Michel Espagne

  • Gotthold Ephraim Lessing, écrivain, dramaturge et critique, est aux origines de la littérature et du théâtre allemands modernes ; son apologie de la critique annonce tant le romantisme que la philosophie idéaliste et l'histoire des religions, son amitié avec Mendelssohn incarne la symbiose judéo-allemande.

  • L'objet de ce livre est d'aborder les frères Humboldt comme une fratrie, de souligner leur complémentarité et de mettre en évidence leur insertion dans une sociabilité savante européenne.
    On attribue à Wilhelm la fondation de l'Université de Berlin, à Alexander la promotion d'un système de recherche scientifique qui se perpétue dans les actions de la fondation qui porte son nom. Le domaine de Wilhelm est la linguistique et la philosophie du langage : ayant écrit en allemand une oeuvre composée de textes brefs, il a joui d'une notoriété qui, dans un premier temps au moins, est restée cantonnée à l'Allemagne avant de féconder à travers le monde la pensée des anthropologues. Alexander, qui a largement fait usage de la langue française, et dont le long séjour à Paris est lié à la rédaction de son grand oeuvre, s'inscrit d'emblée dans une histoire internationale des savoirs. Ils sont au centre de toute l'histoire des sciences humaines en Europe.

  • Mosaïque de nations (Géorgiens, Azerbaïdjanais, Ossètes, Arméniens, Tchét- chènes, etc.) attachées à leurs traditions, et d'une exceptionnelle diversité lin- guistique, sociopolitique ou religieuse, l'espace du Caucase peut aussi être abor- dé, dans la très longue durée, du point de vue des imbrications enregistrées au fil du temps et de leurs effets, créateurs ou délétères.
    Ce livre présente les métissages caractéristiques de l'espace caucasien dans la longue durée, de l'Antiquité à la fin de la période soviétique ; il est basé sur l'accord d'universitaires, français et caucasiens, pour penser que ces métissages doivent faire l'objet d'une histoire spécifique, véritable levier pour soulever le poids de la complexité régionale.
    Le Caucase a été l'un des itinéraires empruntés par la route de la Soie et reste marqué par cette voie d'échanges. Il a été en partie peuplé par des populations venues d'Asie centrale, envoyées par Gengis Khan ou Tamerlan. Envahis par les Grecs, les Romains, les Byzantins, par des Mongols turcisés hésitant longtemps entre bouddhisme, christianisme et islam, la région a combiné les nombreuses strates culturelles dont elle est héritière. Le Caucase, patrie de Prométhée et de Médée, a aussi été un domaine de pénétration de l'hellénisme, mais il faut aussi garder à l'esprit une strate zoroastrienne qui perdure jusqu'au XIX e siècle.
    Parler des transferts culturels dans le Caucase suppose de prendre d'abord une perspective linguistique ; la soixantaine de langues parlées dans ces montagnes et l'hypothèse d'un substrat préhistorique a fasciné des générations de savants.
    Mais encore : le Caucase est particulièrement important pour l'imaginaire lit- téraire russe de Lermontov à Pouchkine, ou Griboïedov. Ses poètes comme le Géorgien Roustaveli ou l'Azerbaidjanais de langue persane Nizami sont eux- mêmes au confluent de plusieurs littératures. Une histoire transculturelle du Caucase peut être envisagée du point de vue de lieux de mémoires croisées, ses villes cosmopolites comme Bakou ou Tbilissi/Tiflis.
    Cet ouvrage novateur montre combien les transferts historiques, littéraires, lin- guistiques, archéologiques et esthétiques ont joué comme principe de structu- ration de cet espace.

  • C'est une analyse inédite en France qui est ici proposée : celle de la Kulturwissenschaftliche Bibliothek Warburg (KBW) et du Warburg Institute londonien qui lui succéda, en tant que laboratoire exceptionnel d'idées et de méthodes, porté par une bibliothèque. De manière originale, elle ne se focalise donc pas sur l'oeuvre et la personne d'Aby Warburg en tant que telles, mais appréhende la KBW comme creuset intellectuel et scientifique. Raisonner en termes de laboratoire - le qualificatif est employé par Warburg lui-même - permet de désigner la nature du travail et des enjeux que recouvre la KBW, à la fois espace physique et entité intellectuelle, « collection de problèmes » (Cassirer), institution académique, lieu de conférences, d'expositions, d'édition et aussi équipe de savants aux rapports complexes, avec André Jolles, Fritz Saxl, Gertrud Bing, Erwin Panofsky, Ernst Cassirer, Edgar Wind, Raymond Klibansky ou encore Alfred Doren. Il s'agit donc aussi de retracer comment ces derniers ont repris, déplacé ou réinterprété les questions matricielles de la bibliothèque comme l'élaboration d'une « science de la culture » à même de questionner les rapports entre mot et image et de saisir la « survivance de l'antique ».


