Kamel Moussa

  • La révolution tunisienne s'est achevée laissant derrière elle un vide que les jeunes Tunisiens portent en eux. Émancipés et troublés, dans un pays tiraillé entre progressistes laïques et conservateurs religieux, leur identité est bousculée. Inscrits malgré eux dans une histoire qui les dépasse, ils se retrouvent ballottés entre le monde des incertitudes et celui des combines. Dans le sud-est du pays, les entreprises ont disparu depuis longtemps. L'économie locale, asséchée et essoufflée, a reçu le coup de grâce suite aux attentats de 2015 et 2016. Au début de la révolution, les mots d'ordre étaient ceux de dignité et de justice sociale. Désormais abandonnés à leur sort, les jeunes Tunisiens vivotent et leur désespoir est immense.

    Pour tenter de comprendre ces jeunes d'aujourd'hui et celui qu'il était quelques années en arrière, avant de s'installer en Belgique pour y étudier et y vivre, le photographe Kamel Moussa interroge l'univers familier de sa ville et son pays d'origine, avec une volonté de regard neuf, pour tenter de saisir des instants qui lui ont échappé.

    « Cette nouvelle société m'est à la fois étrangère et tellement familière. Comme eux, j'ai abandonné avec amertume les espoirs nés au moment de la révolution. Sans vraiment savoir si je suis à la redécouverte d'une famille, d'une Tunisie ou d'un héritage perdu, je vois à travers ces portraits une vulnérabilité, une fragilité de la jeunesse tunisienne. Des années se sont écoulées depuis mon départ vers l'Europe, mais à chaque fois que je reviens dans mon pays natal je me pose la même question : que serais-je devenu si j'étais resté ici ? »

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