Maurizio Lazzarato

  • Ce petit livre veut faire un bilan théorique et politique de la période post-68. Il représente une étape intermédiaire du travail entamé avec Guerres et Capital (écrit avec Éric Alliez) et qui se poursuivra bientôt dans Révolution et Capital. Guerres et Capital montrait que la guerre était, dès le départ, inscrite dans la nature du capitalisme, que ce soit sous la forme de la conquête extérieure (rivalités entre puissances, colonisation et impérialisme) ou sous celle d'une guerre contre les populations (femmes, colonisés, prolétariat).
    Maurizio Lazzarato insiste ici sur deux points de la séquence récente : il existe un lien consubstantiel entre les politiques néolibérales et les néofascismes qui prospèrent aujourd'hui dans le monde occidental et ailleurs, notamment en Amérique latine.
    /> La résurgence d'idéologies politiques de type fasciste (nationalisme, racisme, sexisme...) s'explique par la guerre de classes menée par des États subordonnés à la logique du capital. Aussi faut-il congédier comme un fantasme ces « populismes » que les médias se plaisent tant à conspuer. Deuxièmement, la gauche occidentale dans son ensemble (théorique comme politique), aveuglée par le relatif compromis entre travail et capital qui avait marqué la période de l'après-guerre, n'a pas compris, ou n'a saisi que bien trop tard, les nouveaux projets du capital. C'est pourquoi elle doit aujourd'hui réintégrer la guerre dans sa réflexion politique, renouer avec la notion d'affrontements stratégiques et se repenser elle-même dans l'horizon de la révolution.

  • Dans ses précédents livres, Maurizio Lazzarato s'était attaché à proposer une analyse socio-économique du conflit des intermittents, afin de mettre au jour son potentiel de subversion et de critique radicales du paradigme néolibéral du capitalisme contemporain.
    Afin de saisir ce que la grille socio-économique laisse inévitablement échapper, il met ici en oeuvre pour analyser ce conflit d'autres approches - dont la critique sociale en France n'a pas encore bien mesuré la pertinence politique et la fécondité heuristique : celles qu'ont élaborées, au cours des années 1960 et 1970, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari ou encore Michel de Certeau, mais aussi les intuitions et les anticipations de Marcel Duchamp et de Franz Kafka sur ce qu'on pourrait appeler un "nouveau partage du sensible".
    Dans la "grande transformation" que nous sommes en train de vivre, il s'agit d'appréhender la difficulté qu'il y a à articuler l'analyse et les modes d'organisation fondés sur les grands dualismes du capital et du travail, de l'économie et du politique, avec l'analyse et les modes d'organisation expérimentés à partir des années 1968, selon une logique de la multiplicité, qui agit souterrainement, transversalement et à côté desdits dualismes.
    Ce livre voudrait ainsi contribuer à tracer et à travailler quelques pistes pour remédier à l'impuissance qui découle de cette difficulté - qui est aussi une impasse politique.

  • La dette, tant privée que publique, semble aujourd'hui une préoccupation majeure des "responsables" économiques et politiques.
    Dans La Fabrique de l'homme endetté, Maurizio Lazzarato montre cependant que, loin d'être une menace pour l'économie capitaliste, elle se situe au coeur même du projet néolibéral. A travers la lecture d'un texte méconnu de Marx, mais aussi à travers la relecture d'écrits de Nietzsche, Deleuze, Guattari ou encore Foucault, l'auteur démontre que la dette est avant tout une construction politique, et que la relation créancier/débiteur est le rapport social fondamental de nos sociétés.
    La dette ne saurait se réduire à un dispositif économique ; c'est également une technique sécuritaire de gouvernement et de contrôle des subjectivités individuelles et collectives, visant à réduire l'incertitude du temps et des comportements des gouvernés. Nous devenons toujours davantage les débiteurs de l'Etat, des assurances privées et, plus généralement, des entreprises, et nous sommes incités et contraints, pour honorer nos engagements, à devenir les "entrepreneurs" de nos vies, de notre "capital humain" ; c'est ainsi tout notre horizon matériel, mental et affectif qui se trouve reconfiguré et bouleversé.
    Comment sortir de cette situation impossible ? Comment échapper à la condition néolibérale de l'homme endetté ? Si l'on suit Maurizio Lazzarato dans ses analyses, force est de reconnaître qu'il n'y pas d'issue simplement technique, économique ou financière. Il nous faut remettre radicalement en question le rapport social fondamental qui structure le capitalisme : le système de la dette.