    Des inédits traduits ainsi qu'un entretien avec la première archiviste sont donnés à la fin de ce numéro.

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  • L'ouvrage nous offre un riche panorama des échanges et des imbrications qui ont caractérisé l'histoire des sciences humaines en Europe. Le formalisme russe a eu une influence considérable sur les sciences humaines depuis Humboldt en passant par la linguistique russe de Jakobson et jusqu'à Lévi-Strauss. Il sera l'objet d'échanges entre savants européens de la Russie à la France. Ce livre nous présente aussi l'histoire transnationale des sciences humaines à partir du moment intellectuel russe du formalisme (début 20e).

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  • On découvre progressivement en France toute la place occupée dans les pays de langue allemande par l'histoire de l'art, qui se situe au confluent de l'esthétique, de la philologie, de la philosophie et de l'histoire.
    Déchirés entre le genre de la narration historique et la description minutieuse des oeuvres et de leur genèse, entre le genre du catalogue d'exposition et celui du manuel, entre l'hagiographie et l'essai critique, les historiens d'art allemands, instigateurs et héritiers à la fois de courants européens, ont largement contribué à la construction de cette nouvelle discipline.

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  • De l'archive au texte

    Michel Espagne

    • Puf
    • 1 November 1998
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  • A l'étude des relations ou des influences entre les aires culurelles, à la pratique de la comparaison, tend à se substituer l'analyse des imbrications, des métissages qui font des diverses aires culturelles non des limites mais des moments dans la construction identitaire de chacune d'entre elles. S'il existe une part française de l'Allemagne et allemande de la France, si des pays tiers, par exemple la Russie, interviennent nécessairement dans ce dialogue, la recherche sur les transferts culturels permettra de reconnaître le mécanisme de la construction des spécificités nationales, mais aussi un soclee historique commun échappant largement aux comparaisons.

    Pour aborder l'histoire des sciences humaines, l'histoire de l'art, celle des représentations littéraires, des phénomènes de migration, pour analyser les strates étrangères d'une mémoire nationale, diverses disciplines doivent être sollicitées et leur confrontation avec la question de l'altérité culturelle aide souvent à comprendre leur genèse. On verra en pariculier la part de l'ethnologie et de l'anthropologie dans l'effort pour soumettre les systèmes culturels français ou allemands à une histoire régressive. Si la recherche sur les transferts culturels pose l'identité des nations qu'elle met en relation, c'est à la manière dont l'histoire pose ses universaux pour en limiter la portée. En charge des transferts culturels, les études germaniques ne sont-elles pas tenues d'occuper un territoire scientifique dont la centralité les renverrait à leurs origines mêmes ?

    Texte de couverture

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  • Il est courant d'opposer à une homogénéité de l'espace germanique, fondée sur la langue, une hétérogénéité de l'espace français, compensé par un centralisme séculaire qui fonctionnerait comme un creuset, une machine à gommer des différences régionales profondes. Si l'histoire de France produit de l'identité à partir d'éléments hétérogènes, de particularismes divers, d'importations multiples, en va-t-il autrement de l'histoire culturelle de l'Allemagne ? L'identité allemande n'est-elle pas aussi une métamorphose de matériaux importés, une altérité transformée et sublimée ? La compréhension du monde allemand ne serait-elle pas enrichie si on l'envisageait non pas comme un espace englobant donnant un sens à chacune de ses parties, mais comme un creuset, ou mieux encore comme une juxtaposition de creusets où s'est opérée une alchimie complexe peu à peu oubliée ?

    L'échelle de la région apparaît en Allemagne particulièrement pertinente pour se livrer à une analyse d'histoire interculturelle, la région est aussi imbriquée de façon plus immédiate dans un ensemble plurinational.

    La région de Saxe a constitué, de la fin du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle, un Etat important d'Europe centrale. Cette région a intimement oeuvré à l'affirmation d'une identité nationale allemande en fournissant nombre de symboles indispensables à cette identité, que ce soit sur le plan culturel ou politique.

    Extraits de l'introduction

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  • En deca du rhin

    Michel Espagne

    • Cerf
    • 1 February 2005
  • Que la création de musées se soit toujours inscrite dans des cadres dépassant les frontières entre pays, que leur évolution soit tributaire de circulations d'hommes, d'objets, de notions et de pratiques, sont des faits tellement évidents qu'ils pourraient sembler triviaux. Mais à force de les tenir pour acquis, le risque est de finir par les éluder et donc de transformer des moments majeurs de l'histoire de l'institution muséale en points aveugles de son historiographie. Le présent volume aborde les musées dans une optique résolument transnationale, afin de revenir sur ces évidences qui n'en sont plus dès lors qu'on les constitue en objets ,de recherche.

