Michèle Lesbre

  • « Il y a des villes pour les chagrins et d'autres pour le bonheur, parfois ce sont les mêmes. » Lorsqu'elle retrouve une ancienne édition de La Chartreuse de Parme, Laure se souvient d'une phrase entendue dans son enfance : « Quand vous serez plus grande, vous irez à Parme, il faut lire ce roman de Stendhal à Parme. » Des années plus tard, elle prend seule le train pour l'Italie. Ses déambulations à travers les rues et les théâtres font revivre les silhouettes de son passé. Alors, sur une impulsion, elle demande à son amant parisien de la rejoindre.

  • Le canapé rouge

    Michèle Lesbre

    Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, tandis que défilent les paysages, Anne songe à l'amitié qui la lie à une vieille dame, Clémence Barrot, laissée à Paris. Elle lisait à cette ancienne modiste la vie de femmes libres et courageuses telle Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne... Et partageait avec elle des souvenirs tendres et douloureux : ceux des amours passées.
    Le dixième livre de Michèle Lesbre est un roman lumineux sur le désir, un texte limpide sur le bonheur de vivre.

  • Chemins

    Michèle Lesbre

    Paris, de nos jours. Un homme assis sous un réverbère, pipe à la main, lit Scènes de la vie de bohème d'Henry Murger. C'était le livre préféré du père de la narratrice, à qui il n'en faut pas plus pour que cet « intime étranger », ce père qu'elle n'a que très peu connu, refasse peu à peu surface.
    À la faveur d'un long voyage au fil de l'eau, rythmé par le passage des écluses, la narratrice entremêle présent et passé : de-ci une gardienne de vaches, un éclusier tendre et un peu menteur, un couple de mariniers, de-là les souvenirs de ce père dont elle n'a jamais percé la part de mystère, auréolé des lieux de son enfance à Poitiers, et de cette moto noire qu'il conduisait avec cette odeur de cuir et de tabac qui l'enveloppait alors...
    Une bouleversante quête du père, un très beau récit sur la filiation.

  • écoute la pluie

    Michèle Lesbre

    « Puis le ronflement sourd de la rame qui s'approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. Le vieil homme s'est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j'ai cru qu'il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté. » Avant que le vieil homme ne se jette sur la voie en lui adressant son dernier sourire, la narratrice partait rejoindre l'homme qu'elle aime à l'hôtel des Embruns. Le choc a fait tout basculer. Plutôt que d'aller à la gare, elle s'enfonce dans les rues de Paris pour une longue errance nocturne sous l'orage.
    Revenue chez elle au petit matin, toujours incapable d'expliquer à son amant pourquoi elle n'était pas au rendez-vous, elle murmure à son intention le récit de sa nuit blanche. Lui, le photographe pour qui les mots ne sont jamais à la hauteur, sera-t-il capable de comprendre l'énigmatique message qu'elle finit par lui laisser : « Écoute la pluie » ? Avec ce roman dense et bouleversant, Michèle Lesbre poursuit une oeuvre lumineuse qu'éclaire le sentiment du désir et de l'urgence de vivre.

  • " d'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche.
    le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. j'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. la douleur était entrée en moi d'un seul coup. " depuis qu'elle a retrouvé cette montre, la narratrice s'est elle-même mise en mouvement : suivant une impulsion implacable, elle visite des maisons, comme pour retrouver le lieu d'un rendez-vous manqué.
    alors qu'elle est au bout de son improbable quête, le présent se substitue de plus en plus souvent au passé et peu à peu se construit, sous nos yeux et presque à l'insu de la narratrice, un magnifique et subtil roman des origines. jamais michèle lesbre n'est allée si loin dans l'entrelacement de son expérience intime et de la fiction, et jamais elle n'a montré de manière si lumineuse le pouvoir rédempteur des mots qu'elle tisse comme un enchantement.