  • Le capitalisme pourrait bien se transformer plus vite que ses adversaires, les laissant toujours en retard d'une époque. C'est le sentiment que l'on peut avoir à observer la manière dont certains répètent le discours marxiste ou celui des économistes classiques. En se différenciant en un capitalisme de l'innovation centré sur la recherche, l'innovation et les brevets et un capitalisme de la reproduction souvent réimplanté dans les pays pauvres, le capitalisme a changé ses manières de capter la richesse. Cela ne peut pas être sans conséquences sur la manière de s'opposer à lui et pour imaginer « les autres mondes possibles ». En partant de l'analyse proposée par Michel Foucault et Gilles Deleuze (le passage des sociétés disciplinaires avec l'école, la caserne,
    l'usine, aux sociétés modernes de contrôle), l'auteur propose de tirer les leçons de la lutte des intermittents ou de celle contre la réforme des retraites.

  • Dans l'abondante littérature consacrée à Duchamp, la thèse de Maurizio Lazzarato détonne : et si l'oeuvre duchampienne n'était rien d'autre qu'un grand refus ? Il deviendrait possible de la lire non comme une proposition interne à l'art, ni même simplement opposée à lui (faire de l'art avec des objets non artistiques, selon l'interprétation canonique du readymade) mais comme un refus pur et simple de faire de l'art et de se comporter en artiste. Chose que Duchamp lui-même revendiquait dans ses écrits, en se qualifiant d'« anartiste ».
    Ce refus, qui ne débouche pas sur un programme ou sur des idées « positives », possède de profondes conséquences. À travers l'institution artistique, Duchamp vise les assignations sociales et l'accent trop souvent placé sur la production, dans le culte du génie comme dans l'apologie du travail en général. Il s'inscrit dans la continuité du mouvement ouvrier, qui fut aussi un non-mouvement : un arrêt de la production qui suspendait les rôles, les fonctions et les hiérarchies de la division du travail. L'« action paresseuse » duchampienne ouvre sur une autre éthique et une autre anthropologie de la modernité : en s'attaquant aux fondements du travail, elle cherche à opérer une transformation de la subjectivité, à inventer de nouvelles techniques d'existence et de nouvelles manières d'habiter le temps.

  • La pensée de Gabriel Tarde (1843-1904) a connu, en France, un long cheminement, le plus souvent minoritaire, dont l'aboutissement le plus récent est l'oeuvre de Deleuze et Guattari.
    Ce livre montre l'actualité de la psychologie économique tardienne qui pourrait bien constituer la meilleure boîte à outils pour interroger les transformations du capitalisme contemporain. La renaissance de la philosophie de la différence, dont Tarde est l'un des principaux précurseurs, s'est affirmée autour de 1968. Mais elle s'est alors confrontée à l'économie politique avec beaucoup de prudence : le terrain était occupé par le marxisme dont le dépassement posait de redoutables problèmes politiques et théoriques.
    Maintenant que la question du socialisme a traversé une crise aiguë, l'heure de Tarde pourrait bien enfin sonner. Au moment où tout le monde parle de l'importance de la psychologie en économie, encore faut-il disposer d'outils théoriques qui permettent de sortir de la banalité.

