Katia Ghosn

  • L'écrivain libanais Elias Khoury est considéré comme l'une des figures les plus importantes et les mieux connues sur la scène culturelle arabe aujourd'hui. Romancier, journaliste (il a dirigé le supplément cultu- rel hebdomadaire de deux prestigieux quotidiens libanais, Assafir et Annahar, et est actuellement rédacteur en chef de la Revue d'études palestiniennes), professeur invité dans plusieurs universités améri- caines prestigieuses, il est une figure marquante d'intellectuel engagé à gauche.
    Il est l'auteur de treize romans et de plusieurs ouvrages de critique littéraire. Huit de ses romans sont traduits chez Actes Sud, et figurent parmi les meilleures ventes de cette maison d'édition.
    Le présent ouvrage propose une approche originale de l'univers de Khouri ; il interroge les dynamiques internes de son oeuvre littéraire au vu des transformations du monde contemporain. L'analyse tente de répondre à plusieurs interrogations : quel est l'impact de la vio- lence engendrée par les guerres et les conflits politiques sur l'écriture romanesque au Liban ? Qu'en est-il de l'engagement et de la fiction historique après la fin des grandes idéologies ? L'oeuvre de Khoury parvient-elle à se libérer de l'autorité narrative ? Sa démarche dé- constructionniste peut-elle être considérée comme postmoderne ?
    Cette dernière notion a-t-elle droit de cité au sein de la critique litté- raire arabe ?
    Ces interrogations permettent, plus largement, de jeter une lumière sur des questions que le roman arabe contemporain se pose à lui-même, à travers des tentatives variées de renouvellement et de positionnement, aussi bien par rapport à sa propre histoire que par rapport à la litté- rature occidentale.

  • Figure marquante de la littérature libanaise contemporaine - et plus largement arabe - Rachid El-Daïf (1945-.) réinvente un uni- vers littéraire diversif é et d'une authentique singularité. Traduits en plusieurs langues, notamment en français, ses romans accèdent à l'internationalité et sont reconnus aussi bien au sein des milieux universitaires qu'auprès d'un plus large lectorat. Les auteurs de cet ouvrage collectif explorent les aspects distinctifs de son oeuvre et les fondements esthétiques sur lesquels elle se construit.
    Le roman libanais de la génération de la guerre civile (1975-1990) auquel appartient Rachid El-Daïf rompt, dans la douleur, avec les grandes idéologies et se heurte à l'effondrement du projet fondateur d'une modernité arabe conçue aussi bien en référence à un modèle historique né en Europe que d'une expérience endogène. La crise des valeurs engendrée par l'aporie consistant à faire la part entre ce qui est à prendre à l'Occident et ce qui est à rejeter est l'un des thèmes majeurs qui parcourent ses écrits. Les choix narratifs d'El- Daïf empruntent les voies de l'intime, de la sexualité, du sujet dif- fracté, du récit hallucinatoire, pour décrire une réalité embourbée dans ses contradictions, sans abandonner pour autant la quête d'un territoire transnational et d'une langue humaniste dépouillée des séquelles de traditions millénaires, une quête que la littérature mon- diale rend tout à la fois possible et improbable.

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