres du philosophe. Cette entreprise, achevée en 1913, donc avant la Première Guerre, fut pionnière dans l'univers anglo-saxon.

    L'ironie du texte ne tient pas seulement au fait que cette diatribe fut écrite par un juif : elle réside dans la plaidoirie d'un juif devenu véritable connaisseur et disciple de Nietzsche contre le tyran qui avait fait de certaines de ses idées, au demeurant mutilées, un instrument de propagande. Certes, Oscar Levy a rédigé son « excommunication » en juin 1938, donc avant la « Nuit de Cristal » et, bien sûr, avant la Shoah. Malgré leur justesse, ses attaques auraient sans doute pris une autre ampleur après 1942. Il est mort en 1946, à Oxford, et ses archives ont été déposées à la Maison-Nietzsche de Sils-Maria.

  • Voilà donc une nouvelle édition de Château de Sable, augmentée d'une introduction signée de son scénariste Pierre Oscar Lévy. Cette introduction lève le voile sur la genèse du livre et donne également quelques éléments éclairant sur cette oeuvre aux multiples niveaux de lecture. Fruit de la collaboration entre Pierre Oscar Lévy et Frederik Peeters, Château de Sable se présente comme un huis clos à ciel ouvert, une fable sociale mordante et dérangeante. Sur une plage, le destin de 13 personnages va se retrouver bouleversé par un événement inconcevable, un basculement de la réalité qui va plonger cette petite troupe dans un abîme de questionnements. Face à cet événement fantastique (que l'on gardera volontairement mystérieux ici), les protagonistes de Château de Sable vont d'abord traverser une phase bien humaine de dénégation tendue et conflictuelle, puis viendra la période de l'acceptation, quand les masques seront tombés et qu'il faudra bien composer avec la nouvelle donne, car le temps est compté. Face à un destin qui s'échappe inexorablement comme une poignée de sable entre les doigts, chacun réagira à sa manière, mais comment et que faire quand un coucher de soleil peut être synonyme de fin?

empty