Jean-Claude Bonne

  • Un livre pour défaire le régime esthétique de l'image, en vue d'une nouvelle pensée diagrammatique, après Deleuze et Guattari, entre art et philosophie : un ouvrage introductif et spéculatif sans équivalent qui, partant de la rupture opérée par Matisse et Duchamp avec la phénoménologie picturale de l'image esthétique, constitue une archéologie de l'art contemporain qui passe par Daniel Buren, Gordon Matta-Clark, Günter Brus et le néoconcrétisme brésilien.

  • Il est beaucoup question dans ce livre de techniques, de technologie, de machines, d'outils, d'objets conçus et fabriqués, d'artifices, d'automates.
    Autant d'optiques qui se recouvrent en partie mais laissent, à travers cette pluralité revendiquée, entrevoir un point commun : un objet technique n'a pas de sens par lui-même mais par le fait qu'autour de lui se met en place un milieu de travail, de valeurs, d'images et de raisons. Chaque objet est ainsi porteur de cette qualité expressive dont la synthèse désigne "la technicité", sous ses formes multiples : du compagnonnage aux systèmes informatiques en passant par la manufacture, l'usine - sans oublier le musée et l'école car l'art et l'information sont également concernés par cette organisation -, ce sont des milieux qui tissent le cadre historique, social, politique et symbolique de notre existence.
    La philosophie, associée à l'histoire, à la science, aux mécanismes de conception, de classification, de constitution du monde sensible, nous propose quelques chances d'expérimenter, à travers ces milieux, certaines de ses propres questions fondamentales qui sont aussi celles que la technique est amenée à prendre en compte : l'être et l'existence; l'un et le multiple; le même et l'autre; l'esprit et le corps ; le naturel et le culturel; le normal et le pathologique; la vie et la mort.
    Les perspectives sont considérées dans l'esprit des grands "technologues" croisés avec les orientations de certaine épistémologie qui, depuis A. Comte en passant par Bachelard, Canguilhem, Foucault, F. Dagognet, doit permettre de tendre un "filet" de concepts et d'images capable de prendre au piège ce qui constitue peut-être "le milieu des milieux", l'interrogation dernière : la technique en ses milieux, heideggérienne ou non, renvoie à la question ultime et présocratique de la MATIÈRE et de nos impuissances à l'exprimer vraiment si ce n'est selon un art, une poétique de dimension quasi surhumaine.

  • Après les Engrenages, volume traitant de la réalité et de la fonctionnalité des machines, mais en miroir, les Machinations traitent du discours que l'on tient sur les machines et que celles-ci peuvent tenir sur nous, explorant donc la représentation humaine des milieux techniques. Peut-on parler d'invention technique ? Le travail impitoyable, les médias omniprésents, le recyclage universel sont-ils un gage d'ignorance ? Peut-on rêver à l'artefact dans le milieu de l'automatisme, de la ville, de la littérature ? Le Système accepte-t-il une part de contingence et de hasard ? Connaissons-nous réellement les machines sinon par leurs effets et leurs reflets ? Le nouvel « homme-machine » doit-il, comme Ulysse, sans cesse « ruser » pour survivre ?

  • L'image de l'engrenage implique des ensembles cohérents de mécanismes reliés à l'homme de manière matérielle, artificielle, sociale, symbolique et qui conditionnent notre espace et notre temps de vie. Avons-nous oublié les pratiques artisanales, manufacturières ? Dépendons-nous toujours du progrès industriel ? L'écologie, la sécurisation, l'informatique, les technologies du vivant vont-elles vers une redéfinition politique de la nature et de la liberté ? L'analyse de milieux techniques particuliers sur des cas exemplaires (mythes, histoire, économie, communication, jeux, travail..) conduit à cette question : l'automatisme actuel crée-t-il ou non un nouvel « homme-machine », peut-être un « post-humain » ?

  • Déchet, rebut, rien... ces notions fondamentales s'offrent comme objets dans des champs spécifiques du savoir, technologique, anthropologique et philosophique. Au déchet, on associe volontiers le procès technologique mis en oeuvre dans les filières de production industrielle où il est question de sa gestion et de son traitement. Au rebut, des approches anthropologiques mettant en exergue les perceptions et représentations de la pollution, de la souillure, des nuisances et le rapport que nous entretenons avec les matières déchues ou inutiles, ici comme ailleurs. Au rien, la dimension philosophique, épistémologique, voire métaphysique, s'appuyant sur l'idée de corruption et sur la problématique de dissolution de la matière, physique ou biologique, des choses aux humains. Cette triade est cernée de façon globale afin d'en mesurer les problématiques, les approches et les enjeux. Cependant une telle tripartition ne saurait être réduite à une répartition mécanique et sans recoupements: il s'agit au contraire d'insuffler un courant pluridisciplinaire dont la philosophie constitue le lieu géométrique opérant un brassage de plusieurs savoirs autour d'un enjeu fondamental.