    Comment les formes institutionnelles, les modalités d'organisation, de classement et d'exposition des objets, les pratiques de gestion migrent-elles et se reconfigurent-elles selon leur contexte d'arrivée ? À travers des études de cas très variées - musées médicaux, musées d'art, musées pédagogiques, musées juifs, musées orientalistes, musées anthropologiques et d'histoire naturelle, musées des sciences - allant de la fin du xviiie siècle aux années 1970, la perspective est d'apporter un éclairage spécifique sur la constitution, la circulation et l'appropriation de « modèles » muséographiques d'un espace à l'autre.

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  • On a souvent défini l'orientalisme comme la représentation occidentale de l'Orient et on l'a associé, depuis les travaux d'Edward Saïd, à un colonialisme. Ce volume qui étudie la place des Juifs dans l'orientalisme, que ce soit dans l'art ou l'étude de la civilisation arabo-musulmane, revient sur une partie de cette équation. Sujets de l'Orient, les juifs en furent aussi, après l'émancipation, les chantres et ils ont pris une part non négligeable dans la connaissance que l'Occident a pu avoir de cette civilisation, jusqu'à s'identifier à elle. Le livre retrace les épisodes de cette relation intense et complexe entre une nation et un territoire.

  • L'histoire des concepts, bien ancrée dans le paysage récent des sciences humaines, est aussi un outil précieux pour l'étude des imbrications transnationales, notamment celle des liens entre l'Europe et l'Asie. Loin de considérer que la traduction aboutit à une déperdition du sens des textes ou des concepts qui structurent la réflexion historique dans les sciences humaines, on s'accorde plutôt à penser en effet que leur circulation d'une langue et surtout d'un contexte culturel à l'autre peut aboutir à un enrichissement de leur sens, à un déplacement créateur de nouveaux contenus sémantiques.
    Les réappropriations chinoise de textes littéraires ou philosophiques européens comme les réappropriations européennes d'oeuvres chinoises promettent de livrer de nouvelles interprétations. Bien des notions sont passées d'Allemagne en France puis de France au Japon avant d'être adoptées en Chine d'une manière très transformée. L'histoire intellectuelle chinoise est de façon générale jalonnée de grandes entreprises traductrices. Ces reformulations se situent pleinement dans la continuité de reformulations non moins créatrices de sens nouveau dans le contexte européen. Elles trouvent un évident parallèle dans la circulation d'objets porteurs de sens, notamment des objets d'art.
    Étudier les formes de réappropriations qui s'opèrent entre l'Europe et l'Asie, entre la France et la Chine, c'est poser les jalons d'une philologie et d'une histoire intellectuelle de l'avenir, établir un cadre de débat entre les sciences humaines européennes et asiatiques autour des notions centrales essentielles à la compréhension de tout passage.

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  • L'histoire des savoirs sur l'Afrique ici esquissée se doit de mettre en exergue un tissu d'imbrications scientifiques et de transferts francoallemands. La question du statut des langues révèle que l'africanisme a commencé, en France aussi bien qu'en Allemagne, comme une philologie progressivement détachée de l'orientalisme. On peut ensuite mettre en évidence que des cursus visant à la formation plus pratique d'africanistes ont progressivement été établis depuis les dernières décennies du XIXe siècle dans les écoles coloniales françaises ou allemandes ; elles sont en concurrence mais reprennent des modèles comparables. Les auteurs de ce livre font apparaître que les transferts de savoirs sur l'Afrique se fondent aussi sur des médias, ancrés dans des institutions, comme les instituts de recherche, les associations scientifiques, les maisons d'édition. Mais dans une asymétrie structurelle, il a été trop longtemps minimisé le rôle des Africains eux-mêmes. Mais il devient de plus en plus évident que les savoirs sur l'Afrique ont pu modifier fortement le cadre européen, son esthétique et sa perception du monde. L'ouvrage montre combien les transferts francoallemands autour de l'africanisme sont un moment de l'histoire contemporaine des sciences humaines. Michel Espagne est directeur de recherche au CNRS, germaniste et spécialiste des transferts culturels. Hans-Jürgen Lüsebrink est professeur de romanistique à l'Université de Sarrebruck (Allemagne). Il est titulaire de la chaire « Études culturelles romanes et communication interculturelle ». Ont également contribué à cet ouvrage : Nathalie Carré, Ibrahima Diagne, Albert Gouaffo, Miriam Lay Brander, Sonja Malzner, Anthony Mangeon, Sylvère Mbondobari, Matthias Middell, Pascale Rabault-Feuerhahn János Riesz, Eva-Maria Siegel, David Simo, Ninja Steinbach-Hüther, Cécile Van den Avenne.

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