  • La silhouette libre et rebelle de Marion du Faouët, « Robin des bois » bretonne qui, dans les premières années du XVIII e siècle, prenait aux riches pour redistribuer aux pauvres, n'a cessé d'accompagner Michèle Lesbre, traversant comme un feu follet certains de ses précédents livres (notamment Le Canapé rouge, voir citation infra).
    Parce qu'une femme aux cheveux roux prénommée Marion, qui avait élu domicile dans une boutique désaffectée en bas de chez elle, a soudain disparu après quelques mois de vie miséreuse, les traits de l'autre Marion, la « chère brigande », se superposent à ceux de la SDF parisienne, sorte de contrepoint au désarroi de n'avoir pu lui porter secours. Michèle Lesbre, comme pour conjurer le désenchantement et la pesanteur du monde d'aujourd'hui, décide de partir sur les traces de la Bretonne.
    Si la longue lettre qu'elle lui adresse va donner chair et corps à la voleuse au grand coeur, elle sera également pour l'écrivain l'occasion d'un texte très personnel - le « je » narrateur, cette fois, est bien celui de l'auteur -, où ses propres désirs, ses utopies et ses révoltes se confondent avec ceux de Marion.
    Dans le train qui conduit Michèle Lesbre à Quimper, les souvenirs de la vie de Marion reviennent par bribes, qui tendent un miroir à la jeune femme qu'elle a été et dont la conscience politique s'est éveillée avec les tragédies de l'histoire : à dix-huit ans, alors qu'elle découvrait la cruauté des hommes lors des premières manifestations contre la guerre d'Algérie, Marion, elle, créait sa bande de brigands. Avec ses comparses recrutés parmi ses proches, elle allait écumer les bois, redresser les torts, forcer les riches fermiers à partager leur blé avec ceux qui, dans une Bretagne exsangue, n'avaient rien. Le Faouët, les monts d'Arrée, Quimper :
    Tous ces lieux où Marion a grandi et que Michèle Lesbre arpente, évoquent chez la narratrice la fougue et la générosité de son indomptable héroïne. Et même s'il lui arrivait d'administrer quelques coups de bâton, la « chère brigande » se contentait de frotter à l'ortie les réfractaires. La vraie violence, celle des soldats qui ravageaient la campagne, violaient les femmes, pillaient les paysans, a fini par s'exercer contre elle et ses complices, vite jetés en prison, torturés, puis exécutés.
    Michèle Lesbre, dans ce texte lumineux - qui nous parle aussi d'elle, de nous, du monde dans lequel nous vivons - nous donne à entendre le rire d'une gamine formée à l'école de la vie, d'une grande amoureuse et d'une femme insoumise que l'injustice a mise en marche.
    Sa belle lettre s'achève ainsi :
    « Dors tranquille, chère brigande, tu m'as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu'ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n'étais pas un ange, mais les anges n'existent pas. »

  • « Victor, le 26 septembre 1989, à sept heures du matin, les portes de la prison de Poissy s'ouvraient pour toi, et la rue te rendait une liberté tardive. Quelques semaines après, le mur de Berlin tombait. Ah, les beaux jours de cet automne-là ! Car il faut bien que les portes s'ouvrent, que les murs s'écroulent, quand ils empêchent les hommes de vivre. » Michèle Lesbre a rencontré Victor Dojlida à sa sortie de prison et l'a côtoyé jusqu'à sa mort en 1997.
    Bouleversée par le destin de cet éternel rebelle dont la vie a été brisée par la guerre et les désillusions, elle est partie sur ses traces, a exploré les archives et s'est surtout souvenue de leurs conversations, pour lui rendre cet hommage personnel. Victor Dojlida est né en Biélorussie en 1926. Il a trois ans quand sa famille émigre en Lorraine, où son père est d'abord employé à la mine, puis aux aciéries. Quand, le 10 mai 1940, la première bombe s'écrase sur Homécourt, l'école ferme. Victor a quatorze ans, il ne passera pas le certificat d'études, mais il entre aux FTP-MOI, les Francs-tireurs et partisans de la main-d'oeuvre immigrée. En février 1944, son réseau est dénoncé. C'est la déportation et les camps, où il voit mourir son copain Stanis. Il a presque vingt ans quand il revient. Le juge qui l'a livré à la Gestapo et le policier qui l'a dénoncé sont encore en place. Pour lui qui est rescapé de l'enfer, ce n'est pas supportable. C'est alors que commence l'enchaînement des faits qui le conduiront en prison pendant quarante ans.

