Pierre Singaravélou

  • Cet ouvrage entend proposer, pour la première fois en langue française, une synthèse retraçant l'histoire de l'ensemble des empires coloniaux (européens, japonais, états-uniens) aux XIXe et XXe siècles. Dans une perspective comparée et croisée, des spécialistes français et étrangers offrent aux lecteurs les principaux éléments de l'histoire du fait colonial tout en restituant les apports des grands courants historiographiques (postcolonial et subaltern studies ; histoires globale, impériale et connectée, etc.) qui, depuis une trentaine d'années, ont profondément renouvelé les objets d'études, les problématiques, les échelles d'analyse, les méthodes et les archives mobilisés par les historiens.

  • La mondialisation n'est pas un vain mot pour désigner ce qui survient au tournant du XXe siècle à Tianjin, capitale diplomatique de l'empire du Milieu. Cette ville chinoise méconnue suscite alors la convoitise de toutes les puissances de la planète en quête de concessions territoriales.

    Des hommes du monde entier s'y aventurent pour faire fortune. L'audacieux vice-roi Li saisit l'occasion pour transformer le siège de son pouvoir en un laboratoire de la « modernité » urbaine. La guerre des Boxeurs durant l'été 1900 transforme brutalement la ville en une commune insurrectionnelle : les sièges des concessions étrangères puis de la cité autochtone détruisent des quartiers entiers et, suite à la victoire inattendue des forces alliées, de nombreux civils chinois sont massacrés. Avec la volonté affichée de moderniser Tianjin et sa région, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, les États-Unis, la Russie, le Japon, l'Italie et l'Autriche-Hongrie fondent sur-le-champ le premier gouvernement international de l'époque contemporaine.

    En analysant ici tous les aspects d'une expérience politique unique, Pierre Singaravélou offre une vision renouvelée des origines de la mondialisation actuelle qui fut, dès l'origine, une coproduction entre puissances européennes, asiatiques et états-unienne.

  • Institution phare de l'orientalisme français, l'École française d'Extrême-Orient, fondée en Indochine en 1898, reste largement méconnue. Elle est pourtant un formidable laboratoire pour observer la « science coloniale », ses conditions de production et ses usages politiques.
    À travers cette étude historique, Pierre Singaravélou revient sur la dimension culturelle de la domination coloniale, mais aussi sur le foisonnement intellectuel qui caractérise l'Asie de la première moitié du XXe siècle. Exploration archéologique, collecte des manuscrits, étude du patrimoine linguistique, etc. : ces activités tous azimuts de l'École soulignent la richesse des connaissances co-produites par les savants français et les chercheurs autochtones dont le statut demeure subalterne.
    Et la découverte inattendue de la vente par l'École de certaines sculptures khmères d'Angkor dans les années 1930 démontre la perpétuation de pratiques prédatrices.
    Un grand essai d'histoire sur l'orientalisme et les sciences humaines en situation coloniale.

  • A partir des années 1880, la conjonction du scientisme et du renouveau de l'expansion ultramarine se traduit par l'institutionnalisation des savoirs sur les colonies et les populations colonisées, qui prennent la forme de nouvelles disciplines, les " sciences coloniales " (" histoire et géographie coloniales ", " législation et économie coloniales ", " psychologie indigène "), enseignées dans les universités et les grandes écoles françaises.
    Les enseignants, universitaires et experts coloniaux, promeuvent une formation, tantôt pratique tantôt théorique, qui instruit les étudiants sur les colonies et justifie le projet impérial. Ces nouveaux spécialistes de la colonisation animent la " République des lettres coloniales ", une nébuleuse d'associations, de sociétés savantes, de musées et de maisons d'éditions, spécialisés dans les questions coloniales.
    Toutefois cette adhésion du monde savant à la colonisation prend des formes très diverses, parfois contradictoires, irréductibles à un seul et même " discours colonial ". L'objet colonial et le terrain ultramarin induisent un décentrement épistémologique conduisant les savants à élaborer de nouvelles méthodes et catégories d'analyse. La marginalité des savants coloniaux et leur polyvalence professionnelle les incitent à franchir les frontières disciplinaires en défrichant des domaines inédits - histoire orale, " colonisation comparée ", science de l'aménagement, anthropologie juridique...