  • Les néolibéraux ont bel et bien une politique sociale.
    La société est, avec le néolibéralisme comme avec le keynésianisme, la cible d'une intervention permanente. ce qui a changé, ce sont les objets et les finalités de cette intervention. il s'agit d'établir un état d'" égale inégalité " et de " plein emploi précaire ". de ce gouvernement par l'inégalité, qui traite chaque individu, chaque travailleur considéré isolément, comme une entreprise, se dégage des peurs différentielles qui touchent tous les segments de la société néolibérale et qui en constituent le fondement affectif.
    Parce qu'elle refuse de se confronter aux effets de pouvoir de la protection sociale et ne prétend que défendre les acquis sociaux, la gauche est impuissante face à cette politique. pour sortir de cette impasse, il lui faut maintenant apprendre à agencer les luttes pour les droits, les luttes sur le terrain de la représentation politique ainsi que les luttes économiques aux luttes pour se gouverner soi-même.
    Autrement dit, il est urgent d'articuler, au lieu de les opposer, la " critique sociale " et la " critique artiste ".

  • De Marx à Mao en passant par Lénine, la guerre a été l'un des grands objets de réflexion à gauche. Or depuis une trentaine d'années, depuis les analyses de Foucault sur la « guerre civile généralisée » et la théorisation de la « machine de guerre » par Deleuze et Guattari, elle a presque entièrement disparu des diverses théories critiques. Aspirant à combler ce manque pour produire une pensée politique à la hauteur des enjeux du présent, Guerres et capital tente d'abord d'étayer l'hypothèse suivante : la guerre, au même titre que la monnaie et l'État, est constitutive du capitalisme.
    Inscrivant leur analyse dans la longue durée, couvrant un vaste terrain historique allant de l'expansion européenne des débuts de la modernité jusqu'aux guerres contemporaines, les auteurs identifient ainsi les différentes étapes de la constitution d'une « machine de guerre capitaliste ».
    Si cette ambition est déjà remarquable, le propos ne s'arrête pas là. Selon Éric Alliez et Maurizio Lazzarato, parler de la guerre au singulier, ce serait adopter le point de vue de l'État et négliger l'essentiel : le fait que l'histoire du capitalisme est traversée, depuis le début, par une multiplicité de guerres - de classes, de races, de sexes, de subjectivités, de civilisations.
    D'où la seconde hypothèse : toutes ces guerres sont le fondement de l'ordre intérieur et de l'ordre extérieur, le principe d'organisation de la société capitaliste. Elles sont si bien intégrées à la nature du capital qu'il faudrait réécrire de bout en bout Das Kapital pour rendre compte de leur dynamique dans son fonctionnement le plus réel. C'est précisément ce que cet ouvrage se propose de faire.

  • depuis 1992, les coordinations des intermittents du spectacle se sont construites autour d'un constat et d'une revendication : la discontinuité de l'emploi qui caractérise le secteur du spectacle concerne un nombre grandissant de travailleurs et pas uniquement les artistes et les techniciens du cinéma, du théâtre, de la télévision, du cirque, de la danse, etc.
    pour combattre la précarisation et la paupérisation de couches de plus en plus importantes de la population, le régime de l'intermittence doit être élargi à tous les travailleurs soumis à la flexibilité de l'emploi. c'est avec le mouvement social qui a marqué la scène politique de juin 2003 à avril 2007 que, pour la première fois, le mot précaire fait son entrée dans l'espace public. les intermittents en lutte assument, jusque dans le nom qu'ils se donnent, le fait d'être à la fois " intermittents " et " précaires ".
    la coordination des intermittents et précaires a ainsi porté à un niveau supérieur le conflit en le déplaçant sur un terrain politique. en démontrant que le travail déborde l'emploi, que le temps de chômage est aussi un temps d'activité, que ces activités restent invisibles à l'entreprise et aux institutions, les intermittents se battent pour des " nouveaux droits sociaux ", pour la continuité des droits et du revenu en situation de discontinuité de l'emploi, plutôt que pour l'emploi à plein temps.
    ce livre retrace la genèse, les développements et les résultats d'une recherche qui a été le fruit d'une coopération et d'une coproduction entre " savants " et " profanes ", entre des chercheurs universitaires et les militants des collectifs et des coordinations.

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