Michel Sot

  • L'écriture de l'histoire est un très ancien souci des hommes, à la recherche de leur passé pour mieux comprendre le présent. ecrire l'histoire de son église, surtout quand l'historien est un prêtre _ dont la fonction liturgique essentielle est de " faire mémoire " _ implique passion sans doute, mais aussi méthode.

    Au milieu d'un xe siècle trop souvent présenté depuis la rennaissance comme un " siècle de fer ", voici qu'après avoir appris son métier en consignant avec précision des annales et en composant une grandiose épopée du christianisme (les triomphes du christ), le chanoine flodoard rédige une histoire de l'eglise de reims, depuis ses origines romaines jusqu'en 948.

    Reims prend ainsi sa place parmi les augustes cités. elle aurait été fondée par remus au temps où romulus fondait rome. de rome, elle aurait reçu par saint pierre lui-même ses premiers évêques. par saint remi de le baptême de clovis, elle a fait entrer le peuple franc dans la grande histoire, la seule qui vaille, celle du christianisme. pour écrire l'histoire de ces temps mythiques, flodoard a exploité des classiques païens ou chrétiens comme tite-live, césar et orose, mais surtout il s'est fait archéologue: il a interprété les plus anciens monuments de la cité.

    Il s'est ensuite installé dans les archives de la cathédrales pour y suivre la constitution du patrimoine ecclésiastique, montrer comment, du vie au ixe siècle, se sont mises en place les principales institutions, jusqu'à l'archiépiscopact du prestigieux hinemar (845-882) dont il inventorie la très riche correspondance. a ce moment-là, s'affirme vraiment l'église de reims dans les faits, tandis que l'empire carolingien se divise. par-delà les frontières du partage de verdun (843), les archevêques de reims entretiennent un réseau européen de relations qui prolonge le projet impérial des carolingiens.

    Mais l'historien est d'abord homme de son temps. en écrivant cette histoire, flodoard portait en lui les questions posées par les troubles de la première moitié du xe siècle qu'il décrit dans son dernier livre. il a inscrit ses réponses dans le temps très long d'une histoire plus que millénaire. il les a inscrites aussi dans les espaces vécus par ses contemporains. la ville de reims, les biens dépendant de son église, les lieux où ont été portées des reliques de saints rémois et les destinataires de la correspondance des archevêques dessinent des ensembles de lieux qui sont, pour les lecteurs de flodoard, la garantie de vérité du récit de l'historien.

    Michel sot est professeur d'histoire médiévale à l'université de paris x.

  • Existe t-il dans la pratique des médiévistes un champ de recherche que l'on peut définir comme « histoire culturelle » ? La notion de culture n'est elle pas une notion contemporaine artificiellement projetée sur une époque qui ne l'a pas employée ? À quelle date conviendrait-il de faire débuter une histoire culturelle de la France ? Autant de questions préalables afin que soient abandonnées les à priori implicites que véhicule l'usage commun de culture...
    Il s'agit donc dans ce premier tome de décrypter les systèmes de représentation médiévaux c'est-à-dire de décrypter ceux du christianisme médiéval à partir du V e siècle jusqu'à la fin du XVe siècle sachant qu'il est impossible d'observer pour l'époque les pratiques et qu'il faut donc se tourner vers les systèmes de représentations du monde, les modes de pensée, les idées à la fois produites et reçues. Cette histoire culturelle s'articule en trois périodes (haut Moyen Âge, Moyen Âge central, bas Moyen Âge), mais elle est inégale car il faut bien reconnaître que l'époque carolingienne n'est pas au niveau de celles qui vont suivre à cause des documents qui sont de plus en plus nombreux et beaucoup plus riches, à cause des groupes dominés et illettrés qui échappent à l'historien ou encore en raison des modes de transmission des savoirs qui dans les milieux laïcs, par exemple, ne sont pas repérables. Que peut donc être la France avant qu'elle n'existe et ne soit pensée en tant que telle à la fin du Moyen Âge et dans des frontières bien différentes de celles d'aujourd'hui ? Tels sont les défis que se propose de relever ce premier tome.

  • En 1951 était inaugurée la Maison de la France d'Outre-mer, devenue en 1973 la Résidence Lucien Paye, à la Cité internationale universitaire de Paris.
    Depuis 50 ans, près de 10 000 jeunes Africains, venus étudier à Paris, y ont vécu des années décisives de leurs vies. En 2001, à l'occasion du cinquantenaire de l'ouverture de cette Maison et de la fin des travaux de réhabilitation, il a paru opportun de jeter un regard rétrospectif sur cinquante ans de relations entre la France et l'Afrique pour mieux analyser le présent et envisager l'avenir. Des historiens africains - anciens résidents pour la plupart - et des historiens français des universités de Paris, ont été invités à apporter leurs témoignages, partager leurs expériences et confronter leurs analyses.
    Que pouvait venir chercher (et trouver) en France un étudiant africain en 1951 ? Que peut-il venir chercher (et trouver) en 2001 ? Et demain ? Les témoignages des étudiants africains devenus professeurs des universités en Afrique et aux États-Unis sont particulièrement éloquents et fondent la réflexion. Les contextes successifs de la colonisation, puis de la coopération (et de la " décoopération " risque un des auteurs), comme le régime actuel de partenariat sont évoqués sans complaisance dans leur philosophie générale mais aussi dans leurs difficultés quotidiennes (équivalences de diplômes, visas, problèmes économiques).
    Au-delà, les auteurs s'interrogent sur la place de l'Afrique, des cadres, des intellectuels et des artistes africains, dans la culture mondiale hier et aujourd'hui. Quel rapport entre l'usage de la langue française et la France ? Les relations France-Afrique sont-elles encore privilégiées ? Doivent-elles l'être à l'avenir ? A quelles conditions ?

  • C'est avec l'ancien que l'on fait du neuf : l'innovation est nécessairement reprise d'éléments culturels antérieurs, réaménagés, transformés, subvertis et enrichis. Le Moyen Âge est imprégné de culture antique : culture romaine dans l'Occident où nous nous trouvons, mais aussi culture juive, transmise par la Bible en latin et en hébreu.

    C'est sur la renovatio culturelle, à partir de ces fondements antiques dans le haut Moyen Âge, que s'ouvre l'ouvrage, et quoi de plus emblématique que la grande synthèse du savoir gréco-romain établie au début du VIIe siècle : les Étymologies d'Isidore de Séville. C'est un relais capital vers les renaissances de l'époque carolingienne, qui sont analysées ensuite dans les domaines littéraire, artistique et exégétique. L'innovation peut aussi prendre des chemins techniques plus prosaïques et moins visibles, comme l'assemblage décoratif nouveau des moellons dans les murs des églises romanes, dont on connaît les modèles antiques et les relais carolingiens. La tradition ne fait pourtant pas que nourrir l'innovation : la mise en oeuvre d'inventions nouvelles en matière d'irrigation dans les pays méditerranéens aux XVe et XVIe siècles est freinée par la pénurie d'investisseurs.

    La tension entre tradition et innovation est abordée à propos de la musique : théorie dans l'Antiquité, elle devient pratique au XIIe siècle, puis objet de plaisir. On suivra aussi l'histoire des représentations de l'Adoration des mages, qui peut être interprétée comme exprimant le triomphe du christianisme sur les dieux et l'empereur romains, ou l'interprétation politique aux XIVe et XVe siècles de prophéties de Protée et de Ganymède, qui ne sont pas sans rapport avec les anciens oracles sibyllins juifs.

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