Nicole Lapierre

  • Qui se ressemble s'assemble », dit-on. Cette fausse évidence justifie les replis et les rejets. Devons-nous être les mêmes pour vivre côte à côte ? La réponse est non. Ce n'est ni nécessaire, ni souhaitable. Mais l'affirmer ne suffit pas.
    Écrit dans un langage clair, illustré de nombreux exemples, ce livre engagé croise anthropologie et politique. Il commence avec le monde enchanté des ressemblances familiales, où la nature est invoquée pour garantir la lignée, et se poursuit avec le mythe de la « famille nationale ».
    Deux types de société sont fondés sur la ressemblance. Le premier est radicalement excluant : il impose le rejet des minorités ou, dans un processus totalitaire, leur destruction. Le second est autoritairement incluant : il prône l'assimilation des groupes minoritaires. Les deux perspectives sont dissemblables mais aucune n'accepte les minorités telles qu'elles sont.
    Nicole Lapierre défend un comparatisme apte à constater l'évidence des différences sans les hiérarchiser. Elle inverse la proposition : qui s'assemble se ressemble (un peu), sans pour autant perdre sa singularité.
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  • « Dans ma famille, on se tuait de mère en fille. Mais c'est fini. Il y a longtemps déjà, je me suis promis qu'accidents et suicides devaient s'arrêter avec moi. Ou plutôt, avant moi.

    Sauve qui peut la vie ! J'aime cette expression. Le sauve-qui-peut, c'est la débandade, la déroute. Le sauve qui peut la vie, c'est la ligne de fuite, l'échappée parfois belle. J'en fais volontiers ma devise.

    Il m'a fallu du temps pour comprendre que ce qui était une manière d'être - une tendance à parier sur l'embellie, une appétence au bonheur envers et contre tout -, avait aussi profondément influencé ma façon de penser.

    J'aimerais que ce livre, écrit sur fond de drames passés, collectifs et privés, soit une lecture revigorante, une sorte de fortifiant pour résister au mauvais temps présent ».


    Ce livre a été couronné du Prix Médicis Essai.

  • « Nous pensons toujours ailleurs » : la phrase de Montaigne devient le fil d'Ariane d'un voyage intellectuel à nul autre pareil. Nicole Lapierre nous entraîne sur les pas de tous ces intellectuels déplacés qui s'en sont allés, justement, penser ailleurs, sortant des sentiers battus, passant les bornes, enjambant les barrières sociales, sans y être invités ni conviés. Le lecteur découvre, à travers une galerie de portraits, de Georg Simmel à Edward Said, de Walter Benjamin à Paul Gilroy, en passant par Devereux, Deleuze et tant d'autres, un musée imaginaire où les idées prennent vie et chair, où la figure de l'intellectuel est celle de l'étranger, dont l'expérience décalée aiguise les interrogations et stimule la pensée.

  • Pourquoi change-t-on de nom, ce signe attestant de qui l'on naît et d'où l'on vient, qui classe et parfois déclasse ? Quelles sont les contraintes imposées par la loi française ?
    Autant de questions qui tissent la trame de cette première études exhaustive d'une pratique mal connue et largement taboue. Mêlant les récits de Juifs, d'Arméniens et de Maghrébins ayant changé de nom à ceux de résistants ayant gardé leurs surnoms de clandestinité, évoquant la tentation littéraire du renom par le pseudonyme aussi bien que l'obsession de l'extrême droite pour le repérage des noms, Nicole Lapierre campe à la croisée de l'individuel, du familial et du social.
    Le changement de nom relève de l'investissement personnel, de l'histoire biographique et des profondeurs de l'inconscient ; mais il est également tributaire de la valeur que la société confère à l'institution du nom, de la symbolique qui s'y attache, des préjugés et des idéologies du moment. Révélant l'emprise du national sur le nominal, il dévoile ce qui se noue dans notre société autour de ces questions centrales que sont la citoyenneté, l'intégration, l'assimilation et leur envers : le repli identitaire, l'exclusion ou la discrimination.

