Michael Walzer

  • 1971, en pleine guerre du Vietman. Michel Walzer a 36 ans ; il enseigne à Harvard et milite activement. Les États-Unis viennent d'envahir le Cambodge quand il écrit, en quelques semaines, ce qui deviendra ce Manuel d'action politique : un guide pratique et intellectuel pour toute personne désireuse de s'engager. Comment s'assurer que la cause défendue sera au bénéfice du plus grand nombre ? Quelle stratégie adopter pour obtenir gain de cause?? Comment s'assurer que ses objectifs ne pèchent pas par irréalisme ? Comment composer avec les désaccords internes?? Comment convaincre ses opposants??

    2018, Trump est au pouvoir. Les étudiants américains veulent s'organiser. Leur prof leur photocopie son exemplaire de ce Manuel, indisponible depuis longtemps. « Pourquoi n'existe-t-il rien de ce genre dans les librairies ? » lui demandent-ils. Il y a là, affirment-ils, la réponse à toutes leurs questions. En 2019, la maison d'édition de la New York Review of Books le réédite.

    Intentionnellement écrit sans référence au contexte de l'époque par celui qui deviendrait l'un des plus grands penseurs politiques de ces dernières années, ce manuel saisit par sa pertinence. Ce livre, sérieux et plein d'esprit, est une ressource indispensable pour les militants, une source de réflexion politique pour tous, et un appel à l'action formidablement réjouissant.

  • Dans l'enfer de la guerre, tout n'est pas égal. Blocus, bombardements de civils, représailles, dommages collatéraux traversent tous les conflits. Mais la guerre juste existe, qui peut à chaque instant basculer dans l'injustice. Déterminer l'inacceptable comme l'inévitable est un jugement auquel nul ne peut se dérober.
    En quête du juste équilibre, Walzer n'ignore ni les droits de l'homme, ni la nécessité. Le philosophe qui milita contre la guerre au Vietnam montre qu'une guerre, quand même elle servirait les intérêts d'une grande puissance, peut être aussi une guerre juste. Il revendique un empirisme moral, et développe une argumentation à partir d'exemples historiques. Rien de moins abstrait que cette réflexion.
    Notre monde n'a pas su écarter l'enfer de la guerre, mais il progresse chaque jour dans son exigence d'un droit international pour juger des guerres et des crimes qui y sont commis.
    Un « avant-propos » inédit, rédigé à la lumière de la guerre d'Irak, ouvre la perspective d'un usage juste et préventif de la force qui écarterait les risques de guerres injustes.

  • La notion de justice sociale a suscité durant les dernières décennies d'intenses débats en philosophie morale et politique, surtout depuis la publication de la Théorie de la justice de John Rawls (Seuil, 1987).
    Dans cet ouvrage, Michael Walzer défend une conception rivale de celle du contractualisme de Rawls et propose une théorie radicalement pluraliste de la justice. Reprenant la conception pascalienne des " ordres ", il soutient qu'il existe des sphères de justice distinctes. Ce qui vaut dans la sphère économique ne se laisse pas transférer dans la sphère de l'éducation, ou dans celle du pouvoir politique ; les loisirs, la famille, et même la grâce divine ont chacun leur " sphère " propre. Contre l'égalitarisme " simple " qui vise à distribuer les biens de manière égale, Walzer propose une théorie de l'" égalité complexe " : une société régie selon ce principe est une société dans laquelle aucun type de bien ne peut dominer les autres. Tout passage illégitime d'une sphère à une autre conduit à une forme spécifique de tyrannie. À travers une série d'enquêtes concrètes et originales, attentives au détail des manières dont les communautés ont forgé, à travers l'histoire, leurs systèmes de valeurs et de règles, Walzer propose ce qu'il appelle un " socialisme démocratique décentralisé ", et jette les bases d'une philosophie politique adaptée à un monde de valeurs conflictuelles.

  • Dans l'ombre de Dieu

    Michael Walzer

    • Bayard
    • 6 January 2016

    Quelles sont les idées politiques défendues dans la Bible hébraïque ? Ont-elles inspiré notre conception moderne du droit et de la politique ? Michael Walzer présente dans un livre très accessible et passionnant les différentes conceptions de la loi, du gouvernement, du pouvoir royal, des institutions politiques, telles qu'elles apparaissent dans les différents textes de l'Ancien Testament. Il montre comment ces textes pluriels, parfois contradictoires, tentent de décrire un royaume humain politique "à l'ombre de Dieu". Ce livre est sans doute la meilleure analyse des racines bibliques de notre monde politique et de nos conceptions du droit, du pouvoir et de la justice. On découvre ainsi que "la Bible est aussi un grand livre politique". Elle raconte la tyrannie et la libération, la naissance de la royauté et son destin tragique, l'exigence de justice sociale, les codes de loi, etc. c'est aussi un livre de critique sévère, implacable, du monde politique, de ses intrigues, de ses trahisons, de ses échecs...

