Laurent Grisel

  • Tous les enjeux de l'épopée comme matière première des peuples sont présents dans les luttes actuelles à l'aube des bouleversements climatiques. Le langage, la poésie ont certainement un rôle à y jouer. Tout comme la musique, mise à l'honneur dans cette deuxième édition de Climats que prolonge une lecture de l'auteur accompagné par Fred Wallich et Philippe Saliceti : de quoi faire revenir le poème aux accords qui l'ont porté ces dernières années dans un nombre important de rencontres et de performances, rendant hommage à la part collective des échanges.
    Car dans Climats, les forces à l'oeuvre sont plurielles : les lois de la physique et la chimie des atmosphères sont les magies de notre temps ; les scientifiques nos sages ; les victimes de Katrina le choeur des sacrifiés d'hier ; les peuples en résistance contre les puissants les héros anonymes qui nous montrent la voie, pendant que les planètes voisines, aux noms de dieux romains oubliés, nous offrent un aperçu de notre avenir si nous ne faisons rien pour remédier au pire. D'autres horizons s'offrent à nous, néanmoins. Qui sait l'utopie est même permise. Bien sûr que c'est possible, nous rappelle l'épopée. L'air est la lumière. Et le monde est sensible.
    Hymne insurrectionnel, de ceux qui précèdent l'action et l'accompagnent. Claude Vercey, revue Décharge Nous sommes pris dans un flux où l'histoire et l'épopée se mêlent pour donner à entendre un chant singulier. (Sylvie Durbec, Cahiers critiques de poésie)

  • Jacques Callot, artiste français du 17ème siècle, originaire de Nancy, est célèbre pour sa série de gravures évoquant les Grandes Misères de la guerre de Trente Ans qui avait alors lieu en France. Le poète Laurent Grisel a écrit face à ces images souvent brutales des textes poétiques qui vont fouiller les moindres recoins microscopiques des gravures.
    L.L. de Mars s'est ensuite plongé dans l'intervalle entre ces nouveaux textes et les images de Callot, pour proposer ses propres visions hallucinées de la guerre éternelle, traversées par des éclairs d'aujourd'hui et des motifs d'hier. La guerre est totale, le lecteur est plongé jusqu'au cou dans un tourbillon graphique renforcé par le son des mots. Le livre qui résulte de cette triple rencontre est frappant, d'une force sombre et noire.

  • Climats

    Laurent Grisel

    Comme Changeons d'espace & de temps, Un Hymne à la paix (16 fois) et d'autres ensembles, Climats est composé de séquences qui peuvent être assemblées et parcourues de différentes façons ; chaque parcours est différent des autres sur tous les plans : significations, intensités, tonalités affectives.
    L'expérience de lecture, proposée avec l'édition numérique de Climats, donne à lire ce poème de trois façons.

    Laurent Grisel _____________ Laurent Grisel a composé Climats à la demande de l'écrivain Cécile Wajsbrot. Ce texte audacieux « prend la question du climat sous tous ses aspects : physique, psychologique, politique et financier » indique l'auteur.
    Son poème rejoint l'ambition des anciens poèmes didactiques dans lesquels poésie et science s'allient, pour nous donner une plus ample vision du monde.
    Écoutons cette épopée qui sous tous les climats dresse en héros les Indiens Mundurukus ou Hansen « le rigoureux, l'émotif » ; ou simplement la Nature elle-même dans sa puissance, dans son silence bruissant. Écoutons ce chant rythmé qui offre à l'homme tout simplement une possibilité de futur.
    Au fond il faut un poème pour que la conscience de l'Éternité (« la mer allée/avec le soleil ») puisse nous en montrer la fragilité et qu'elle nous éveille à une pleine conscience de notre humanité : il nous reste à sentir, comprendre et agir.
    Un très beau texte dont la portée forte nous touche. Ce poème, au-delà de ce qu'il dit, tient dans ce qu'il est.