  • « L'empathie va à l'encontre de la vieille et détestable recette des pouvoirs incertains consistant à stigmatiser des populations ou à les dresser les unes contre les autres, pour faire diversion ou servir d'exutoire. Noirs contre Juifs, chrétiens contre musulmans, gens d'ici contre gens du voyage, ou d'autres encore, peu importe les protagonistes, dans ce dangereux jeu de dupes. Loin de la sympathie compassionnelle envers les victimes et des mobilisations humanitaires tenant lieu de politique, qui reproduisent des relations inégalitaires, l'empathie encourage au contraire les solidarités fondées sur le respect et la réciprocité. Celles auxquelles invitait Frantz Fanon, à la fin de Peau noire, masques blancs : «Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l'autre, de sentir l'autre, de me révéler l'autre ? Ma liberté ne m'est-elle pas donnée pour édifier le monde du Toi ?»» Vigoureux éloge de l'empathie, Causes communes prend le parti des convergences plutôt que des concurrences, des solidarités plutôt que des rivalités. Retraçant avec mille histoires inédites les relations nouées par des Juifs et des Noirs autour d'idéaux de liberté et de dignité durant le xxe siècle, Nicole Lapierre nous emmène dans un vaste voyage, de New York à Varsovie, du Mississipi à l'Ouzbékistan, de la Lituanie à l'Afrique du Sud, de Harlem à Paris, en passant par les Antilles. Nourri par l'enquête, son propos prend résolument le contre-pied de cette triste dérive appelée « concurrence des victimes » qui renvoie dos à dos deux communautés de souffrance. Les tensions qui parfois les opposent nous concernent tous : elles résultent d'abord du niveau de la reconnaissance accordée à l'histoire des opprimés ou des persécutés. Quels qu'ils soient. Juifs ou Noirs.

  • « Dans la ville de Plock, en Pologne, il ne resterait qu'un Juif, et il serait muet. Cette étrange histoire me fut rapportée par d'anciens membres de cette communauté. Je traquais des récits de vie ; j'obtenais l'évocation du silence. Avait-il jamais existé, ce muet ? Toujours est-il que la rumeur s'était répandue pour finalement parvenir jusqu'à moi qui, justement, avais décidé de rompre le silence de la mémoire. Car ce muet imaginaire, ce dernier des Juifs de Plock, témoin impuissant à témoigner, n'est-il pas la figure emblématique de ces Juifs d'Europe orientale qui, cachés, émigrés, rescapés, ont survécu au désastre ? Et pour qui le souvenir est une lancinante exigence, et la transmission une difficile, voire impossible tâche ? » Voyageant dans l'espace et le temps, entre mémoire et histoire, quête et enquête, Nicole Lapierre a retrouvé une centaine de ces Juifs de Plock, dispersés de par le monde, à Paris, Tel-Aviv, New York, Varsovie et Montréal. Rencontre de deux générations, récits de grands voyages et journal d'un voyage intérieur associant avec bonheur le souci intime et l'interrogation savante, ce livre plaide pour la radicalité d'une mémoire qui, à travers les aléas du temps, inscrirait une tension permanente entre le passé et le futur, entre le particulier et l'universel. Une mémoire vive où se joue le devenir.
    Nicole Lapierre, directeur de recherche au CNRS, co-dirige le CETSAH (Centre d'études transdisciplinaires Sociologie Anthropologie Histoire) et la revue Communications. Elle a notamment publié Le Livre retrouvé et Changer de nom.

  • La famille élargie a-t-elle disparue ? le rôle des générations est-il effacé ? l'amour filial est-il fini ? certainement pas.

    Cette enquête unique sur les liens familiaux tels qu'ils se vivent au quotidien entre toutes les générations dans la france d'aujourd'hui le montre de façon étonnante. elle révèle que ces relations ont plus que jamais un rôle essentiel et que de multiples transmissions assurent le relais de l'histoire et de la mémoire.
    Non, famille et modernité ne sont pas contradictoires ; oui, dans toutes les couches sociales, il existe un " esprit de famille ", une façon d'être entre soi qui conforte liens et continuités tout en ménageant, mieux que par le passé, l'autonomie de chacun.

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