Laurence Dubin

  • À rebours de la mondialisation des règles destinées à libéraliser la circulation des marchandises, des capitaux et des services, la circulation des hommes continue, pour sa part, d'être soustraite à toute liberté et conditionnée par le paradigme de la souveraineté de l'État selon lequel l'État reste le seul compétent à décider des conditions légales d'entrée et de séjour sur son territoire. Si le droit de l'Union européenne fait figure d'exception en organisant à l'intérieur de l'espace européen la liberté de circulation des personnes, il se heurte, en revanche, vis-à-vis des États tiers à l'Union européenne et de leurs ressortissants dépourvus de tout lien avec des citoyens européens, au paradigme de l'admission souveraine.
    À l'origine d'une myriade d'instruments adoptés dans le cadre de la construction de l'Espace de liberté, de sécurité et de justice, l'Union européenne s'emploie à contrôler les flux migratoires et sécuriser ses frontières et, plus récemment, à harmoniser les conditions de séjour et, surtout, de l'éloignement des étrangers ressortissants d'États tiers présents irrégulièrement sur le territoire des États membres. Face à ces instruments, le juriste peut s'interroger sur leur finalité, analyser leur originalité par rapport aux politiques migratoires et aux droits nationaux des États membres, vérifier leur articulation avec les conventions internationales relatives aux étrangers et aux droits de l'homme auxquels les États membres sont parties. La légalité européenne assignée à la lutte contre l'immigration irrégulière se limite-t-elle à la défense des souverainetés de ses États membres ? Quels droits réserve-t-elle aux étrangers en situation irrégulière ?
    Face à la lutte contre l'immigration irrégulière menée par l'Union européenne, les auteurs de cet ouvrage offrent au juriste la voie d'un questionnement critique utile à l'éclaircissement du statut des étrangers en situation irrégulière saisi par le droit de l'Union.

  • Au nom de quoi des exilés devraient vivre, parfois pour de longues années, dans un camp spécifiquement institué pour eux ? Pour les protéger provisoirement ? Sans doute. Mais lorsque le camp se pérennise, il apparaît plutôt comme un dispositif permettant de les laisser aux portes des États, non seulement géographiquement mais également juridiquement. Le phénomène des camps, s'il n'est pas nouveau, est aujourd'hui devenu un mode banalisé de gestion des flux migratoires. Derrière ces flux, il y a pourtant des individus, sujets de droit(s).
    De manière originale, le présent ouvrage collectif, rassemblant enquêtes de terrain, analyses historiques et contemporaines, appréhende les camps comme de véritables institutions juridiques. S'ils sont absents des cartes des États où ils sont mis en place (comme les fameux camps de Dadaab au Kenya) et ignorés par les textes internationaux destinés à la protection des réfugiés, les camps incarnent des dispositifs juridiques parfaitement organisés par des autorités publiques (États du Nord comme du Sud, institutions / organisations internationales comme le HCR) ou privées (organisations non gouvernementales) et destinés à contenir « les indésirables », c'est-à-dire les étrangers dont aucun État ne veut. Cet ouvrage se propose de faire la lumière sur l'organisation juridique des camps, sur la responsabilité des autorités nationales et internationales publiques participant à la prise en charge des encampés ainsi que sur le rappel de leurs droits les plus élémentaires, dont « le droit d'avoir des droits ».

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