Maryline Desbiolles

  • De son enfance à Casablanca, André a retenu les heures passées dans le garage de monsieur Cloclo, surnom de Claude Machin. Ce dernier a raconté au petit garçon émerveillé, des après-midi durant, à l'avant de voitures immobiles, l'histoire extraordinaire de son père, Alfred. Alfred Machin, pionnier, réalisateur prolifique, passionné par les animaux qu'il dressa pour le cinéma. Celui-là même qui embarqua toute sa famille dans sa grande aventure cinématographique, dont l'apogée fut l'installation dans les studios Bon Voyage à Nice, ville magnétique où tout commence et tout finit.
    À travers la trajectoire discrète d'André, de Casablanca à Nice, de 1950 à aujourd'hui, Maryline Desbiolles ranime l'incroyable figure d'Alfred Machin et entrelace ces deux destins de son écriture lumineuse.

  • Anchise

    Maryline Desbiolles

    Ces collines, cette campagne, cette vigoureuse solitude sont celles des terres niçoises. Isolé dans ce décor sauvage et âpre, Anchise, bien avancé dans l'âge, ne connaît pas la tranquillité. Partout, il y a cette épouse morte jeune, surnommée « la Blanche », si blonde et si menue. Le souvenir de leurs après-midi d'amour sous les mimosas en fleur, des abeilles et des ruches tant aimées bruit avec la même force que la nature. Comment ressusciter l'incandescence première et retrouver l'éclat du grand amour perdu ?

  • Un chien noir, familier et inquiétant à la fois, traverse le livre et le paysage. Ce paysage, c'est celui d'Anchise, apiculteur farouche, veuf inconsolé qui, sur le tard, s'est suicidé par le feu. Aubin était alors un enfant. Il a peu connu son grand-oncle, mais en secret il a joué dans sa maison abandonnée. Au bord de la route, pas très loin de Nice, pas très loin de la ville et déjà à la campagne, minée par les pavillons et leurs clôtures en plastique.

    Depuis, la maison a été rasée et remplacée par une déchetterie. Et c'est là que, adolescent, Aubin, à deux pas de chez lui, franchit sa propre clôture, le périmètre très étroit de sa famille. C'est là, à l'endroit de la maison détruite, qu'Aubin rencontre le désir, la musique et l'ailleurs en la personne d'Adel, le jeune gardien de la déchetterie.

    Un roman sur la mémoire et ses traces, sur la question de l'origine, toujours à réinventer.

  • Embauché sur le chantier du barrage de Malpasset, près de Fréjus - qui va « changer la vie des gens », s'enthousiasme son ami René -, François quitte Ugine, la ville-usine, et son enfance silencieuse. Il découvre avec émerveillement la vallée rose, les bains de mer, la photo, les conversations politiques des camarades ouvriers. Et il tombe amoureux de Louise Cassagne, la fille d'un producteur de pêches. « Pas une fille pour toi », lui dit-on. Pourtant, c'est elle qui lui donne le monde, et François croit en ce cadeau autant qu'en la solidité du barrage.

    De son écriture envoûtante et ciselée, Maryline Desbiolles retrace avec une grande justesse la violence de la rupture.

  • La seiche

    Maryline Desbiolles

    • Points
    • 7 October 1999

    Une femme seule prépare des seiches farcies pour ses invités du soir.
    Et cuisiner, c'est tout un art. l'art de recevoir, d'offrir, de se mettre en scène et de séduire. cuisiner c'est sentir, toucher, goûter. et c'est aussi se plonger dans ses souvenirs d'enfance, ses désirs ou ses peurs... la nostalgie a parfois un goût d'huile d'olive et de confiture de tomates vertes. un récit pur et poétique, qui se savoure tout doucement.

  • Il fut un temps où la famille rêvait de passer les vacances d'été sur Lampedusa, cette île étroite au large de la Sicile. Une fois le père disparu, le rêve s'est évanoui, la mère et ses deux filles ont quitté le village pour venir s'installer, plus bas, dans une cité au bord du Paillon. L'aînée en éprouve un chagrin violent et silencieux. C'est elle qui raconte.

  • Primo

    Maryline Desbiolles

    En 1932, la grand-mère de Maryline Desbiolles, immigrée italienne installée en Savoie, retourne à Turin pour y accoucher. Mais Primo, son fils d'un an et demi avec qui elle avait fait le voyage, disparait mystérieusement. Il est mort, lui dit-on sans plus de détails et sans qu'elle ait pu le revoir. En 1944 à Annecy, un drame survient en pleine fête du 14 Juillet : un de ses enfants meurt à l'âge quatorze mois. Maryline Desbiolles explore l'obscur passé familial et tente d'arracher les défunts à l'oubli.

