Marie-France Schmidt

  • « Depuis un âge très tendre j'ai commencé à naviguer sur la mer. L'art de la navigation incite à désirer connaître les secrets du monde. » Fils d'un modeste tisserand génois, Christophe Colomb (1451-1506) suscite, aujourd'hui encore, autour de sa vie et de sa fameuse découverte des Amériques, bien des passions. Des zones d'ombres et de mystères jalonnent l'existence de cet être contradictoire, complexe, mais toujours fascinant. Favorisée par sa culture scientifique et religieuse, l'idée de mission ne cesse d'habiter le « très magnifique seigneur don Cristobal Colón, amiral de la mer Océane ». Elle l'accompagne tout au long de ses quatre voyages, durant lesquels il nous parle d'Indiens, d'or, de tempêtes, de mutineries ; et se poursuit au-delà, à travers l'élaboration de son Livre des Prophéties, et la perspective quasi mystique de la conquête de la Terre sainte. Colomb a découvert le Nouveau Monde parce qu'il le cherchait. Le trouvant, il a fait voler en éclats les frontières géographiques et mentales d'une Europe encore médiévale, et changé l'histoire du monde.

  • Il a incontestablement marqué l'histoire de l'Espagne par son lien étroit avec l'Inquisition, sans pour autant verser dans le fanatisme et l'intolérance. Il a aussi inspiré à Henry de Montherlant l'une de ses plus belles pièces, Le cardinal d'Espagne. Mais qui est donc le cardinal Francisco Jiménez de Cisneros (1436-1517), tout à la fois grand inquisiteur et régent d'Espagne ? Franciscain, il sera le confesseur de la reine Isabelle, après que les Rois catholiques eurent repris aux Maures la ville de Grenade. Provincial de son ordre, il deviendra archevêque de Tolède et primat d'Espagne. Cisneros, personnalité passionnante mais toute en contraste, se montre à la fois homme de rigueur et d'intransigeance pour les ordres religieux et l'esprit de croisade, mais aussi homme d'ouverture dans l'exercice plus souple de la justice inquisitoriale. S'il joue un rôle politique en étant à un moment régent de son pays, il témoigne d'une vraie dimension intellectuelle en participant à la création de l'Université d'Alcalá et à l'élaboration de la Bible polyglotte, qui permettent l'éclosion des courants liés à l'humanisme de la Renaissance.

  • À l'instar de Thérèse d'Avila dont il est proche, Jean de la Croix (1542-1591) est l'une des grandes fi gures du courant mystique espagnol du xvie siècle. Tout au long de sa vie, il se consacre avec la même passion à l'action réformatrice du Carmel et à la prière. Le carme et la carmélite s'efforcent de communiquer leurs expériences dans ces deux domaines par leurs récits, leurs traités mais aussi par leurs correspondances adressées aux religieux qu'ils guident. Tandis que Thérèse d'Avila cultive avec parcimonie la veine poétique, Jean de la Croix se laisse aller à l'épanchement lyrique qui correspond mieux à sa nature discrète et intériorisée. Ce chemin de poésie s'illustre avec éclat dans un grand poème, La nuit obscure. Le « premier carme déchaux » a su concilier sa vie contemplative avec un souci constant de sauvegarder son oeuvre missionnaire et de surmonter les obstacles et rivalités, grâce aux appuis permanents des puissants aussi bien que de modestes religieux et religieuses de son ordre. Il témoigne d'une expérience spirituelle brûlante qui a de tous temps fasciné les artistes et ceux qui sont en quête de Dieu.

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  • Né alors que Christophe Colomb se prépare à son grand voyage, et qu'en Europe s'annonce la Renaissance, Ignace de Loyola s'efforce de maintenir un équilibre constant entre son action militante et la contemplation. Dès les premières années de son apostolat, il parcourt l'Espagne, la France et l'Italie tout en poursuivant l'élaboration de ses divers projets. Après les voeux décisifs de Montmartre, il met au point les Exercices spirituels et les Constitutions du nouvel ordre, et prend l'initiative de confréries de bienfaisance et de collèges diffusés dans le monde entier. Mais il garde aussi le contact avec les autorités politiques et religieuses - principalement Charles¬ Quint et les papes - et maintient un échange épistolaire continu tant avec ceux qui favorisent ses desseins qu'avec ceux qui y font obstacle. Ainsi s'élaborent les deux volets de son oeuvre : une vigilance envers les missions les plus lointaines (le Japon, l'Ethiopie, le Brésil), et une recherche intérieure incessante dont témoignent son Autobiographie et son Journal spirituel.

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  • Il y a deux siècles, le 23 juillet 1802, s'éteignait, dans des circonstances mystérieuses, María Teresa del Pilar Cayetana, treizième duchesse d'Albe. Célèbre pour ses amours passionnées et contestées avec le peintre Goya dont elle fut la muse et la scandaleuse Maja nue, cette femme de la haute noblesse espagnole défraya la chronique de son époque par son anticonformisme, sa liberté de ton et d'allure, sa familiarité avec les gens du peuple, son mépris envers l'étiquette pesante de la Cour d'Espagne.
    Spécialiste de littérature et de civilisation espagnoles, Marie-France Schmidt dévoile l'énigme de cette séductrice née, cette rebelle qui paya peut-être de sa vie son opposition acharnée au roi Charles IV et à la reine Marie-Louise. Une biographie passionnante qui fait revivre la fascinante et fantasque duchesse et rend à cette féministe avant l'heure l'extraordinaire indépendance d'esprit et de moeurs qui fut la sienne.