  • La géographie est souvent considérée comme la " science coloniale " par excellence.
    L'exploration puis la colonisation des espaces africains et asiatiques aux xixe et xxe siècles ont suscité un immense travail de description topographique, de classification ethnique et d'analyse socio-économique à la fois sur le terrain colonial et en métropole. le savoir géographique devait permettre de conquérir puis de gouverner de vastes étendues avec un minimum d'administrateurs et de " mettre en valeur" les colonies de façon rationnelle.
    Les colonies ont pu en outre constituer un laboratoire de la modernité géographique, lieux d'expérimentation de nouvelles pratiques de gestion et d'aménagement de l'espace, susceptibles d'être ensuite importées en métropole. des premières missions d'exploration africaines aux études géographiques sur les sociétés post-coloniales, cet ouvrage éclaire à la fois la dimension spatiale du fait colonial et la matrice coloniale de la discipline géographique.

  • Dans le mouvement de l'expansion coloniale, de jeunes savants français participent en Extrême-Orient, souvent au prix de leur vie, à la fondation des sciences humaines - philologie, archéologie, ethnologie. La création de l'EFEO en 1898 vient consacrer l'action accomplie et institutionnaliser les sciences indochinoises. Des chaires sont instaurées qui constituent autant de débouchés pour les membres de l'École.

  • The world seen from asia: a history of cartography Nouv.

    Equivalent anglais de : Le Monde vu d'Asie Editions du Seuil, catalogue de l'exposition présentée au musée Guimet du 16 mai au 18 septembre 2018.
    9782021375008

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  • Les mondes d'Orsay Nouv.

    Les mondes d'Orsay

    Pierre Singaravélou

    • Seuil
    • 7 October 2021

    La discipline historique est présente au musée d'Orsay depuis sa préfiguration : musée d'art, Orsay est aussi un musée qui donne à voir dans la diversité de ses collections une époque de révolutions, politiques, économiques, sociales, médiatiques, artistiques. C'est dans la continuité de ce lien originel entre histoire et histoire de l'art et pour rendre compte de cette période fondamentale aujourd'hui, que cet ouvrage, constitué de quatre-vingts notices, classées par ordre chronologique (du XIXe siècle au début du XXe), propose de réinsérer les collections du musée dans un contexte mondial. L'auteur propose un commentaire d'oeuvre célèbre ou méconnue (peinture, mobilier, sculpture, photographie...), suivant la méthode de l'histoire mondiale. Apparaîtront ainsi les grands mouvements qui traversent un monde bien plus connecté qu'on ne le croyait - hier et aujourd'hui. Une rubrique «Pour aller plus loin» associée à chaque notice rassemble des ouvrages de référence.

    Quelques exemples : Jean-Léon Gérôme, Jeunes Grecs faisant battre des coqs, 1846 ; Thibault, La Barricade de la rue Saint-Maur, 1848; Paul Gauguin, Palette de l'artiste, 1848-1903 ; Thomas Abiel Prior, La Reine Victoria inaugurant l'Exposition universelle, 1851-1886 ; Maxime Du Camp, Egypte moyenne. Le Sphinx vu de face, 1852 ; Lars Kinsarvik, Fauteuil, 1900 ; Cunio Amiet, Paysage de neige, 1904 ; Anonyme, Quatre hommes condamnés à la cangue, Pékin, 1905 ; Alfred Stieglitz, The Steerage, 1911 ; Anne Brigman, Dawn, 1912 ; Adolphe de Meyer, Nijinsky et une danseuse, 1914 ; Louise Abbema, Portrait de Sarah Bernhardt, 1921 ; François Pompon, Ours blanc, 1923-1933...

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  • Saviez-vous que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le préservatif masculin, autrefois en tissu ou en boyaux d'animaux, n'a connu son essor qu'avec le caoutchouc ? Que le chewing-gum doit son succès à un général mexicain chassé par la révolution dans son pays ?
    À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, des historiennes et historiens nous entraînent dans un voyage insolite et passionnant à travers le petit magasin du monde.

