Julien Boutonnier

  • Ce poème est le récit fragmenté d'une perte. Des photos viennent donner apparemment un semblant de réalité à un parcours intérieur marqué par la douleur. Et le cri. Quand j'ai lu le manuscrit de Julien Boutonnier, c'est ce qu'immédiatement j'ai senti. Mais, le relisant, voici les quelques remarques qu'il a suscitées en moi.

    Le cri désigne la perte de la mère. L'absence subie comme un fléau (peste au crabe) se combat dans les mots contre les motsmorts qui coupent le souffle. Boutonnier trouve sa voix dans les lettres manquantes qu'il faut vocaliser autrement pour pouvoir dire le nom imprononçable.

    En ce sens, il n'est pas question d'histoire individuelle seulement, vous l'aurez compris. Il s'agit de tenter de saisir l'espace à vif de la mort à l'oeuvre en nous, en nous tous.

    Et les photos ne sont là que pour nous montrer que la réalité de ce qui se lit et se donne à entendre ne peut se voir, sauf dans le défaut de ce que toute image exhibe, dans ce qu'elle démontre.

    Il faut pour donner corps à tout cela une construction rigoureuse, exigeante. Julien Boutonnier y parvient avec un sens des rythmes et un feeling à toute épreuve.

    C'est donc un livre remarquable, bouleversant.


    François Rannou

  • M.E.R.E

    Julien Boutonnier

    La remémoration que Julien Boutonnier conduit dans M.E.R.E. construit coûte que coûte le récit impossible de la perte. A partir du trauma puis d'un rêve, l'édifice d'une narration s'élève peu à peu, serait-ce depuis sa fragilité. Chaque mot sur la page est potentiellement joint et disjoint pour chercher un sens nouveau, un signe, une langue qui donnerait à entendre ce qui depuis le début reste indicible : l'effacement, l'oeuvre de mort. Dans ce travail, la lettre est envisagée comme une balise à laquelle pourraient s'arrimer les morceaux d'un langage disloqué. La spatialisation, le ressassement, la langue tout entière manipulée avec un tel entêtement et une telle précision donnent au texte une ampleur considérable et produisent une oeuvre poétique bouleversante.

    Sur commande
  • Type 1 bis

    Boutonnier Julien

    L'écriture comme coup de griffe. Une griffure dont la douleur, vive, attendue, bienvenue, sonne la disparition du soi, l'appel de l'ombre dans le délitement de sa propre forme, celle qui se questionne autant qu'elle s'affirme dans sa non-présence. Par le questionnement du deuil et de la dépendance à la disparition ici, de la mère du narrateur Julien Boutonnier aborde avec brio le cri protéiforme, où l'annihilation de l'être exhorte la lumière à se manifester, et l'autre, à apparaître. L'écriture comme coup de griffe. Une voix qui se forme, indispensable, incontournable.

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