Manuela Carneiro Da Cunha

  • En 1992, la convention de Rio sur la diversité biologique reconnaissait officiellement et pour la première fois l´importance des savoirs autochtones face aux grands défis écologiques et humanistes des décennies à venir. Si les peuples traditionnels sont désormais officiellement reconnus dans l´espace politique et les institutions internationales, les différents acteurs - peuples autochtones, ONG, États et scientifiques - ont parfois des pratiques et des visions radicalement différentes, notamment en matière d´utilisation et de rémunération des ressources génétiques et d´exploitation des brevets qui y sont liés. Si l´un des objectifs de la convention de Rio est « le partage juste et équitable des bénéfices issus de l´utilisation des ressources génétiques », les efforts traditionnels de conservation et les préoccupations économiques ne font pas toujours bon ménage. Dans ce contexte, les recherches sur la nature, les programmes et les régimes des savoirs traditionnels deviennent cruciales. Nous ne sommes pas en présence d´un seul mode d´accès à la connaissance, mais bien d´une pléthore de régimes de savoir qu´il faut encore connaître. Ignorer ces dimensions, c´est mettre en danger la continuité des systèmes de savoirs autochtones.

  • 'Le vieil homme au corps imposant se leva. D'un air furieux, et regardant toute l'assistance de haut, il prit la parole et dit d'une voix indignée dans un portugais approximatif: 'Est-ce que quelqu'un ici peut dire que le honi est la cultura (culture)? Moi je dis que non! Le honi n'est pas la cultura!'' L'énervement du vieux chef Yawanawa à propos de cette boisson hallucinogène qu'est le boni eut lieu en 2005, Tors d'un colloque réunissant plusieurs groupes ethniques amazoniens et dont l'objectif était de fixer le cadre juridique entourant les revendications des droits intellectuels sur les savoirs traditionnels, et sur la manière d'envisager les éventuels avantages dérivés de ces savoirs. Depuis la Convention sur la diversité biologique de 1992, qui s'interrogeait sur la régulation et l'accès aux ressources génétiques, les travaux se sont multipliés sur la nature des savoirs ('traditionnels' comme 'scientifiques'), leur statut, leur production et leur circulation - avec en toile de fond, pour les anthropologues, ces questions: le honi, par exemple, fait-il partie (le la culture, ou bien de la nature? La définition occidentale de la notion de 'culture' ne serait-elle pas en contradiction avec la manière dont certains peuples considèrent leurs propres régimes de savoir? Jusqu'à quel point le savoir traditionnel peut-il être brevetable, et par qui ? A l'aide de nombreux cas concrets, et en analysant les décisions prises par l'ONU, l'UNESCO ou l'UNCED, Manuela Carneiro da Cunha retrace quinze ans de débats sur ces épineuses questions dont l'actualité - écologique comme politique - montre qu'elles n'ont pas toutes - loin s'en faut - trouvé de réponses satisfaisantes.

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