  • Du banjo au smartphone en passant par le drapeau et le sex-toy, une déambulation dans le grand « magasin » du monde.
    Saviez-vous que le hamac, d'origine amérindienne, avait été mis au service de la conquête de l'espace ? Que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le shampoing adopté par les Britanniques provient du sous-continent indien ? Que la boîte de conserve a initié le développement spectaculaire de Kuala Lumpur ? Que la passion du piano a accéléré l'extermination des éléphants des savanes africaines ? Que de petits coquillages des Maldives permettaient d'acheter des captifs destinés aux plantations outre-Atlantique ?
    À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, près de quatre-vingt-dix historiennes et historiens ont accepté de relever le défi, savant et ludique, d'une histoire du monde par les objets. De la tong au sari, du gilet jaune à la bouteille en plastique, en passant par le sex-toy et la chicotte, ces objets tour à tour triviaux et extraordinaires éclairent nos pratiques les plus intimes tout en nous invitant à comprendre autrement la mondialisation et ses limites.

    Un voyage insolite et passionnant dans le grand magasin du monde.

  • La décolonisation commence au premier jour de la colonisation. Dès l'arrivée des premiers Européens, les peuples d'Afrique et d'Asie se soulèvent. Personne n'accepte de gaîté de coeur d'être dominé. Mais pour recouvrer un jour la liberté, il faut d'abord rester vivant. Face aux mitrailleuses des Européens, les colonisés reprennent la lutte sous d'autres formes : de la désobéissance civile à la révolution communiste, en passant par le football et la littérature. Un combat marqué par une infinie patience et une détermination sans limite. Cette longue lutte constitue l'objet de ce livre qui, restituant le foisonnement des recherches universitaires, propose avant tout un nouveau récit entraînant. Une épopée inoubliable qui nous fait découvrir des héroïnes et des héros inconnus ou oubliés de cette histoire douloureuse : Manikarnika Tambe, la reine de Jhansi qui mena ses troupes à l'assaut des Britanniques en Inde, Mary Nyanjiru, l'insurgée de Nairobi, Lamine Senghor, le tirailleur sénégalais devenu militant anticolonialiste à Paris. Au fil des pages, nous rencontrons des personnages plus familiers : l'Algérien Kateb Yacine, l'Indien Gandhi, les Vietnamiens Giap et Ho Chi Minh. Avec eux, un vent de résistance emporte le monde et aboutit à l'indépendance de presque toutes les colonies dans les années 1960. Mais à quel prix ? Dans l'Inde atomique d'Indira Gandhi, dans le Congo soumis à la dictature de Mobutu ou dans un Londres secoué par les émeutes des jeunes issus de l'immigration, cette histoire des décolonisations démontre à quel point il est crucial de la raconter aujourd'hui.

  • Prolongeant l'entreprise initiée par l'Histoire du monde au XVe siècle dirigée par Patrick Boucheron, l'équipe d'une centaine d'historiens dirigés par Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre se propose d'écrire la première Histoire du monde au XIXe siècle en langue française. Par des objets, des dates et des thèmes clés, ils racontent comment nous sommes devenus contemporains.
    En Europe et dans les Amériques, le XIXe siècle a longtemps été défini comme l'époque de la « modernité ». Mais qu'en est-il lorsque, abandonnant l'étalon de l'Occident, on change de point de vue ? Car le monde est avant tout l'objet d'expériences contrastées auxquelles ce livre convie le lecteur.
    Il le guide à travers les circulations de cette ère nouvelle, des migrations à l'expansion coloniale. Il le conduit au fil des « temps du monde » scandés par des événements à la résonnance planétaire, de l'indépendance d'Haïti (1804) à la révolution chinoise (1911). Il l'entraîne aussi au coeur d'un « magasin du monde » qu'approvisionnent bibelots, cartes, tatouages, ivoire, opium, dévoilant des processus historiques qui installent le lointain dans l'intime et le quotidien. Il le transporte, enfin, dans les « provinces du monde » - indienne, sud-américaine, ottomane, européenne, etc. - qui révèlent l'existence de « modernités » alternatives.
    Réunissant les contributions de près de cent historiennes et historiens, cet ouvrage fait entendre les voix d'un passé pluriel et nous laisse une certitude : celle d'être alors devenus, ensemble, et pour la première fois, contemporains.