  • Machin

    Maryline Desbiolles

    «Au début de ce mois de juillet, ma poitrine s'est dilatée, j'ai éprouvé de la joie en arrivant à Nice dont le nom si bref, si léger a troué tant de fois mon enfance».

    De son enfance à Casablanca, André a retenu les heures passées dans le garage de monsieur Cloclo, surnom de Claude Machin. Ce dernier a raconté au petit garçon émerveillé, des après-midi durant, à l'avant de voitures immobiles, l'histoire extraordinaire de son père, Alfred. Alfred Machin, pionnier, réalisateur prolifique, passionné par les animaux qu'il dressa pour le cinéma. Celui-là même qui embarqua toute sa famille dans sa grande aventure cinématographique, dont l'apogée fut l'installation dans les studios Bon Voyage à Nice, ville magnétique où tout commence et tout finit.
    À travers la trajectoire discrète d'André, de Casablanca à Nice, de 1950 à aujourd'hui, Maryline Desbiolles ranime l'incroyable figure d'Alfred Machin et entrelace ces deux destins de son écriture lumineuse.

  • - Portrait(s) de femme(s)Répondant sans hésiter à la question qui définit la collection Figures libres (" quel est votre héros favori ? "), Maryline Desbiolles a entrepris de faire le portrait de Zouc, cette comédienne totalement atypique, de son vrai nom Isabelle von Allmen, célèbrissime pendant les années 70, et qui depuis a disparu de la scène à la suite d'une maladie nosocomiale.Zouc, femme sans âge, corpulente, toujours vêtue de la même robe noire, pourvue d'un accent suisse et d'une voix capable de monter très haut dans les aigus lorsqu'elle se livre à l'une de ses incarnations ( car on ne saurait parler d' imitations sans diminuer son talent) : en scène, elle joue tous les rôles, elle est la petite fille capricieuse, la mère exaspérée, la maîtresse d'école, la paysanne du Jura... Drôle, Zouc ? Disons : drôle à faire peur. A l'arrière-plan des sketches de son one-woman show s'ouvrent des abîmes - la solitude que l'on devine, l'asile psychiatrique où elle a fait plusieurs séjours -, et pourtant nulle tristesse chez elle. De la gravité.Légèreté/gravité, humour/sérieux, le livre de Maryline Desbiolles oscille entre ces deux extrêmes dans ce livre qui , en suivant le fil d'Ariane du souvenir, explore son propre passé. Souvenirs d'une enfance niçoise -la rue Masséna, les camarades de classe -, mais aussi savoyarde, avec la ferme où l'on passe les vacances et le lapin qu'on saigne. Et surtout portrait de sa mère, cette " femme drôle " qui est comme l'image inversée de Zouc.Avec, pour finir, une méditation sur un tableau énigmatique d'Holbein, " Portrait de femme avec un écureuil et un étourneau ", qui réconcilie toutes ces images de la féminité.Ce texte envoûtant est un vrai bijou.

    - Maryline Desbiolles est née à Ugine, en Savoie. Elle vit dans l'arrière pays niçois. Elle considère la poésie comme " son école d'écriture ". Poésie qu'elle a expérimentée dans les recueils et dans des revues qu'elle a créées, mais qui lui semble désormais inséparable de ses romans : La Seiche (1998), Anchise (Prix Fémina 1999), ou encore La Scène (2010) publiés dans la collection " Fiction & Cie " aux Éditions du Seuil. Elle met aussi à l'épreuve son écriture en la confrontant à la peinture, à la sculpture (Nous rêvons notre vie, Éditions du Cercle d'art, 2003 ; Les Draps du peintre, Seuil, 2008) ou dans des pièces radiophoniques.

  • Il est fascinant que nos oiseaux familiers prennent le large, le grand large parfois. Peut-être est-il plus fascinant encore que reviennent nombre d'entre eux.
    Il en est des oiseaux migrateurs comme de nos morts. Nul doute qu'ils aient pris le grand large, nul doute que nombre d'entre eux reviennent. Mais leurs apparitions ne sont pas assujetties aux saisons, elles sont plus inattendues et elles nécessitent cependant que nous soyons disposés, que nous soyons enclins à la remémoration.
    Il se rappelle à nous, lui aussi, Benevento, mon soi-disant cousin. Gabriel Benevento dit Gaby est loin d'être un ange. Grande figure locale, grand amoureux des femmes, sa tombe est toujours fleurie. Avec lui revivent la résistance, le travail en usine, les grèves et les manifestations. Il est le meneur de nos chers disparus sans la mémoire desquels nous ne saurions prendre la relève.
    M.D.