  • Nina par hasard

    Michèle Lesbre

    Nina est apprentie coiffeuse à Roubaix.
    Sa mère, Susy, travaille dans une des dernières petites usines textiles du nord de la France. Dans l'univers clos de ces deux femmes, les hommes ne sont que des passions ravageuses pour la mère, des pères impossibles pour la fille. Avec son premier salaire, Nina a décidé de souhaiter son anniversaire à Susy en l'emmenant au bord de la mer. C'était sans compter avec Delplat, le patron cynique qui tous les vendredis vient « se faire rafraichir » au salon de coiffure, sans compter avec Legendre, le contremaître aux comportements sadiques, ni avec le naufrage des idéaux et des illusions dans le rude monde des adultes.
    Pourtant les bonheurs fugaces, les bals du dimanche, la belle solidarité des femmes et aussi Arnold, l'ami de Nina, laissent ouvertes les portes d'un ailleurs possible

  • Sur le sable

    Michèle Lesbre

    Apercevant des flammes derrière une dune, la narratrice s'arrête.
    A la lisière de l'incendie, recroquevillé sous une couverture, un homme prostré contemple le sinistre. Intriguée, la femme accepte de rester près de lui. L'homme de la plage ne cesse de parler. Il est venu enterrer sa mère et voir disparaître cette maison de malheur où se sont noués pour lui tant de drames : la jeune noyée d'un dimanche de son enfance, sa mère qui venait y rejoindre son amant et Sandra avec qui il aurait aimé vivre.
    Au fil de ce monologue, son auditrice est elle-même envahie par ses propres fantômes... et par des phrases tirées des livres de Patrick Modiano qu'elle ne cesse de relire et qui viennent scander ses souvenirs. Avec ce onzième livre, Michèle Lesbre poursuit sa route, déterminée et lumineuse, où le pouvoir enchanteur des mots réveille la rumeur du monde.

  • «Derrière moi la ville s'estompe, elle se laisse avaler par tout ce blanc qui se répand sur elle. Et puis des mots résonnent dans ma mémoire et aussi la voix qui les prononçait des dizaines d'années en arrière, Un lac immense et blanc! Un lac immense et blanc! Je revois la mince silhouette d'Antoine se roulant dans la neige comme un chien fou. Nous étions trois à le suivre des yeux sans oser le rejoindre, c'était si beau. C'était dans un autre monde, un autre temps. C'était peut-être même un songe.» Édith, la narratrice, est au zinc d'un bistrot parisien, le Café lunaire. L'ombre des flocons qui glisse sur les murs ressuscite d'autres paysages de neige, témoins de ses premières amours, de ses premiers combats politiques. Et la nostalgie se mue en joie. En cette journée particulière, la solitude aura moins que jamais le goût des renoncements.

  • Dans un train qui l'emmène vers les lieux de son enfance, le narrateur voit s'asseoir à côté de lui une femme au comportement étrange, qui entreprend de lui raconter son histoire.
    Il essaie d'échapper aux confidences, mais lila insiste, lui raconte sa vie ordinaire, l'aveu d'adultère du mari, la fuite, le drame qu'elle a vécu dans un village où un crime fut commis. c'est là qu'elle retourne aujourd'hui, c'est aussi là qu'il se rend. par lâcheté, ou pour tromper son ennui, parce que cette femme surtout a le charme de l'inquiétant imprévu, le narrateur l'écoute, passe de la compassion à la complicité.
    Il cédera encore quand elle demandera le pire. qui n'a pas en lui quelques renoncements ou lâchetés inavouables ? minutieuse description d'un engrenage implacable et finalement meurtrier, une simple chute renvoie le lecteur à ses peurs intimes et dévoile les hommes comme seules les femmes semblent les connaître, infiniment cruels et durs.

  • Confronté à cécile, pratiquement le sosie de sa fille suicidée, andré martin, flic anonyme, apprend à jouer avec le feu de la mémoire.
    Cherchant avant tout sa présence, il prolonge les interrogatoires de la jeune femme, laquelle trouve en lui le confident dont elle avait besoin. tandis qu'elle lui détaille l'affaire à laquelle elle est mêlée, le policier plonge dans l'amertume du deuil inachevé de sa fille, seul espace où il parvient à se sentir humain. un jeu sans joie s'installe entre eux. martin s'en délecte, s'en saoule jusqu'à souffrir, dix ans plus tard, d'une gueule de bois meurtrière.
    Michèle lesbre excelle à rendre la grisaille des existences comme la gaieté brûlante d'un regard, mais plus encore à démonter les dérèglements de chacun, les petites folies qui font tous les jours les grands drames. que la nuit demeure résonne de la " petite musique " si particulière qu'elle a su faire entendre dans le tintamarre du polar français.