  • Et si l'histoire avait suivi un autre cours ? Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou prennent la question à bras le corps et mènent l'enquête au sein d'une vaste littérature pour saisir la diversité des usages de l'analyse contrefactuelle - des fictions uchroniques les plus loufoques aux hypothèses scientifiques les plus sérieuses. Ils s'attachent à cerner précisément les conditions d'un usage légitime et pertinent pour les sciences sociales, repensant les enjeux de la causalité et de la vérité, des rapports entre histoire et fiction, entre déterminisme et contingence. Une réflexion ambitieuse et novatrice sur l'écriture de l'histoire, sa définition et sa mise en partage.

  • Riche de plus de 370 cartes et infographies originales en couleurs, ce Grand Atlas retrace toute l'histoire des colonisations du XVe au XXIe siècle. Cet ouvrage, nourri des apports les plus récents de l'historiographie, permet de prendre la pleine mesure de l'histoire des colonisations, de la « découverte » de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492 à l'héritage colonial d'aujourd'hui. Le déploiement sans précédent de cette conquête « civilisatrice », rapidement destructrice, fondant de vastes empires coloniaux sur la traite négrière et l'esclavage, a soulevé de grands débats menés par Las Casas et les Lumières. Les Empires s'étendent aux Amériques, à l'Afrique et à l'Asie pour connaître leur apogée au XIXe et au début du XXe siècle avant de s'écrouler aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Le phénomène des décolonisations, trop souvent réduit à la lutte pour l'indépendance politique, requiert une émancipation économique, des luttes sociales et de grands leaders. Véritable ouvrage de référence, le Grand Atlas des empires coloniaux constitue un outil indispensable pour les étudiants comme pour les amateurs et curieux. - Plus de 370 cartes et infographies originales en couleurs. - Un projet d'histoire globale et connectée qui porte une attention particulière aux colonisés. - Un panorama inédit qui nourrit un vif débat, en France et dans le monde, sur l'héritage colonial. Les premières colonisations : . La naissance des empires européens, XVe-XVIe siècle; . La redistribution des empires au XVIIe siècle; . L'apogée de la colonisation mercantiliste au XVIIIe siècle; . Rupture des équilibres coloniaux à la fin du XVIIIe siècle. Les empires coloniaux : . Continuités et mutations des empires au XIXe siècle; . Des impérialismes triomphants, XIXe siècle-Première Guerre mondiale; . Interactions et tensions aux colonies, l'entre-deux-guerres; . Circulations et réseaux impériaux. Les décolonisations : . 1937-1954, la fin des empires coloniaux; . Émergence du tiers-monde, guerre froide et arabisme; . Décolonisation en Afrique et développement; . Questions néocoloniales et postcoloniales. « Ce Grand Atlas des empires coloniaux permet à son lecteur de parcourir et de comprendre un ensemble de faits historiques, parfois lointains, mais qui donnent des clés essentielles de compréhension du monde contemporain. L'expansion de l'Europe sur tous les autres continents a marqué pour longtemps l'histoire du monde : les cartes et les graphiques proposés ici en sont une illustration tangible. » Marcel Dorigny

  • Avec plus de 130 cartes et infographies, voici le premier atlas historique mondial qui aborde l'ensemble des empires coloniaux du XIXe au milieu du XXe siècle.

    - Un projet d'histoire globale : des grands empires, français et britannique, aux empires plus petits, non européens ou continentaux.
    - Dynamiques, conflits, révoltés et résistances : une emprise coloniale inégale et discontinue.
    - Une analyse des sociétés coloniales à différentes échelles : locale, impériale et mondiale.
    - Une attention particulière portée aux colonisés et à leurs interactions avec les colonisations, loin des stéréotypes.

