Pascale Casanova

  • Quoi qu'en dise la légende dorée de la littérature, il existe une invisible et puissante fabrique de l'universel littéraire. Cette République mondiale des Lettres a son méridien de Greenwich, auquel se mesurent la nouveauté et la modernité des oeuvres. Ce livre retrace l'histoire et décrit la structure de ce monde littéraire.

    Mais le pays de la littérature n'est pas l'Île enchantée des formes pures. C'est un univers inégal, un territoire où les plus démunis littérairement sont soumis à une violence invisible. L'histoire proposée ici est celle des révoltés et des révolutionnaires littéraires qui sont parvenus à inventer, par la création de formes nouvelles, leur liberté d'écrivains. Les textes de Kafka, Joyce, Faulkner ou Beckett, mais aussi de Arno Schmidt, Mário de Andrade, Ibsen, Kateb Yacine, Ramuz, Michaux, Cioran, Naipaul, Juan Benet, Danilo Kis, Ngugi wa Thiong'o et de bien d'autres écrivains « ex-centriques », ainsi relus et réinterprétés comme instruments et enjeux dans des luttes spécifiques, pourraient, du même coup, fournir des armes critiques à tous ceux qui refusent les évidences et les impositions de l'ordre littéraire mondial.

  • Parmi les milliers de langues qui existent ou ont existé, il semble qu'il y en ait toujours eu une qui ait été plus « prestigieuse » que ses contemporaines. Le latin fut en ce sens une langue dominante jusqu'au XVIIIe siècle, le français en devint une à son tour jusqu'au XXe siècle et l'anglais a incontestablement acquis le statut de langue mondiale depuis lors. L'exemple antique du bilinguisme latin/grec des Romains cultivés montre que la langue dominante n'est pas nécessairement la langue du pays le plus puissant économiquement ou militairement (comme la situation contemporaine tendrait à le faire croire), mais que la hiérarchisation linguistique repose sur des processus spécifiques que ce livre met au jour.

    Le bilinguisme, la diglossie (l'usage au sein d'une même communauté de deux idiomes remplissant des fonctions communicatives complémentaires) et, dans le champ littéraire international, les traductions d'ouvrages sont de précieux indicateurs de ce phénomène.

    À travers le cas exemplaire du français, de ses transformations, des formes de domination qu'il a exercées, de l'évolution de son statut, des commentaires que son rôle et sa place ont occasionnés, Pascale Casanova propose un cadre d'analyse novateur des mécanismes de la domination linguistique.

  • ÿþ " Je propose de donner une interprétation complètement nouvelle des fictions de Kafka à partir de la seule hypothèse qui permette de les comprendre vraiment : la mise en scène d'un narrateur-menteur.Et si Kafka était un écrivain politique ? Il cherche à élucider la question du pouvoir, surtout sous sa forme la plus invisible : le pouvoir symbolique. D'abord, il prend conscience du sort tragique des juifs de langue allemande dans la Prague du début du XXe siècle ; puis il est amené à réfléchir aussi sur la domination masculine et sur la domination des colons blancs (dans La Colonie pénitentiaire par exemple).Curieusement, ce n'est pas dans la littérature que j'ai trouvé des réponses à mes questions, mais bien plutôt dans l'ethnologie allemande que Kafka connaissait bien (comme on le voit dans Chacals et Arabes ).Un Kafka nouveau, ethnologue et enquêteur, dénonçant avec colère toutes les formes de la domination symbolique.Pascale Casanova " Pascale Casanova enseigne la littérature à Duke University. Elle est l'auteur au Seuil de Beckett l'abstracteur, Anatomie d'une révolution littéraire (1997) et de La République mondiale des lettres (1999 et " Points " n° P607).

