Olivier Assouly

  • Le goût comme objet philosophique ? Que l'Occident se soit refusé jusqu'à présent à accorder à ce sens réputé « primitif » un statut majeur semble être sans importance. Toutefois, il y a des raisons de penser que la nutrition est l'angle mort d'une culture rationaliste qui a manqué d'en apprécier à sa juste valeur la portée véritable. Contester aux saveurs de concourir à l'édification de la science, à la vérité ou l'art, n'est-ce pas s'interdire de concevoir d'autres manières de sentir, de saisir le réel et d'être au monde ? Traditionnellement, l'organe du goût répond à la nécessité de vivre, pure fonction biologique qui laisse entendre qu'une existence proprement humaine, louable et supérieure, morale et politique, doit se dresser contre ce corps vivant, avide et affamé, en repoussant la démesure gourmande et une consommation destructrice. Face à des normes et des concepts réfractaires à toute jouissance alimentaire, la philosophie du goût élabore un modèle singulier de sensibilité gustative qui ébranle autant les fondations de la métaphysique que les fondations des cultures occidentales.

  • Si la faim est une arme qui n'a cessé d'être utilisée en temps de guerre pour faire plier l'ennemi, les nazis portèrent à un niveau inédit de criminalité l'organisation de la faim au sein des camps de concentration.
    Pareille économie exterminatrice n'était cependant pas totalement inédite au regard de l'instrumentalisation de la faim orchestrée, à la fin du XVIIIe siècle, par l'avènement d'une ère industrielle contraignant des populations entières à travailler en usine pour échapper à l'inanition.
    Bien que les temps aient changé, la concentration industrielle de l'agriculture et des moyens de subsistance continue-t-elle d'assujettir les populations en prenant en otage le fait alimentaire ? Comment ne pas s'interroger sur un modèle de productivité propice à la mise sous tutelle du vivant et des ressources planétaires, érigeant ainsi le besoin et l'appétit en un redoutable instrument politique de domination.

  • Constatant que les crises alimentaires de ces dix dernières années ont ravivé des peurs archaïques, Olivier Assouly montre dans quelle mesure le geste alimentaire demeure solidaire d'un système de valeurs élaboré dans les différentes civilisations par les grandes religions.

  • A travers un choix de textes, actuels ou historiques, l'objet de cet ouvrage vise à mettre en lumière et en perspective la notion de luxe en soulignant ses enjeux, ses sources de tensions économiques et politiques, ses ressorts sociaux et esthétiques, tout en rappelant l'importance que le luxe revêt au sein d'une civilisation comme si le seul geste de couvrir nos besoins était insuffisant à l'homme. Voici quelques exemples de critiques du luxe :
    Platon, La dépravation du luxe.
    Aristote, La frontière naturelle des besoins.
    Rousseau, Luxe et inégalité.
    Flaubert, Lettre à Louise Colet.
    ...

  • La consommation délaisse les propriétés fonctionnelles des marchandises au profit de motivations dites culturelles, symboliques, ludiques et hédonistes. En témoigne la place croissante des industries culturelles, du tourisme, des loisirs, de la mode ou du design ; autant de leviers esthétiques indispensables pour doper la consommation. Le capitalisme vise moins à produire des objets qu'à capter des appétits esthétiques. Dans quelle mesure l'industrialisation du goût se conjugue-t-elle avec la multiplicité individuelle des goûts ?
    C'est à ces questions esthétiques et sociales, politiques et économiques, que s'attache cet ouvrage en rassemblant une vingtaine de spécialistes en économie, sociologie, philosophie et anthropologie.

  • Amoureux de certains objets - oeuvres d'art, musique, vin, informatique, mode, gastronomie, antiquités -, l'amateur déploie des expériences et des compétences, s'attachant à exercer et perfectionner son jugement comme sa jouissance.
    La puissance actuelle de la figure de l'amateur - qui désignait au xviie siècle un membre de l'Académie de peinture oeuvrant à la promotion des peintres en s'exerçant lui-même à cette pratique - repose notamment sur l'essor des technologies qui facilitent l'accès aux oeuvres, tout comme leur production et leur reproduction. Ces médiations, tout particulièrement Internet, sont propices à une transformation de l'équilibre entre les producteurs et les consommateurs, c'est-à-dire à une redéfinition des techniques de suggestion du marketing et à l'autorité des experts.
    Issu des travaux de plu-sieurs auteurs, cet ouvrage évalue un nouveau type de production économique et de participation sociale. Impliquant de prendre part - sous des formes variables et hétérogènes - à la production, l'amateur désigne-t-il une espèce sophistiquée de la consommation ou porte-t-il plus radicalement l'émergence d'un modèle inédit ?

