Julien Bonhomme

  • C'est en mars 2001 au Gabon que Julien Bonhomme entend pour la première fois parler des « voleurs de sexe ». Des individus sont accusés d'avoir fait disparaître les organes génitaux d'inconnus dans la rue, à l'occasion d'une banale poignée de mains. Les incidents se multiplient et plusieurs voleurs présumés sont lynchés. Il ne s'agit pas d'un cas isolé : les vols de sexe ont déjà touché à différentes reprises une vingtaine de pays d'Afrique subsaharienne depuis les années 1970. Comment rendre compte d'un tel phénomène, inédit par son ampleur spatiale et temporelle, sans tomber dans le cliché d'une Afrique perçue sous l'angle de l'altérité exotique ? Critiquant la conception péjorative qui surdétermine le regard savant sur les rumeurs, l'auteur de ce livre n'envisage pas le vol de sexe en termes de pathologie ou de superstition, mais s'attache à mettre au jour les facteurs qui expliquent le succès culturel de cette rumeur singulière sur une si vaste échelle. Il articule vue d'ensemble et vue de détail afin de rendre compte tant de la diffusion internationale de la rumeur que des situations d'interaction au sein desquelles surviennent les accusations. Plutôt qu'une anecdote prêtant à rire, le vol de sexe ne serait-il pas une affaire exemplaire permettant de comprendre l'Afrique urbaine contemporaine, les formes de sociabilité et les modes de communication qu'elle suppose ?

  • Sénégal, janvier 2010 : un mystérieux personnage à bord d'une voiture distribuerait des offrandes de viande et d'argent qui tueraient ceux qui les acceptent. Pendant une quinzaine de jours, cette étrange rumeur circule dans tout le pays, fait la une de l'actualité et provoque plusieurs incidents : des personnes sont accusées d'être le « tueur charitable » et prises à partie par la foule.

    Parce qu'elle perturbe le cours ordinaire des choses et déstabilise les évidences du sens commun, cette rumeur d'offrande de la mort offre une entrée originale pour étudier des faits sociaux de plus grande ampleur. Elle permet d'interroger la place centrale mais problématique de l'aumône et révèle les contradictions entre les politiques de lutte contre la mendicité et les normes de la charité religieuse. Elle pose surtout la question plus générale du sens et de la valeur des dons, dans un contexte où normes religieuses, prescriptions maraboutiques et dettes sorcellaires sont souvent étroitement imbriquées. À qui les dons profitent-ils réellement ? Quels dangers peut-il y avoir à les recevoir ? Quels rapports entretiennent l'aumône, l'offrande et le sacrifice ? Comment tenir compte de la place des entités invisibles, qu'il s'agisse de Dieu ou de génies plus ou moins maléfiques, dans les dons que les humains se font entre eux ?

    Ce livre n'est pas seulement l'analyse d'une rumeur révélatrice des mutations politiques, économiques et religieuses d'un pays africain. Il peut également se lire comme un essai sur Mauss. Cette histoire sénégalaise de cadeau empoisonné invite en effet à jeter un nouveau regard sur deux thèmes classiques de l'anthropologie : le don et le sacrifice.

  • "Les morts ne sont pas morts". Dans cet ouvrage, cinq jeunes anthropologues font écho à ce vers célèbre du poète sénégalais Birago Diop à partir de leurs propres recherches ethnographiques au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Mali. Comment déjouer la mort, en inverser l'inéluctable cours, rendre la vie à ceux qui, tous règnes confondus, furent exposés à ses flèches empoisonnées ?

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