  • Et si Beckett n'avait dû sa consécration qu'à un malentendu si insistant que seule une révolution de sa lecture pouvait restituer la révolution qu'il a accomplie.
    Il arrive en effet que l'interprétation obligée et autorisée d'un travail littéraire, relayée par les dévots de la mystique poétique, occulte l'immensité d'une oeuvre et en inverse le sens. Beckett a introduit en littérature une subversion aussi radicale que celle de Duchamp en art : il a inventé l'art littéraire abstrait. Entreprise si attentatoire aux credos de la " profondeur " qu'on n'a su appliquer à son oeuvre que l'idée la plus rebattue de la poésie qu'il avait passé sa vie à refuse : " Ah, les vieilles questions, les vieilles réponses, il n'y a que ça ! " Ironisait-il.
    Au terme d'une enquête qui réintroduit l'histoire (Joyce, Yeats, la littérature et l'Irlande) au sein de cette oeuvre réputée la plus " pure ", voici le portrait inédit de l'artiste en " abstracteur ", inventeur des règles spécifiques de l'abstraction littéraire ; et un démontage de sa combinatoire logique qui donne la clé des énigmes les plus obscures du Dépeupleur ou de Cap au pire. Comme dit Beckett : " Encore.
    Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore. Jusqu'à plus mèche encore. Soit dit plus mèche encore. "

  • La question du nationalisme en littérature est souvent traitée ici comme une vieillerie que la mondialisation aurait définitivement balayée. Une chose périmée et passée de mode. Antilittéraire.
    Il faut presque se disculper d'en parler comme si aborder ce sujet était s'apprêter à justifier l'injustifiable. Mais curieusement, on a beau secouer ces vieux oripeaux, on n'arrive pas à s'en débarrasser. Surtout si on prétend réfléchir sur la littérature en tant qu'elle est mondiale. La nation, et la croyance qui l'accompagne, reviennent nous hanter encore et encore. Posée par de nombreux « petits » pays qui revendiquent leur droit à l'existence, à la reconnaissance, à l'égalité littéraire sous cette inévitable forme. Ce livre, qui ne pouvait qu'être collectif, est donc issu des réflexions d'une équipe de chercheurs internationaux (Brésil, Inde, Suisse, Autriche, Allemagne, France). Afin d'internationaliser véritablement la réflexion sur le national, et ne pas s'enfermer dans une pensée nationale du nationalisme, ce volume propose deux directions de travail : d'une part la publication d'instruments théoriques et pratiques sur le nationalisme littéraire, et notamment un inédit en français de Fredric Jameson, et une étude des positions et des propositions sur ce sujet (capitales dans le monde anglo-saxon) d'Antonio Gramsci ; et d'autre part l'analyse historiques de différents nationalismes littéraires à travers de grandes figures d'écrivains : le jeune Borges (Sergio Miceli), l'apparition du roman national au Maghreb dans la foulée des indépendances, nationales, avec Driss Chraïbi (Michael Einfalt) ; la critique de la pensée nationaliste en Allemagne et en Autriche dans l'après-coup de la première guerre mondiale chez le jeune Musil (Norbert Christian Wolf), l'évocation d'une grande figure du nationalisme culturel dans l'Etat indien du Kerala : Balakrishna Pillai (Dilip Menon), sans oublier l'analyse du travail de l'écrivain chinois Lu Xun en termes de production d' « allégories nationales » (Jameson) .

  • Pascale Casanova ne voit presque rien et souffre d'une malformation cardiaque de naissance mais, qu'importe, elle compte bien vivre pleinement.
    Après une scolarité en milieu ordinaire, elle mène, parallèlement à ses études supérieures puis à son travail, une carrière de championne handisport de ski alpin.
    Son palmarès est impressionnant, avec notamment 3 médailles d'or aux Jeux paralympiques de Salt Lake City et de Turin et 19 médailles d'or en Championnats. Pour son engagement et ses succès sportifs, elle reçoit de nombreuses distinctions, dont la Légion d'honneur et l'Ordre national du Mérite.
    Au fil des années pourtant, elle doit se résoudre à mener son combat le plus difficile, dit-elle, accepter son handicap.
    Ce livre est le récit de ses combats, de ses doutes et de ses réussites, et le témoignage que « oui, c'est possible ».

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