    François Rannou

  • Conflit d'un monde soumis toujours à ses plus vieux démons, et de l'aspiration qui nous fonde comme communauté, et de plus en plus sous le risque, le danger, l'urgence.
    Ce qui nous fonde comme communauté, malgré la guerre et les démons : le langage, la parole, et comment ils se retournent sur les premiers, en nous énonçant comme communauté.
    Depuis bien des siècles se structure ici l'éthique. On peut l'énoncer conceptuellement, c'est la philosophie, on peut se contenter de l'ouvrir en tant que tâche et dépli du langage, c'est la poésie.
    Il se trouve que la seconde tâche, si elle perdure, c'est que le concept à un moment cède devant le langage, et ce qu'il ouvre, la nuit qu'il porte, ou la mise en chemin.
    Cette intersection avec l'abstrait, et avec l'agir, ce en quoi le monde est régi par le langage - mais le langage à la fois réifié et en permanentes secousses sismiques que sont, notamment, la morale et la justice - a toujours eu son équivalent de sources dans la littérature.
    Ici, lisant Laurent Grisel, on a souvent l'impression qu'est réouverte la trappe des grands parleurs du 16ème siècle, et Agrippa d'Aubigné notamment, ses Stances composées dans le temps même de la guerre, l'épée posée sur l'herbe au soir des combats - vous verrez, ce n'est pas une figure de style pour lui faire plaisir.
    Cette vieille hauteur revêche du verbe pour qu'il se dresse à égalité de ce qui râpe et heurte dans le monde.
    Ce combat, pour rester neuf, ne peut tolérer la chosification des formes. On en appelle à une forme, mais on doit la casser du même coup. Le dépli qu'inaugure Laurent Grisel, en ce lieu où parlent, dans le monde d'aujourd'hui, le Bourreau et la Justice, avec un homme et une femme, se recomposera en plusieurs pièces, elles-mêmes liées à leur circonstance d'énonciation - ce que Laurent Grisel nomme « une brusque idée de paix ».

  • « Ce qui est aigu, dans le moment que nous vivons (...), c'est la conjonction de trois crises : financière, écologique, géopolitique. » Entamé début 2006, dans un deuxième tome qui peut tout aussi bien être lu indépendamment du précédent, le journal de Laurent Grisel nous fait entendre le bruit sourd des faillites et des férocités qui annoncent et préparent ce que les médias nommeront « la crise de 2008 ». Très documenté, toujours limpide malgré la complexité des mécanismes qu'il décrypte, le Journal déjoue les manipulations médiatiques à l'oeuvre dans les discours politiques et économiques qui continuent d'avoir cours aujourd'hui. Banqueroutes, mais aussi élection d'un président d'extrême droite en France, découverte de l'ampleur de l'économie invisible (celle des produits dérivés et de la spéculation) et de son emprise sur l'économie visible, assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan, luttes et désespoirs ouvriers, conséquences des dérèglements climatiques sur la vie humaine et non humaine, autant de fils qui sont suivis et noués au cours de cette année charnière. L'écriture du journal, fine, régulière, dont l'objet n'est rien de moins que la compréhension d'un monde en fusion, recèle des moments plus sereins de vie personnelle : voyage au Japon, notes prises le long de l'écriture de livres en gestation, parmi lesquels le Journal lui-même dont l'architecture commence à prendre forme. Un geste politique, sensible, littéraire et citoyen.

  • Il n'y a pas de « crise de 2008 ». C'est plutôt un changement d'époque que saisit Laurent Grisel, et dont il date le début à la fin de l'hiver 2005-2006.Ce fut, de toute façon, bien plus qu'une crise économique. Nous y sommes encore, et nous en connaissons toutes les dimensions psychologiques, écologiques, géopolitiques - métaphysiques, même, puisque les catégories de pensées qui tourbillonnent dans l'air du temps pour saisir le monde sont fausses, elles font défaut, il faut les reprendre - et tout ce journal est un effort en ce sens - une bataille livrée contre les généralités et les bavardages, contre les charités aveuglées et aveuglantes, dont on ne peut sortir que par un surcroît de précision, par la recherche des relations de cause à effet, non en fantasmagories, surtout pas en lieux communs, mais matériellement, par la tenue ensemble de toutes les dimensions de l'effondrement en cours.
    L'année 2008 fut celle d'un quinquennat Sarkozy commençant par des politiques d'extrême droite, de « l'affaire Kerviel - Société Générale », des faillites de Countrywide, de Lehman Brothers, d'AIG. Dans ce troisième volume du Journal de la crise comme dans les précédents, Laurent Grisel, en écrivain qui finit d'écrire Un Hymne à la paix (16 fois), déplace le regard. 2008 fut pour moi l'année de la faim, écrit-il : celle des émeutes de la faim dans près de 40 pays, comme un avenir qui nous est promis. Son enquête en découvre les causes, exposées au vu de tous et pourtant brouillées et niées et il en fait un événement qui rassemble tous les traits de l'époque, écologiques, industriels, financiers, politiques, humains nouant ainsi tout ce qui a été appris depuis 2006 au moins, et nous entraînant vers les deux volumes à venir, Avant et Après.

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