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  • Des années 1950 au début des années 1980, Harry Shunk et Janos Kender photographient l'incroyable ébullition de l'avant-garde artistique parisienne et américaine. Arrivés d'Allemagne dans l'immédiat après-guerre, les deux photographes pénètrent dans l'intimité des ateliers parisiens.

    Très vite, ils fréquentent les membres du Nouveau réalisme, du Pop Art, du minimalisme, puis ceux de l'art conceptuel et du courant international Fluxus.

    Leurs images témoignent de l'émergence de nouveaux gestes créateurs, du quotidien des ateliers, du monde des galeries, des vernissages qui feront dates et des expositions pionnières.

    À la fois documents majeurs sur les avant-gardes internationales des années 1950 à 1970, ces images témoins mettent aussi en place des dispositifs photographiques particuliers. Elles saisissent visages, gestes créateurs, vie dans l'atelier, soirées entre artistes et collectionneurs dans des cadrages et approches qui font d'elles des oeuvres photographiques à part entière.

    Le duo fixe sur la pellicule les « tirs » de Niki de Saint-Phalle, les anthropométries d'Yves Klein, les emballages de Christo et de Jeanne-Claude. Installé à New York en 1967, il fréquente la célèbre Factory d'Andy Warhol, documente les nouveaux espaces de l'art et en particulier les actions des performeurs. Richard Serra, Merce Cunningham, Nam June Paik, Robert Rauschenberg, Gordon Matta-Clark : toute la scène new-yorkaise défile devant leur objectif. Les photographies de Shunk et Kender offrent un témoignage majeur des avant-gardes française et américaine du XXe siècle.

  • Au début du XXe siècle, les artistes d'avant-gardes tels Alexandre Rodchenko, Laszlo Moholy-Nagy, György Kepes ou Herbert Bayer, exploitent, dans leurs travaux graphiques, les nouvelles possibilités offertes par la photographie. Collages, photomontages ou abstractions lumineuses expriment, selon eux, plus directement que le dessin ou la peinture, les caractéristiques de l'environnement industriel.

    Mais ce que l'on sait moins est que ce dialogue entre photographie et arts graphiques est particulièrement fécond pendant les deux décennies qui suivent la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945-1969). Si plusieurs graphistes s'essaient alors à la pratique du photomontage, d'autres affectionnent plutôt l'abstraction formelle permise par la photographie. Leurs photogrammes et dessins lumineux, obtenus grâce à d'innovantes expérimentations, sont appliqués à la publicité, à des affiches d'évènements culturels, à des couvertures d'ouvrages ou de pochettes de disques. Dans cette lignée, Gérard Ifert (Bâle, 1929), William Klein (New York, 1928) et Wojciech Zamecznik (Varsovie, 1923-1967) inventent, dans les années 1950 et 1960, de nouvelles formes d'expressions « photo-graphiques ». Ces trois personnalités, actives dans des domaines d'application distincts, opèrent néanmoins dans des contextes culturels assez proches, marqués non seulement par l'héritage du Bauhaus, mais également par celui de l'art concret et par les développements contemporains de l'abstraction gestuelle ou du cinétisme. Au moyen de captations photographiques des vibrations lumineuses, d'effets rythmés de montage et de jeux de couleurs, tous trois s'attachent à retranscrire les sensations dynamiques telles la vitesse, l'expérience de la foule ou l'ultra-mobilité.
    Cet ouvrage présente plus de 200 photographies et documents, pour la plupart inédits ou méconnus, qui éclairent un pan important de l'histoire des relations entre photographie et arts graphiques dans les années d'après-guerre. Un texte de Julie Jones replace le photographisme dans l'histoire de la photographie, un texte de Catherine de Smet éclaire le travail de chacun des artistes au regard du graphisme, tandis que Karolina Lewandowska retrace leur parcours.

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