  • Ce beau livre relate une autre histoire du monde, centrée sur l'Asie à travers des chefs d'oeuvre cartographiques et iconographiques, célèbres ou méconnus, qui témoignent des échanges féconds entre les différentes régions asiatiques, ainsi qu'entre l'Asie et le reste du monde du XVe au XXe siècle. Après avoir présenté les univers cosmographiques hindou, jaïn, bouddhiste et taoïste qui constituent la matrice des cartographies religieuses, les auteurs nous invitent à suivre certains explorateurs comme l'amiral Zheng He, des moines tel Xuanzang et ses fameuses Pérégrinations vers l'Ouest, et les commerçants partis sur les routes des «grandes découvertes» asiatiques. Les nouveaux pouvoirs royaux et impériaux mettent en scène leur autorité sur le territoire grâce à la cartographie, à travers la représentation des conquêtes, des frontières, des grands travaux et des capitales. Longtemps, les mappae mundi chinoises, coréennes et indiennes confondent le monde avec l'Asie et relèguent l'Europe et l'Afrique dans les marges des cartes. À partir de la fin du XVIe siècle, la coopération entre les jésuites européens et les savants chinois induit un décentrement, qui ouvre des perspectives géographiques aux élites autochtones, tout en situant l'Asie au coeur du monde. Au XIXe siècle, la présence coloniale européenne apparaît sur les cartes qui traduisent d'autres formes d'hybridation des savoirs. Les Occidentaux se sont alors réapproprié ces savoirs cartographiques asiatiques et une grande partie de ces oeuvres ont été déplacées notamment dans certaines collections françaises.

  • Qu'est-ce que la comparaison ? En quoi est-elle utile au raisonnement historique, et plus généralement aux sciences humaines et sociales ?

    De l'histoire comparée proposée par Marc Bloch aux débats les plus récents sur l'histoire transnationale et connectée, ce dictionnaire offre un large panorama des références, des concepts, des débats, des méthodes et des outils essentiels à la mise en oeuvre de la démarche comparatiste, à la fois dans l'espace et dans le temps.

    Ses courtes notices seront utiles à celles et ceux qu'intéresse cette approche, qu'il s'agisse de la pratiquer, de la penser ou de la critiquer, notamment en histoire moderne et contemporaine. Les notices sont classées en plusieurs rubriques ("Épistémologies", "Outils", "Groupes sociaux", "Temporalités", "Croisements disciplinaires", "Politiques", "Collectifs") pour faciliter la consultation de l'ouvrage. Les auteurs rassemblés, principalement historiens, sociologues ou spécialistes de littérature, ont pour point commun de dialoguer avec la pensée de l'historien Christophe Charle, dont toute l'oeuvre s'est efforcée de proposer une histoire sociale et culturelle comparée à l'échelle de l'Europe.

  • À la fois vecteur et manifestation de la « première » mondialisation dans la seconde moitié du XIXe siècle, le sport est devenu en l'espace d'un siècle une pratique planétaire dont les disciplines recouvrent des géographies complexes et inattendues.
    Du cricket indien au rugby néo-zélandais en passant par le football africain et latino-américain, on peut se demander comment ces nouvelles pratiques anglaises se sont implantées dans les empires formels et informels (britanniques, français, espagnols, japonais, américains, etc.) par le biais des marins, des missionnaires, des instituteurs, des ingénieurs des chemins de fer, des colons et des militaires. L'essor du sport « moderne » bénéficie du renouveau de l'expansion coloniale, auquel il participe largement en diffusant de nouvelles pratiques et valeurs au service du projet social et culturel impérial. La « sportivisation » des sociétés métropolitaines et coloniales participe d'une seule et même « mission civilisatrice ». Au-delà de la perpétuation du lien communautaire entre les colons, le sport a pour fonction de discipliner le corps de l'« indigène » et moraliser son comportement social. Toutefois, le sport en situation coloniale ne se réduit pas à l'exportation et à l'imposition de normes européennes et de codes sociaux aux sociétés autochtones. Les pratiques sportives sont réinventées, réappropriées, transformées au contact des populations colonisées. Ainsi, la « créolisation » du football latino-américain et « l'indigénisation » du cricket indien révolutionnent la technique, le style de jeu et la géopolitique du sport. De nouvelles identités nationales se fondent en partie sur des disciplines sportives et le sport représente très tôt un terrain d'affrontement où les populations colonisées remettent en question la domination européenne.
    Ce livre adopte une démarche comparative et pluridisciplinaire : il s'agit d'offrir pour la première fois une analyse globale des pratiques sportives dans les empires coloniaux contemporains, en étudiant les enjeux politiques, culturels, sociaux et économiques de la première mondialisation du sport du milieu du XIXe siècle aux décolonisations.

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