Perrine Simon-Nahum

  • Contre les déraisons modernes - collapsologie, cancel culture, essentialisme, identitarisme... -, Perrine Simon-Nahum prône une «?dé-sidération?» urgente grâce à la philosophie.

    La philosophie a-t-elle encore quelque chose à nous apprendre pour nous préparer à affronter le monde qui vient?? Oui, affirme Perrine Simon-Nahum, si l'on rompt avec les pensées apocalyptiques et la guerre des identités qui nous ont exclus de l'histoire. Les premières en faisant de nous les spectateurs passifs d'un futur qui nous accable, les secondes en nous décrivant comme les victimes impuissantes d'un passé qui nous hante. Contre ces déterminismes, l'auteure nous appelle à la «?dé-sidération?», à reprendre pied dans le monde actuel, à «?refaire histoire?».

    Comment?? En renouant avec un sujet acteur de sa propre vie. C'est à partir de la relation que la philosophie doit trouver à se redéfinir. Les liens qui nous unissent les uns aux autres, l'amour, l'amitié, mais aussi le deuil ou la perte?:?ces expériences intimes ne se comprennent que si elles sont vécues dans l'épaisseur d'un présent qu'elles permettent d'infléchir. Elles ne donnent sens à nos vies que si elles trouvent à se prolonger dans des institutions qui traduisent au niveau collectif l'importance que nous donnons à nos engagements individuels. Nous ne sommes pas condamnés à subir le sort que nous réservent les déraisons modernes. Les relations que nous tissons au monde, parce qu'elles sont nécessairement plurielles, parce qu'elles engagent, même au niveau le plus modeste, notre liberté, nous montrent le chemin à suivre.

  • Les Juifs ont souvent entretenu un rapport singulier à la modernité. C'est particulièrement vrai en France où, très tôt émancipés, ils prirent pleinement part à l'épanouissement du pays. En même temps qu'elle leur accorde la citoyenneté, la Révolution française leur ouvre l'accès à la science.
    Héritiers d'une culture où sacré et profane, loin d'être opposés, s'entremêlent, ils sont les premiers à s'engager dans l'aventure des sciences de l'homme qui marque le XIXe siècle. En effet, les savants juifs conservent de la tradition une conception du temps et de l'histoire qui leur permet d'échapper aux dilemmes auxquels sont confrontés les érudits protestants ou catholiques. Leur familiarité avec l'Orient et l'absence de dogmes, autorisant l'inclusion du religieux dans leurs objets d'étude, expliquent leur rôle fondateur dans l'essor de la science des religions mais aussi de la philologie, de la linguistique, de la mythologie comparée ou de la sémantique. Salomon Munk, Michel Bréal, Adolphe Franck, James et Arsène Darmesteter sont les grands ancêtres des intellectuels du XXe siècle.
    Cette rencontre entre judaïsme et modernité éclaire d'un jour nouveau l'histoire politique et intellectuelle française, restituant au religieux la part qui lui revient. Elle permet de saisir comment, depuis leurs disciplines respectives, les savants juifs contribuent à poser l'une des questions centrales de la modernité : celle de l'identité.Directrice de recherches au CNRS, Perrine Simon-Nahum est professeur attaché au département de Philosophie à l'École normale supérieure. Elle a publié en 2017 une nouvelle édition du Journal de Michelet.

  • La compétence d'incrimination de l'Union européenne renvoie au pouvoir qu'a l'Union, depuis le traité de Lisbonne, d'ériger des comportements socialement dangereux en infraction, de les criminaliser. Un tel pouvoir soulève la question fondamentale de savoir quelles conduites peuvent être légitimement interdites par la communauté qu'est l'Union européenne et quelles valeurs méritent d'être protégées pénalement. Cet ouvrage offre une réflexion sur l'existence d'une communauté de valeurs une identité pénale européenne guidant le pouvoir pénal européen en envisageant l'existence de la compétence d'incrimination puis son exercice et en s'appuyant à la fois sur la théorie des compétences et sur les paradigmes du droit pénal.

    L'auteure soutient que les choix d'incrimination du législateur européen doivent être examinés par la Cour de justice de l'Union européenne et qu'un encadrement de la politique pénale européenne pourrait se matérialiser dans le cadre d'un contrôle de proportionnalité approfondi fondé sur la Charte des droits fondamentaux de l'Union.

    En contribuant à l'effort de conceptualisation du droit pénal européen par la doctrine, cet ouvrage se destine à un public universitaire tant spécialisé en droit européen qu'en droit pénal.
    Plus largement, il se destine aussi aux professionnels de la justice (magistrats, avocats...) et aux acteurs de la négociation de la législation pénale européenne.

  • André Malraux est sans conteste l'une des grandes figures du 20e siècle. Comment se fait-il que cet homme né au 19e siècle reste si moderne et fait figure de visionnaire pour la compréhension de notre 21e siècle? Qu'est-ce que sa vie d'aventures, du Cambodge au ministère de la Culture en passant par l'Espagne républicaine, lui a donné à comprendre qui nous touche encore de si près?
    L'auteur de ce livre trouve dans l'oeuvre romanesque et dans les grands essais et discours de Malraux de nombreuses clés. Mais elle fait pleinement oeuvre d'historienne en montrant combien "Malraux" qualifie un rêve très français de différence et de grandeur. Ce sens du tragique associé au goût de la lutte, cette passion aristocratique en quête de partage démocratique, ce refus des petites compromissions au quotidien et du règne mesquin des partis et corps intermédiaires au profiit d'un homme providentiel, cette manière très particulière de concevoir le lien entre la liberté individuelle et son inscription dans l'histoire, voire dans la légende nationale, voilà qui prédisposait Malraux à être le hérault du soubresaut gaulliste dès la fin des années 1950. Et à rester quelque part à l'horizon de nos rêves politiques et culturels, face aux déceptions d'une modernité désenchantée.