  • Amanscale

    Maryline Desbiolles

    Linda groote vit dans un ancien palace divisé en appartements, à amanscale, un nom d'origine grecque signifiant aisselle, qui rappelle la forme de la baie longeant la ville.
    La baie justement, la mer, le volcan endormi qui veille, tout le paysage dans lequel elle évolue participe de son imaginaire. elle vit en suspens, comme si sa vie était aussi endormie que le volcan. dans son semi-sommeil, elle nage dans la mémoire de l'enfance et de son amour perdu.
    Et puis le volcan se met à gronder. la ville est prise de panique, les habitants s'enfuient. mais linda groote reste. elle espère que sa vie aussi va se réveiller.
    Elle s'approche du volcan.
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  • De loin, parce que son nom est lumineux, il est difficile de croire que l'Ariane est un quartier peu recommandable de Nice, à la périphérie de la ville, une zone, une zone sensible, une banlieue.
    II faut s'approcher pour saisir qu'on est là au coeur du labyrinthe, qu'on craint le Minotaure, qu'on le brave, qu'il est question de père, d'île, d'amours blessées et trahies. Il faut s'approcher pour écouter le murmure de ceux qui l'habitent, parfois si peu, si mal, immigrés, exilés, déclassés, expropriés ; il faut s'approcher, et peut-être même se tenir au plus près pour écouter le murmure de ses héros, leurs manquements, leurs ardeurs obstinées, leur obscurité, et combien la tragédie est bouillonnante.

  • Avec Rodin

    Maryline Desbiolles

    • Fayard
    • 1 March 2017

    Comment vient-on à Rodin ? Peut-être en tâchant de laisser tomber ce qu'on croyait connaître. En tâchant de laisser tomber ses croyances. En fréquentant Auguste Rodin, et, avec lui, les écrivains et les artistes qui l'ont aimé, en s'immisçant dans cet immense XIXe siècle qu'il projette dans le XXe. En y tissant un récit de sa vie. Mais aussi en fréquentant ses figures, en entrant dans la danse des corps inventés par lui. En fréquentant la sculpture qu'il a bouleversée. En prenant exemple sur lui. En accueillant le réel et ses surprises. En étant entièrement solidaire de sa manière de procéder. C'est-à-dire, somme toute, en faisant le pari d'être un peu plus libre.
      Maryline Desbiolles a écrit une vingtaine de romans, de La seiche (Seuil, 1998) et Anchise (Seuil, 1999, prix Femina) au Beau temps (Seuil, 2015). Elle a aussi beaucoup écrit sur les peintres et les sculpteurs, Chaissac, Braque, Pagès (Nous rêvons notre vie, éditions du Cercle d'art, 2003) ou Vallotton (Vallotton est inadmissible, Seuil, 2013). Ces textes ont été récemment réunis sous le titre Écrits pour voir (L'Atelier contemporain, 2016). 

  • Maurice Jaubert, né à Nice en 1900, compositeur connu avant tout pour ses musiques de films, est mort en juin 1940 sur le front. Dans ce roman biographique qui se transforme presque en une lettre d'amour, Maryline Desbiolles, devenue Niçoise elle aussi, retrace la vie de cet être généreux et créatif, mort en héros et qui aura fréquenté les formes nouvelles de l'art, en musique (il côtoie Honegger et Messiaen) et au cinéma (il travaille avec René Clair, Marcel Carné, Jean Renoir dont il connaît bien la famille, et surtout Jean Vigo). Durant ces quarante ans d'une vie menée tambour battant, on redécouvre l'effervescence artistique des années 1920 et 1930, à Paris où Jaubert est allé exercer ses talents (en particulier à la salle Pleyel) mais tout autant à Nice, ville cosmopolite traversée et réveillée par toutes les avant-gardes.

  • C'est une très jeune femme, elle sort à peine de l'enfance et elle est enceinte. Elle a couché avec Vincent, la veille du départ du garçon pour la guerre d'Algérie. Son ventre est déjà gros, mais personne ne sait qu'elle est enceinte, ni ceux avec lesquels elle travaille à la Poste du village, ni ses parents chez qui elle vit encore, ni Vincent qu'elle n'a plus revu et à qui elle ne sait pas écrire.
    Elle l'a dit à une seule personne, à Marie-Marthe, la marraine qu'elle s'est choisie depuis toujours. Peut-être aussi parce que Marie-Marthe est hors du monde. Marie-Marthe a trop connu la violence et la blancheur du monde, trop de choses à jamais vidées de leur souffle et de leur ferveur, comme les pierres des murets que Marie-Marthe déplace sans cesse, en pure perte, en contrebas du Petit col des loups où elle habite.
    Tout reste à faire cependant.
    Il lui reste à se déprendre du silence et d'abord du silence de cette naissance qu'il faudra bien finir par annoncer. Coûte que coûte il lui faudra apprendre ces mots-là, elle qui n'a rien vu du monde et qui ne possède, en tout et pour tout, que son allant de jeune renarde.