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  • Se nourrir : la banalité quotidienne de ce geste vient d'être brutalement interrogée par les récentes crises alimentaires qui ont ravivé chez le consommateur des peurs archaïques.
    L'innocuité des aliments ne saurait cependant suffire à les décréter "bons" à manger. Même si la plupart des pratiques alimentaires de nos contemporains semblent émancipées des législations religieuses, dans toutes les cultures, les repas impliquent de sélectionner des aliments et c'est hors tout motif religieux que les Coréens consomment la chair des chiens et les Français celle des grenouilles...
    C'est sans doute parce que la nourriture constitue l'archétype de tout ce qui est hors de l'homme et qu'il doit faire sien en l'incorporant que chaque religion a élaboré, à travers ses ouvrages sacrés, une manière "morale" d'avaler des parties du monde. Les prohibitions alimentaires évoquées dans le présent ouvrage concernent, de près ou de loin, presque deux milliards de chrétiens, plus de un milliard de musulmans, huit cents millions d'hindous et près de quatorze millions de juifs.
    Parce que l'acte de se nourrir, s'il s'effectue au présent ne cesse pour autant de se conjuguer au passé, il convenait d'interroger la rémanence, dans le rapport de nos contemporains à leurs nourritures, d'un héritage religieux dont sont pétries les différentes civilisations afin de relativiser les interprétations hygiénistes, médicales ou diététiques trop souvent privilégiées par les sociétés actuelles dans leur tentative de rationnaliser à l'excès le geste alimentaire.


  • le luxe offre de multiples aspects qui concernent aussi bien ses objets que les discours qui les environnent, son histoire comme son devenir.
    il manquait en france une publication de fond faisant le point sur les différentes dimensions de ce phénomène tant culturel qu'économique. cet ouvrage propose une somme d'analyses et de points de vue sur le luxe au travers de contributions originales de spécialistes français et internationaux. y sont explorées les origines historiques du luxe, ses relations à la société, au pouvoir, au goût, à la morale et au plaisir, ses différentes expressions selon les pays et enfin ses enjeux économiques et financiers plus actuels.


  • Les produits biologiques et du terroir ont aujourd'hui acquis une reconnaissance telle que nul ne songe plus à en critiquer le bien-fondé.
    Défiant le modèle capitaliste, les "nourritures nostalgiques" ont fait le choix de la qualité contre la quantité, des paysans contre les agriculteurs, de la variété contre l'uniformité, de l'authenticité contre le simulacre, de la région contre la planète, de la production naturelle contre les biotechnologies. De telles options présupposent une excellence des pratiques alimentaires du passé. Reste cependant à s'assurer que l'âge d'or ainsi exalté entretient quelque rapport avec la réalité historique et ne procède pas de la seule idéalisation du temps jadis.
    Il importe donc de dévoiler les ressorts - d'ordre essentiellement politique et sanitaire, mais également d'ordre technologique et imaginaire - qui ont favorisé l'avènement de ce véritable mythe moderne qu'est "le terroir". Remonter aux sources de cette invention contemporaine, c'est interroger les motivations doctrinales de la Révolution française, le périlleux culte de la terre sous Pétain, ou encore l'engagement - qu'on peut qualifier d'idéologique - des grandes figures de la cuisine française ou de la critique gastronomique.
    Par les révélations qu'il apporte sur les présupposés qui sous-tendent nos traditions gastronomiques, Olivier Assouly démontre que, par-delà la pittoresque et inoffensive figure du gourmet, la question du goût engage résolument celle des choix politiques. Dès lors ne s'impose-t-il pas d'envisager une approche du geste alimentaire capable d'initier une attitude qui ne relève ni d'une réplique du passé ni d'une parodie du futur ?

  • Tout en raillant les vanités gastronomiques, Jean-Jacques Rousseau accorde au sens du goût d'être indispensable à la formation d'un homme; même si dans l'Émile, la notion d'appétit semble s'affirmer comme une thématique centrale constamment en tension tant avec les prérogatives du goût que l'ordre politique

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  • Dans les nations industrialisées, les goûts des individus sont désormais employés à doper la consommation. L'industrialisation de la jouissance privilégie le superflu au nécessaire, la sensibilité à la raison, la séduction à la faculté de juger. Pourtant, avec l'exploitation du goût, le capitalisme est loin d'avoir découvert une terre inconnue. A l'âge classique, la noblesse de cour cultivait un style de vie commandé par les loisirs et le goût, tout en faisant du bon goût un critère de distinction et de promotion individuelle. Ces relations de compétition entre courtisans ont-elles été les premières notes en prélude au libéralisme ? Si l'improductivité, au sens économique, a pu constituer une valeur fondatrice du goût, comment l'industrie a-t-elle pu transformer le goût en moteur économique de la consommation ? Le devenir esthétique du capitalisme repose sur la captation et la conversion de ce qu'il aurait de plus individuel en valeurs mesurables, échangeables et massifiables, susceptibles de coloniser les moindres recoins de l'existence et de al culture. L'ouvrage montre que les enjeux du capitalisme esthétique excèdent le territoire angélique des agréments : les batailles esthétiques sont au coeur d'une guerre économique pour le contrôle des émotions et des affections.

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  • Cet ouvrage collectif, qui reprend pour la compléter la première édition, propose une approche renouvelée du luxe, à la fois internationale et pluridisciplinaire, sur divers plans, historique, social, politique, linguistique, idéologique, philosophique, anthropologique, économique et financier. Rassemblant les analyses des meilleurs spécialistes français et étrangers, l'ouvrage comprend près d'une quarantaine de contributions traitant notamment des origines du luxe en France sous l'Ancien Régime, de ses composantes symboliques et idéologiques, de ses variantes culturelles et nationales à l'instar de la Chine, des USA, du Japon ou de l'Inde, des artifices destinés à doper sa consommation, et de sa mise en scène marchande, mais encore de ses spécificités économiques et de ses perspectives commerciales.

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