  • Boléro.
    Dans l'euphorie du début des années soixante et sur fond de guerre d'algérie finissante, une gamine, emma, découvre le cinéma, l'amour fou, la réalité du monde et la mort. la musique entêtante du boléro de ravel rythme les deux étés à la campagne pendant lesquels gary cooper et marilyn, plus vrais que la vraie vie, le disputent à fred et paul, ses jules et jim, sous la bienveillante protection de gisèle, leur initiatrice et leur mentor.
    Bien des années plus tard, alors qu'emma est solitaire et perpétuellement en quête d'un emploi, le passé resurgit, évoqué une fois encore par la musique du boléro qui ravive les blessures de la guerre d'algérie. avec ce portrait tout en nuances d'une adolescente qui s'ouvre à la conscience du monde, et de la femme qu'elle est devenue, michèle lesbre, comme dans ses précédents romans, porte un regard subtil sur une vie en apparence ordinaire, une de ces trajectoires singulières qui ancrent l'écriture dans le réel.

  • Ferrare, 1943. Alors qu'il se rend à bicyclette à son poste de nuit, Felloni est pris par erreur dans une embuscade fasciste. Sans comprendre ce qui lui est arrivé, le jeune homme se retrouve couché dans la neige, blessé, parmi d'autres agonisants.
    Dans ce temps indistinct entre la vie et la mort, Felloni se rappelle l'époque où il n'était qu'un enfant de cinq ans à la naissance du fascisme. Il courait dans les rues de Ferrare, effrayé par les chants de propagande. Chez lui, on n'aimait pas les fascistes, on le disait souvent. Son père les appelait " les rats ". Le parfum de la cuisine de sa mère remonte à sa mémoire, le gâteau aux châtaignes, l'odeur du tabac de son père. Il se souvient aussi de Sandra dont l'amour lui fait oublier la guerre, Sandra la future mère de ses enfants.
    Dans cette confrontation avec un passé tour à tour radieux ou sombre, deux histoires s'écrivent en même temps, celle de la vie et celle de la mort, celle de la joie simple que sans cesse tentent d'étouffer les ténèbres de l'absurdité politique.
    Autour de Felloni et des fusillés, dans la neige, se déroule un étrange ballet : la belle Anna rentre d'un rendez-vous amoureux, épiée par son mari derrière la fenêtre ; le jeune Cinzio crie sa haine, poursuivi par sa mère éplorée.
    Michèle Lesbre, en s'emparant de ce personnage de Felloni, qui apparaît fugitivement dans une nouvelle de Giorgio Bassani, Une nuit de 1943, écrit un texte intense et poétique sur l'absurdité de cette mort par erreur, sur l'absurdité de cette vie s'enfonçant dans les ténèbres et la neige alentour.

    Comme des réponses à ses visions à elle, les dessins de Gianni Burattoni viennent souligner l'étrangeté de la situation, jouant sur toutes les gammes du gris comme pour dire de la pointe de la plume les brumes angoissantes du delta du Po et les souvenirs d'une époque tragique.

  • La silhouette libre et rebelle de Marion du Faouët, « Robin des bois » bretonne qui, dans les premières années du XVIIIe siècle, prenait aux riches pour redistribuer aux pauvres, a toujours fasciné Michèle Lesbre.
    Parce qu'une femme aux cheveux roux prénommée Marion, qui avait élu domicile dans une boutique désaffectée en bas de chez elle, a soudain disparu, les traits de l'autre Marion, la « chère brigande », se superposent à ceux de la SDF parisienne. L'écrivain décide alors de partir sur les traces de l'insoumise bretonne, qui mourut sur le gibet à trente-huit ans, lui adressant, pour conjurer l'injustice du monde et sa propre impuissance, une longue lettre.
    À la faveur du trajet en train vers Quimper, les souvenirs d'une autre époque de sa vie resurgissent, quand, jeune militante, elle manifestait contre la guerre d'Algérie ou, institutrice, elle apprenait à lire aux enfants. La vie de Marion agit comme un miroir tendu à ses utopies et à ses révoltes passées : à dix-huit ans, Marion, elle, créait une bande de brigands. Avec des comparses recrutés parmi ses proches, elle allait écumer les bois et redresser les torts. Le Faouët, les monts d'Arrée, Quimper : tous ces lieux, où Marion a vécu et que l'enquêteuse arpente, ravivent la vaillance et l'impétueuse générosité de son héroïne.
    Michèle Lesbre, dans ce texte lumineux, laisse sonner le rire frondeur d'une gamine formée à l'école de la vie, d'une grande amoureuse et d'une femme qui a lutté à sa façon contre une misère choquante. Une belle manière de nous parler d'elle, de nous, du monde dans lequel nous vivons.
    Sa lettre s'achève ainsi : Dors tranquille, chère brigande, tu m'as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu'ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n'étais pas un ange, mais les anges n'existent pas.