  • Alain Lévêque, né en 1942 à Paris, est l'auteur notamment de Bonnard, la main légère (Deyrolle Editeur/L'Arbre voyageur, 1994 ; Verdier, 2006), et le préfacier des Observations sur la peinture de Pierre Bonnard, parues aux éditions L'Atelier contemporain en 2015. Il faut miser pour voir. Savoir jouer, ruser, cacher, mais aussi dévoiler son jeu, s'attendre à perdre, à gagner, réfléchir, avoir des coups de tête, de la chance, se recueillir, tout dépenser.
    Ne pas retenir quelques mots bien au chaud pour l'hiver, dans son bas de laine pour les temps de disette. Tout dépenser. Il faut à chaque fois écrire toutes voiles dehors, au risque de se trouver fort dépourvu quand la bise n'est pas venue. Je ne connais rien de plus difficile que ces commandes d'un " petit texte " pour une exposition de peinture, le travail d'un sculpteur. Car jamais de moi-même je n'irais me fourrer dans pareil pétrin (encore qu'il est tentant de mettre ses mains dans la pâte qui finira par s'échauffer et lever, mais c'est une autre histoire).
    Il s'agit qu'on m'invite à jouer, et si le jeu est engageant, je ne peux m'empêcher de dire chiche et de jouer à perdre haleine, me fiant à l'excitation, à l'emportement, et croisant les doigts pour qu'à la fin je puisse enlever le bandeau que j'ai sur les yeux et reconnaître ce que j'ai cru toucher. Ecrire pour voir. Est-ce écrire en regard du tableau ? On peut bien écrire quelques mots dans un carnet devant le tableau, il ne s'agit jamais d'un tête-à-tête.
    Le tableau a une et même plusieurs longueurs d'avance. Qu'il soit peint comme de toute éternité et ne demande rien à personne crève les yeux. Le tableau est immobile, cela crève aussi les yeux, on ne peut pourtant pas le fixer. Ecrire dans son carnet oblige à baisser les yeux. Lorsqu'on les relève, le tableau a détalé. On envoie des mots en éclaireur. L'ensemble des textes écrits par Maryline Desbiolles (parus pour la plupart dans des catalogues ou revues, ou inédits) sur l'art, autour de l'art, à partir de l'art est ici réuni : une première partie rassemble les approches les plus réflexives sur la création ; dans le second chapitre les textes s'articulent autour de deux thématiques chères à l'auteur : l'Italie, la cuisine ; le troisième chapitre réunit les essais et poèmes consacrés aux sculptures de Bernard Pagès ; sont ensuite regroupés les essais consacrés à des artistes ou des oeuvres ; le volume se clôt enfin sur des oeuvres de fiction dont l'élément déclencheur de l'écriture fut la fréquentation d'oeuvres plastiques.
    L'ensemble des textes a été revu en prévision de cet ouvrage, tout autant essai sur l'art qu'oeuvre littéraire.

  • Le nom de Vallotton, le plus souvent, " dit quelque chose " mais sa peinture est assez méconnue.
    Félix Vallotton est né à Lausanne en 1865 et mort à Paris en 1925. Naturalisé français sans renoncer à être suisse, il demeure fondamentalement en exil, en exil dans le territoire mais aussi dans la peinture. S'il est d'abord apparenté aux nabis, s'il a été l'ami de Vuillard, il est surtout le seul de son espèce, inclassable, inqualifiable, inadmissible. À l'exemple de Cézanne qu'il admire, et même si sa peinture n'a rien à voir avec la sienne - il n'est pas un suiveur, on l'aura compris -, il ne se contente jamais, il travaille avec acharnement, il refuse que ses tableaux soient séduisants. On dit de sa peinture qu'elle est froide, en réalité elle n'est jamais neutre : elle est violente, parfois même cruelle, ses nus par exemple font grincer des dents. Lui-même est un rebelle, anarchiste, dreyfusard de la première heure, mais là encore il est irrécupérable. Son mariage avec une grande bourgeoise, fille de marchands d'art, lui valut d'être qualifié de traître par ses amis.
    La peinture de Vallotton ne raconte pas des histoires, ne berce pas d'illusions, ne jette pas des paillettes aux yeux. Mais dans le noir, on se sent épaulé par elle.