  • Les pauvres, les membres des minorités raciales ou religieuses, les hommes et femmes non orthodoxes, ne partagent que de façon limitée les bonheurs de leur pays, supportent la charge du déclin économique, sont exclus des meilleures écoles et des meilleurs emplois et portent en eux, en tout lieu, le stigmate de l'échec.
    Nous reproduisons ainsi les exclusions internes de l'ancien monde : certains membres de la communauté sont dominés, sans pouvoir, sans emploi, marginalisés. Nous ne savons pas exactement comment dénommer ces personnes : les dépossédés, le quart-monde, les populations défavorisées, les exclus, les démunis. Cette confusion relative à leur qualification reflète une gêne plus profonde concernant leur existence.

  • La tolérance n'est pas seulement une notion de philosophie ; elle est aujourd'hui, plus que jamais, un principe de politique.
    Traiter de la tolérance, c'est analyser la coexistence pacifique, précisément rendue possible par l'exercice de la tolérance, de groupes humains relevant d'histoires, de cultures et d'identités différentes.
    De fait, on ne peut traiter de la tolérance comme trop souvent de nos jours on dispute de la philosophie politique - sous une forme procédurale, selon les conditions admises par tous d'un discours idéal tenu dans une impartialité absolue.
    Les réalités sont à ce point complexes, les enjeux immédiats, les arguments gros de conséquences inéluctables que la philosophie, lorsqu'elle se mêle de la tolérance, doit s'appuyer sur l'information historique et faire preuve de compétence sociologique. À tout le moins si elle veut se garder d'un " mauvais utopisme "et prendre la juste mesure des choix difficiles qui sont ceux de la vie politique.
    Plus ces choix sont difficiles, plus les chances de voir apparaître une seule et unique solution philosophiquement satisfaisante sont réduites. Ainsi le modèle de la neutralité de l'Etat et de l'association volontaire, décrit par John Locke dans ses Lettres sur la tolérance, était-il approprié à l'expérience de congrégations protestantes dans certaines sociétés ; il ne l'est plus à la réalité contemporaine du développement du pluralisme religieux et ethnique.
    Le meilleur ordonnancement politique est fonction de l'histoire et de la culture des hommes dont il organise les existences.
    La réponse la plus pertinente à la question de la tolérance est désormais de considérer une série d'options et d'établir les possibilités, et les limites de chacune à l'intérieur de son contexte historique, et non plus au regard d'un principe supérieur dont découlerait une échelle hiérarchique sur laquelle sociétés et régimes se verraient assigner un rang selon leur degré de respect de la différence.
    C'est proprement ce que fait le Traité sur la tolérance de Michael Walzer, étude rigoureuse et circonstancielle des différents régimes de tolérance, qui n'en laisse de côté ni le modèle idéal ni l'application concrète.

  • Penseur engagé dans la vie politique américaine depuis le combat pour les droits civiques, Michael Walzer est une figure marquante de la gauche intellectuelle aux États-Unis. Convaincu que le débat philosophique n'est utile que s'il est adossé aux pratiques concrètes et à la moralité des sociétés, il développe une critique sociale aux antipodes de la philosophie désincarnée, qui ne répond ni aux préoccupations quotidiennes des gens ordinaires ni au sentiment d'injustice des perdants de la globalisation. Il est inutile, selon lui, de vouloir écrire une théorie de la justice : c'est à « penser la justice » en fonction du contexte donné (politique, économique, religieux, etc.) qu'il faut s'employer.
    Grâce à la science d'Astrid von Busekist, nous entrons dans une oeuvre édifiante qui défend une morale politique « commune », enracinée dans des traditions culturelles particulières, mais capable de dialoguer par-delà les frontières. Face à l'urgence de l'engagement et de l'extrême attention à porter aux inégalités et aux injustices, elle définit le rôle que peut - et que doit - jouer le critique social ou le philosophe dans la cité moderne.

  • Raison et passion

    Walzer/Michael

    • Circe
    • 25 April 2003

    " Dans la première conférence, j'examinerai ce qui m'apparaît comme un trait essentiel de notre vie associative : dans bien des domaines, elle n'est pas le fait d'un héros libéral, d'un individu autonome qui serait en mesure de choisir ses propres allégeances.
    Au contraire, un grand nombre d'entre nous se situent d'ores et déjà dans des groupes qui pourraient bien s'avérer déterminants. Dans ma deuxième conférence, je démontrerai par extension que les délibérations d'individus autonomes ne constituent qu'un moindre aspect du scénario politique en démocratie, avant de suggérer que le conflit social, négligé ces dernières années par les théoriciens du libéralisme, joue en réalité un rôle majeur : je m'efforcerai d'avancer un compte-rendu (ou du moins un inventaire) des activités qu'il requiert.
    Dans ma troisième conférence, j'étudierai le rôle joué par la passion dans la vie politique qui est la nôtre, non sans m'inquiéter de ce que le libéralisme " raisonnable " (lequel conserve tout mon soutien) ne nous aide pas à saisir l'importance de ce rôle, ni à canaliser et contraindre ses diverses manifestations. "

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