  • Sur commande
  • « Toutes ces écoles, toutes ces années, tous ces visages d'enfants aujourd'hui vieillis continuent de m'accompagner, alors que j'ai quitté mon dernier poste en 1995. Cinquante ans de vie à l'école, 1945-1995, un roman où tous les vrais personnages se bousculent dans ma mémoire et où l'école laïque et républicaine que j'ai connue a perdu au fil du temps le rayonnement qu'elle avait encore lorsque j'ai débuté dans ce beau métier. Que lui est-il arrivé ? Le désespoir de certains enseignants me bouleverse. Aujourd'hui, si j'exerçais encore, il pourrait tout à fait s'emparer de moi. » M. L.
    Michèle Lesbre a été institutrice, puis directrice d'école, pendant de nombreuses années. Observatrice attentive des changements survenus dans l'Éducation nationale, elle s'interroge, dans ce texte qui n'a rien d'une fiction, sur le beau métier qui a été le sien. On sourit aux évocations de lectures buissonnières et aux tendres portraits d'élèves récalcitrants. On découvre une école libre et joyeuse, que maîtres et parents construisaient ensemble. Et où les enseignants, en fidèles héritiers des hussards noirs de la République, ne s'en laissaient pas conter sur le respect de leurs prérogatives.
    On lit aussi dans Tableau noir l'expression d'une sourde inquiétude. Face au désarroi des jeunes collègues en manque de formation sérieuse, face aux réformes à répétition et aux surcharges administratives, que va-t-il rester de l'utopie d'une école qui serait le lieu d'apprentissage de la vie ?
    Comme un contrepoint au texte vibrant et grave de l'écrivaine, les dessins de Gianni Burattoni viennent souligner ce magnifique hommage à un métier passionnément aimé.

  • Un homme vit seul, reclus dans la grande ville. Des échos de chansons au loin, le pas de Barbara sur le pavé rythment ses nuits.
    Barbara est sa voisine. Elle travaille dans un bar de nuit. Il l'observe obsessionnellement.
    Comment tendre une histoire puissante à partir de fils tenus ? Seule Michèle Lesbre, qui renoue là avec la veine noire de ses premiers romans, a le talent de dénouer les âmes tristes et la vie sur le fil de personnages au bord du gouffre, jusqu'au vertige.
    Ugo bienvenu se laisse emporter par le cours de ce polar court et dense et son trait acéré se plaît à ajouter du noir à la nuit.

  • Que produit aujourd'hui le geste de donner à des auteures une ville à arpenter pour contempler, méditer et en faire littérature, et ainsi la liberté économique de consacrer un temps à l'écriture ?

    Plus de quatre-vingts ans après Un lieu à soi de Virginia Woolf, et en écho à cette oeuvre, il a été proposé à quatre auteures de vivre cette expérience dans le cadre d'une résidence d'écriture.

    Quatre regards de femmes sur un même espace urbain, quatre chemins de création à l'épreuve de dire l'expérience commune d'écrire.

  • « J'ignorais où m'entraînait ce chemin qui serpentait dans la nuit pâle. Mon pas se perdait dans un profond silence que froissait parfois le vol d'un oiseau. Ce n'était pas vraiment la nuit mais plutôt un jeu complice entre ombre et lumière, peut-être l'effetto notte, comme l'appellent les cinéastes italiens.
    Il me semblait reconnaître le paysage, du moins avais-je l'impression d'une intimité avec la nature qui m'entourait et dans laquelle je cherchais des indices qui me l'auraient confirmé. Je dis "je" car je me reconnaissais sur ce chemin, cette façon un peu maladroite de marcher en hésitant. J'hésite toujours. Je me reconnaissais, je reconnaissais ma silhouette, ma chevelure emmêlée, le mouvement de balancier plutôt disgracieux de mes bras, cette façon de regarder sans cesse à droite et à gauche, je reconnaissais tout, sauf le manteau. Je n'ai jamais eu de manteau rouge. » Michèle Lesbre.

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