  • « Tous les jours ou presque je fais quelques pas autour de la maison. Le même trajet. Pas d'écart. Il ne se passe rien. Mais ce rien frôlé de près est vibrant et vibrante sa ritournelle. Si bien que c'est ce trajet minuscule qui forme un écart, qui dessine un coude dans la journée. La plupart du temps je suis seule, le livre que je lis ou le film que j'ai vu la veille me prend par l'épaule. Ainsi épaulée, je marche dans le champ et j'écris dans la page. Le champ est circonscrit, mais pas plus que la page, il n'est borné. Il est tentant de mettre la main sur ce qui s'en échappe, sur ce qui jaillit d'entre les herbes. Je suis aux aguets, à l'espère. Tous les jours ou presque je m'exerce pour que le moment venu je ne ruine pas entièrement les couleurs de ce que je tiens par les ailes. »

  • La scène

    Maryline Desbiolles

    • Seuil
    • 7 January 2010

    La table, c'est le lieu où l'on mange, où l'on se réunit. Il ne faut pas y être treize, ça porte malheur. On y est parfois onze, ça rappelle une équipe de football.Hantée par la théorie des ensembles, dont elle a connu l'épreuve dans sa scolarité, l'auteur se livre à  un subtil jeu de variations autour des tables qu'elle a en mémoire, celles de certaines réunions de famille, comme des scènes primitives ou originelles, mais aussi la cène bien sûr, avec la traîtrise de Judas, et du coup toutes sortes de tables et fresques qui ont enrichi l'imaginaire de cette scène biblique. On passe d'une image à  l'autre, d'un souvenir à  une rencontre, tout un passé se reconstruit ou s'invente. Les époques et les lieux se croisent, entrent en écho. Le jeu de la nourriture et de l'identité se déploie comme des reflets de miroir sans fin.

  • Des travaux sont engagés, pendant un long été, sur une route départementale, pour y aménager un rond-point. La narratrice y assiste en voisine, dans ce lieu-dit appelé Fontaine-de-Jarrier, un hameau où tout le monde se connaît. Il y a Sasso, vieux râleur malheureux, et la Thomas, veuve, née en Tunisie mais d'origine italienne, ou encore la veuve V, déjà partie depuis longtemps mais odnt les traces perdurent. Il y a aussi Reine, celle qui tient le restaurant un peu plus loin, et Gaby, à la fois midinette et romantique. Mais il y a surtout la route, lieu de passage autrefois bien fréquenté, dans cet endroit frontalier, près de Nice, longtemps tiraillé entre la France et le Royaume de Sardaigne, et dont l'histoire est riche en anecdotes, comme celle de ces brigands qui voulurent détrousser quelques nobles dans leur diligence, se faisant bientôt rattraper par la police et condamnés à mourir dans des conditions atroces. Une route aujourd'hui encore mortelle, quand on y roule à tombeau ouvert. Une route où se sont déposés tant de pas et de destins, avec son lot de contrebandiers, de révolutionnaires et de paysans, les accidentés célèbres ou anonymes, les ouvriers qui creusent en 1782 sur ordre du roi et ceux du chantier actuel avec leurs énormes machines qui ont toutes un prénom comme on nomme un animal domestique. Les saisons s'abattent sur cette forêt de signes, feux provisoires, tracés jaunes, panneaux de signalisation jusqu'à ce que l'asphalte luisant soit étalé : le récit peut se terminer, le calme le calme est revenu.

  • Des Pétales dans la bouche est le parcours en cinq "mouvements" d'une femme qui cherche sa voix, qui n'est pas accordée à sa voix. Cinq mouvements qui déploient cinq moments de la vie quotidienne et cinq espaces, du plus exigu, un taxi la nuit, jusqu'au plus ouvert, le bord de mer, ailleurs, en Italie, en passant par une salle de café, la chambre, un champ abandonné.

  • Vous

    Maryline Desbiolles

    Vous êtes sans doute au commencement de l'écriture. Et ces mots noués ensemble l'ont été à cause de vous et se tournent vers vous comme des fleurs de tournesol.
    On raconte une histoire et l'histoire sort de son lit, elle veut rejoindre le vôtre, elle le rejoint peut-être mais vous n'êtes plus tout à fait circonscrit dans votre corps, dans votre sexe, dans vos souvenirs, dans vos goûts bien à vous. Pas tout à fait vous en somme.
    Cette histoire qu'on vous raconte s'emmêle à l'inconnu, à l'étranger que vous êtes à vous même, à ce qu'on pourrait appeler le vous de vous.

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