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  • « Ils ont la mémoire courte, ces médias indignés qui se sont mués en grands défenseurs de la morale. Les abstentionnistes, les partisans du vote blanc ou nul, ont été conspués. Tous. Partout. Entre divagations amnésiques et hoquets moralisateurs, les médias oublient un peu vite le rôle qu'ils ont joué depuis plusieurs décennies dans la dédiabolisation du Front national. Ce sont eux qui surfent sur la vague sécuritaire, qui se demandent si «l'Islam est soluble dans la République», qui réfutent toutes contestations du libéralisme ou de l'Union européenne. » En 2002, une presse unanime appelait à voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen au nom de la défense des valeurs républicaines d'égalité et de justice. Quinze ans plus tard, lesdites valeurs avaient été tellement laminées par trois gouvernements successifs, de gauche comme de droite, que la mélodie du danger fasciste dut être rejouée pour pallier l'écoeurement d'une grande partie du corps électoral.
    Dans les deux cas, l'unanimisme des « nouveaux chiens de garde » s'est surtout exprimé entre les deux tours. Et puisqu'aucune évaluation sérieuse des rapports de force électoraux ne pouvait laisser penser qu'un (ou une) Le Pen sortirait vainqueur des scrutins, il a fallu frapper vite et fort pour convaincre, contre toute raison, de l'imminence d'un péril fasciste. Avec une cible toute trouvée : l'abstentionniste, voilà l'ennemi ! Accusés de soutenir les Le Pen pour ne pas avoir voulu donner leurs voix à ceux dont ils n'attendaient rien, abstentionnistes et votants « blanc » ont été mis au pilori. L'éditocratie a aussi réservé un traitement spécial aux forces politiques à la gauche du PS : en accusant l'extrême gauche de semer la division en 2002 ; en accusant la France insoumise d'être antidémocrate et démagogique - et donc finalement pas si éloignée de l'extrême droite - en 2017.
    Culpabiliser suffisamment les hésitants pour les amener à glisser dans l'urne le bulletin désigné comme le seul légitime ; renvoyer dos à dos l'extrême droite et la gauche radicale : voilà la sordide réalité des grandes manoeuvres médiatiques que ce livre éclaire.

  • Vous les connaissez bien. Leur visage et leur voix vous sont familiers. Ils signent toutes les semaines un éditorial dans un hebdomadaire ou un quotidien ; ils livrent une chronique chaque matin sur une antenne de radio ; ils occupent les plateaux des grandes, et des petites, chaînes de télévision ; chaque année, voire plusieurs fois par an, leur nouveau livre envahit les tables des librairies. « Ils », ce sont les « éditocrates ». Ils ne sont experts de rien, mais ils ont des choses à dire sur tout. Et, à longueur de journée, ils livrent à l'auditeur-lecteur-télespectateur-citoyen leurs commentaires sur le monde comme il va et comme il devrait aller. A travers ces portraits, à la fois drôles et corrosifs, ce livre dévoile l'imposture de ces professionnels de la pensée-minute omniprésents dans les médias. Car les éditocrates racontent, à peu près, tous la même chose, sur un ton sentencieux et définitif, et dans tous les domaines, que ce soit sur la vie politique, la crise économique, les problèmes de société, les questions internationales, etc. Pontifiants, ils assènent leurs quatre « vérités », alors qu'ils disent dans l'ensemble n'importe quoi. Ils répètent à tout bout de champ qu'ils sont « politiquement incorrects », alors qu'ils sont les plus brillants représentants du conformisme intellectuel et de la pensée unique.

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