  • À travers l'étude d'un groupe confessionnel restreint - la bourgeoisie intellectuelle juive parisienne -, cet ouvrage qui s'inscrit dans le cadre général d'une histoire intellectuelle du XIXe siècle, s'interroge sur les rapports du politique et du religieux. Le concept de tradition - et les mutations qu'elle subit au travers du processus d'immigration et de l'installation en France des philologues juifs allemands - fournit un point de vue privilégié. Émigrés pour des raisons politiques, Salomon Munk, Joseph Derenbourg, Henri Weil ou Louis Benloew jouèrent un rôle central non seulement dans la constitution d'une science philologique et linguistique en France mais également dans la création d'une « science du judaïsme français », éphémère (elle disparaît dans les années 1880) et dont la principale caractéristique réside dans le regard plus politique et positiviste que philosophique qu'elle porte sur sa propre tradition. Les juifs choisissent le discours scientifique pour combattre les préjugés s'opposant à la perpétuation de leur tradition et à son insertion dans le monde moderne. Leur engagement aux côtés des républicains amènera la disparition de la science du judaïsme français et sa dilution dans les valeurs d'universalisme et de justice dont les dreyfusards se feront les hérauts, ce qui explique qu'ils se soient intégrés avec une aussi grande facilité au débat national.

    Indisponible
  • On a souvent défini l'orientalisme comme la représentation occidentale de l'Orient et on l'a associé, depuis les travaux d'Edward Saïd, à un colonialisme. Ce volume qui étudie la place des Juifs dans l'orientalisme, que ce soit dans l'art ou l'étude de la civilisation arabo-musulmane, revient sur une partie de cette équation. Sujets de l'Orient, les juifs en furent aussi, après l'émancipation, les chantres et ils ont pris une part non négligeable dans la connaissance que l'Occident a pu avoir de cette civilisation, jusqu'à s'identifier à elle. Le livre retrace les épisodes de cette relation intense et complexe entre une nation et un territoire.

  • Cet ouvrage expose l'histoire d'un événement fondateur de la modernité contemporaine à l'échelle française comme internationale, l'affaire Dreyfus.
    Pour justifier de cette dimension fondatrice, les auteurs des différents chapitres, spécialistes du sujet et de ces problématiques, ont étudié l'Affaire sous tous ses plans, du point de vue de son histoire entre 1894 et 1906 comme de sa postérité sur le long XXe siècle et ses trois anniversaires de 1994, 1998 et 2006 ; du point de vue de ses conséquences politiques majeures comme de ses implications intellectuelles, culturelles et sociales décisives pour la France et le monde.
    Le récit des historiens repose ici sur une volonté permanente et dynamique de penser en même temps la factualité de l'événement et son ombre portée sur le monde contemporain. Au-delà de l'affaire Dreyfus, c'est bien la catégorie même de " l'événement fondateur " qui est approchée ici dans un ouvrage qui se veut inaugural d'une série dédiée à cet objet historique au sein de la collection " U ".

  • L'antisémitisme réapparaît chaque fois qu'une société est fragilisée, dans son économie comme dans ses institutions politiques. Il est la maladie de nos sociétés démocratiques : il vise à en saper les fondements, à nier l'unité que la république entend instaurer entre les citoyens.

    De l'assassinat d'Ilan Halimi aux attentats de l'Hyper Cacher, en passant par les meurtres perpétrés par Mohamed Merah contre des enfants, ces actes de violence antisémite ont annoncé les attaques terroristes qui ont plus tard ensanglanté la France.

    Quelles réponses y apporter ? Comment s'en prémunir ? Le punir ou le prévenir ? Quelles raisons peuvent en effet expliquer la montée de l'intolérance et la remise en cause des principes républicains ? C'est à ces questions que s'attache cet ouvrage, qui réunit historiens et philosophes, mais aussi acteurs de terrain.

    À travers la question de l'antisémitisme, c'est une analyse de la situation actuelle de la France qui est ainsi donnée.

    Dominique Schnapper est membre honoraire du Conseil constitutionnel, auteur notamment de Travailler et aimer.
    Paul Salmona est directeur du Musée d'art et d'histoire du judaïsme.
    Perrine Simon-Nahum est philosophe et directrice de recherches au CNRS.

    Avec les contributions de Joëlle Allouche-Benayoun, Dan Arbib, Georges Bensoussan, Jean-Yves Camus, Danielle Cohen-Levinas, Emmanuel Debono, Vincent Duclert, Steven Englund, Bernard Godard, Valérie Igounet, Günther Jikeli, Laurent Joly, Marc de Launay, Jean-Pierre Obin, Philippe Oriol, Mgr Pierre d'Ornellas, Philippe Raynaud, Carole Reynaud- Paligot, Jean-Pierre Winter, Paul Zawadzki.

empty