Luc de Heusch

  • A l'origine de cet ouvrage, comme à celle des deux précédents - Le roi ivre ou L'origine de l'Etat (1972) et Rois nés d'un coeur de vache (1982) -, il y a la volonté de découvrir dans le domaine bantou les systèmes de pensée sous-jacents à un certain nombre de pratiques rituelles et les discours susceptibles de les éclairer.
    Le terrain d'observation est privilégié et le matériau unique : l'aire linguistique et culturelle des Kongo d'Afrique centrale est homogène et continue, en sorte que, pour une fois, une société africaine peut être observée sur la longue durée d'un demi-millénaire.
    Il apparaît alors que la religion traditionnelle a subi des transformations dans le temps et l'espace liées, notamment, aux bouleversements majeurs du système politique de la royauté sacrée, à savoir l'introduction du christianisme et la traite des esclaves. On mesure particulièrement l'ampleur de ces transformations lorsque l'auteur dégage la part de matériau kongo dans le vodou haïtien, plus précisément dans le rituel appelé petro - une part liée à la tragique coupure de la traite.
    Avec cet ouvrage se marque toute l'originalité de l'oeuvre de Luc de Heusch : interrogations structurales sur l'événement et interrogations historiques sur les réseaux de significations se croisent dans une enquête nourrie par un travail de terrain qui renoue avec la grande tradition anthropologique.

  • "Ce qu'il y a de déprimant dans l'ethnologie, c'est que, chaque fois que l'on aborde une question, il faut faire la recension de toutes les inepties qui ont été écrites à son sujet par autant de Trissotin en toge, alors que dans les sciences vraies une seule expérience concluante abolit tous les errements précédents.
    C'est pourquoi, de temps en temps, je m'octroie des vacances." L. de H.

  • L'anthropologie a longtemps vécu sur l'illusion que le schéma d'interprétation développé par Hubert et Mauss dans le classique Essai sur la nature et les fonctions du sacrifice avait une valeur universelle. Luc de Heusch s'en prend à ce dogme d'un rite de passage entre le profane et le sacré comme aux spéculations de René Girard. Sur la base d'une étude attentive de rituels africains et de leur minutie maniaque, l'auteur, sans s'interdire les comparaisons avec la Grèce ou l'Inde, force à reprendre l'ensemble du phénomène.
    Il commence par s'interroger sur le choix des victimes animales, qui, le plus souvent, est loin d'être indifférent.
    Mais l'homme est la victime sacrificielle par excellence lorsque le sort du monde est en jeu. Le roi, formidable machine symbolique, est au centre de la scène rituelle au Swaziland comme dans l'ancien Rwanda. L'auteur examine son destin sacrificiel dans une perspective renouvelée de Frazer qui l'amène à s'interroger sur la mise à mort des dieux : pourquoi le génie de l'eau, l'ancêtre primordial des Dogon, a-t-il été immolé au début des temps, pourquoi son corps dépecé, puis ressuscité, a-t-il servi à construire le monde ? Peut-on inscrire le christianisme, religion du sacrifice salvateur, dans cette lignée ?
    Les deux grands systèmes sacrificiels, qu'ils relèvent de la sphère domestique ou cosmologique, obéissent à la logique des transformations ; telle est l'hypothèse majeure de ce livre qui jette de nouveaux éclairages sur la pensée qui guide le geste du sacrificateur.

  • Luc De Heusch examine les rapports entre l'anthropologie et la discipline baptisée Histoire. A titre d'essai, inaugurant une voie originale, il analyse ici du point de vue structural les relations permanentes et changeantes que le pouvoir entretient avec la religion. L'anthropologie sociale et culturelle (plus connue en France sous le nom d'ethnologie), considérée à tort comme une science coloniale périmée, nous livre une institution caractéristique des sociétés centralisées dépourvues d'écriture : la chefferie ou la royauté sacrée. L'auteur la décrypte comme structure symbolique arrachant le pouvoir au seul contrôle de la parenté. Elle transforme un homme, détenteur du pouvoir suprême, en une espèce de fétiche vivant, condamné à mort à plus ou moins brève échéance. L'Histoire, de son côté, a souvent affaire à une institution politico-religieuse qui confère à un homme projeté au sommet du pouvoir un statut quasi divinisé. Le monothéisme s'est emparé de cette vision ; il fait du roi un prêtre d'une espèce particulière. Luc de Heusch analyse les avatars de ce continuum qui rend compte du devenir politique. Il prend le parti de Hobbes contre Rousseau et constate que la démocratie en tant que Léviathan a bien du chemin à parcourir avant d'être désacralisée.

  • Ce recueil de textes thoriques, polmiques et politiques se divise en trois parties. La premire est consacre l'examen du projet structuraliste. L'essai qui donne son titre au livre se rapporte la signification des problmes de la parent. Six textes consacrs l'approche structurale de la magie et de la religion composent la seconde partie, dont un commentaire de la geste du Renard ple de Marcel Griaule et de Germaine Dieterlen et une exploration systmatique de la pense bantoue. En conclusion, l'auteur tmoigne son amiti au peuple de Lumumba, les Tetela du Kasa chez qui il a vcu en 1953 et 1954.

  • Cet ouvrage, qui se veut une contribution à l'anthropologie politique africaine, développe les analyses que Luc de Heusch, professeur émérite à l'Université libre de Bruxelles, a consacrées durant de nombreuses années aux relations complexes du pouvoir et du sacré.
    Tout d'abord l'auteur examine la nature opposée de l'autorité des chefs de lignage et des maîtres de la forêt (nkumi) chez les Tetela et les Hamba du Congo (alors colonie belge), deux peuples parmi lesquels l'auteur a séjourné en 1953 et 1954. Soucieux de reconstituer un processus historique, il recherche, dans la grande forêt de la Cuvette centrale, l'origine des maîtres de la forêt. Là, de nombreux peuples connaissent l'institution du nkumu, chef sacré, dont dérivent les nkumi des Hamba.
    Or des nkumu aux nkumi, une transformation profonde s'est opérée : s'interrogeant sur le processus de désacralisation qui accompagne cette diffusion, Luc de Heusch met l'accent sur le faible développement des préoccupations magico-religieuses dans le complexe culturel tetela et hamba où prédomine le souci d'inscrire le phénomène politique dans le cadre du potlatch.

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  • La transe

    Luc de Heusch

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