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  • Une souveraine exemplaire dont l'oeuvre politique et administrative donnera une tout autre dimension à l'Espagne et qui sera reprise et développée par Charles Quint.
    Isabelle la Catholique (1451-1504), une des plus célèbres reines d'Espagne, n'était pas destinée à monter sur le trône. C'est à la suite d'une longue guerre civile avec son demi frère Henri IV, et après la mort de son frère aîné Alphonse qu'elle peut légitimement accéder au pouvoir en Castille en 1474.
    Ce pouvoir pour lequel elle n'a pourtant pas été préparée, elle va l'exercer avec une autorité et une compétence qui seront reconnues par tous, au profit de son pays dont elle fera une des premières puissances du monde.
    Elle est aidée dans ses desseins et ses ambitions par son mariage avec Ferdinand, héritier du royaume d'Aragon. Ce qui donne à ce couple, connu dans l'histoire sous le nom de Rois Catholiques, une immense aura.
    Mais l'ambition d'Isabelle la Catholique est en premier lieu d'unifier, sans états d'âme, la Castille, noyau central de l'Espagne.
    Unification religieuse en expulsant les juifs et en exigeant la conversion des Maures de Grenade au christianisme, après la conquête de cet ultime bastion de l'islam en 1492, conversion qui sera aussi la loi de toute la Castille.
    Unification politique, en accord avec son époux Ferdinand pour que l'Espagne ne fasse plus qu'une seule nation, sous l'égide de la Castille et de l'Aragon, mais avec assez d'adresse pour que les autres Etats espagnols demeurent avec leurs franchises spécifiques. Car elle n'ignore pas l'esprit d'autonomie de maintes provinces espagnoles.
    Réforme administrative et moderne de l'Espagne, grâce à une refonte des institutions du royaume dans un sens beaucoup plus centralisateur : création d'une Inquisition qui s'applique à tout le pays et qui échappe au contrôle du pape, réforme religieuse qu'elle ne pourra achever et qui fait de l'Espagne le chef de la catholicité.
    Ouverture commerciale. L'Espagne sort de son isolement et commerce avec non seulement les pays européens, mais bientôt avec les terres d'un monde inconnu. C'est pourquoi Isabelle soutient le projet de Christophe Colomb partant pour la découverte de l'Amérique, ce qui va lui permettre de compenser par de nouveaux marchés, surtout dans le domaine des matières premières, les pertes économiques dues aux mesures répressives prises contre les maures et les juifs.
    Voulant sortir l'Espagne de ses frontières et l'arrimer à l'Europe, Isabelle abandonne la politique traditionnelle des mariages hispano-portugais pour unir leurs descendants avec les héritiers d'autres royaumes comme l'Angleterre et le Saint Empire romain germanique. Elle entend ainsi faire contrepoids à l'hégémonie de la France, et donner à l'Espagne une stature internationale. Son successeur Charles Quint reprendra et développera ce projet, faisant de l'Espagne la première puissance mondiale.
    À la mort d'Isabelle la Catholique, une nouvelle Espagne est née, moins repliée sur elle-même, et plus dominatrice, qui entend jouer son plein rôle dans le concert des nations européennes. Cette Espagne là sera celle à laquelle se heurtera si souvent la France, au XVI e puis au XVIII e siècle.

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  • « Celle aux tristes destins » (La de los tristes destinos) : tel est le titre d'un roman de Benito Pérez Galdos consacré à la reine d'Espagne Isabelle II et publié en 1907, trois ans après la mort de la souveraine à Paris. Le pluriel en dit long sur la multiplicité des épreuves subies par la fille de Ferdinand VII au cours de son existence.
    Privée à l'âge de trois ans d'un père qui lui transmet son pouvoir sans avoir eu le temps de l'initier à sa lourde tâche, Isabelle II ne bénéficie ni de la tendresse ni des conseils de sa mère, la régente Marie-Christine, pourtant expérimentée sur le plan politique...
    Mariée contre son gré à son cousin François d'Assise, qui n'aime que les garçons, et entourée pendant son règne par les membres sans talent d'une coterie, elle est le jouet de rivalités incessantes entre les hommes politiques des différentes factions portées alternativement au pouvoir dans une Espagne constamment vouée à l'instabilité. Pour compenser cette déréliction, la reine reporte son affection inassouvie sur les favoris qui se succèdent auprès d'elle jusqu'à un âge avancé et sont les pères de ses enfants.
    Si le sens politique fait défaut à Isabelle II, elle encourage et promeut le développement économique et culturel de son pays et sa transformation grâce au progrès des communications. L'Espagne ne lui en sait pas gré et la détrône en 1868.
    Lors de son exil en France, livrée à elle-même et affranchie de l'influence néfaste de son clan, la reine sans couronne se sent paradoxalement responsable de la continuité de sa dynastie : poussée par l'amour qu'elle porte à son fils, le roi Alphonse XII, et par un attachement indéfectible à sa patrie avec laquelle elle entretient des relations parfois conflictuelles, elle joue un rôle non négligeable dans le processus de la Restauration.
    Partageant les dernières décennies de sa vie entre l'Espagne, les pays où demeurent les membres d'une famille dispersée au gré des unions matrimoniales, et la France, elle participe aux manifestations culturelles de sa patrie d'adoption avec une curiosité toujours en éveil et noue des relations avec de beaux esprits qui se substituent avantageusement aux « camarillas » d'antan.

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