  • Au moyen âge, le roi de france - plus qu'aucun autre souverain - était sacré.
    Le jour de son couronnement en la cathédrale de reims, il recevait l'onction de la sainte ampoule qui faisait de lui le successeur de clovis. dans là seconde moitié du xiiie siècle, sous le règne de saint louis, fut composé un manuscrit qui décrit en détail et figure à travers une série de quinze miniatures le déroulement du sacre et du couronnement. quatre historiens proposent ici une lecture croisée de ce document unique.
    Plus qu'un simple manuel liturgique il s'agit d'un véritable " miroir du prince ", qui exalte le caractère sacré du roi. jacques le goff interprète la cérémonie comme un " rite de passage ", qui transforme le roi héréditaire en roi sacré. éric palazzo étudie les gestes et les prières de la liturgie. jean-claude bonne analyse le cycle des miniatures et les confronte avec d'autres images d'investiture royale.
    Marie-noël colette déchiffre la notation musicale et restitue la dimension sonore de la liturgie. le texte latin de ce manuscrit, aujourd'hui conservé à la bibliothèque nationale de france (ms lat. 1246), est publié ici accompagné pour la première fois d'une traduction, établie par monique goullet, et de la totalité de ses enluminures.

  • le monstre, dit g.
    ganguilhem, " met en question la vie " car il interroge l'ordre qui est le sien. il touche aussi à la mort, à toutes les morts naturelles et surtout surnaturelles. il est unique, inclassable, indicible peut-être et fantastique à coup sûr. la science n'a pas renoncé à le comprendre, à le
    fabriquer même, mais elle n'épuise pas la question : l'image du monstre, entre vie et mort, nous convie à interroger la dernière image du miroir, celle de notre clair-obscur.

  • "On voit trop souvent la technologie comme un paradis où nous conduit notre remarquable progrès ou un enfer qui détruit nos valeurs établies et entretient les guerres. En fait, elle engage non seulement la science mais aussi les multiples aspects de notre culture et de notre civilisation. Les approches de cet ouvrage sont multiples : l'histoire, la philosophie, le jeu, la politique, le numérique, l'écologie, l'éthique, le politique. La technologie s'inscrit dans le passé, le présent et l'avenir. Ses capacités dans le domaine biotechnologique et sécuritaire modifient notre rapport au monde. La technologie nous permet aussi, dans notre milieu de vie active et de communication, de livrer un travail de compréhension et d'invention."

  • Le progrès technique occidental repose sur un étrange paradoxe : alors que se développent les puissances et les conquêtes des machines et des organisations industrielles, le Savoir technique, la Technologie au sens littéral du terme restent à l'abandon, disparates, confus.
    Il suffit de considérer le statut de l'enseignement technique, en France au moins. La Culture technique, en un mot, ne suit pas la Civilisation. C'est un paradoxe que l'auteur aborde ici, en une enquête détaillée qui prend ses sources aux origines de l'industrialisation, au point d'enracinement du progrès technique moderne. Ainsi est-il amené à envisager, de manière récurrente, certaines oeuvres oubliées (Reuleaux), d'autres connues pour des raisons différentes (l'Encyclopédie) et nombre de ces tentatives inachevées (mais fort instructives) faites à diverses époques pour systématiser le domaine technique, lui fournir une langue, une " culture ".
    L'enquête est donc amenée aussi à prendre en compte des questions de Méthode et plus généralement, d'Epistémologie des techniques : place de la technologie dans l'éventail des disciplines, rapports science/technologie, histoire/technologie. La question n'est pas tant ici celle des réalités techniques elles-mêmes que celle des Ecarts qui séparent les faits techniques (et les paroles ponctuelles, indirectes qui les expriment) des entreprises de systématisation mentionnées plus haut.
    C'est le rapport du fait et du Droit qui est ainsi analysé, au sens philosophique de ces termes. C'est par ce biais qu'il faut également comprendre la technologie en Situation culturelle, selon les rapports épistémologiques de la technique à la Vie mais, plus encore, ses rapports symboliques à la Mort. A ce point l'enquête s'ouvre non plus sur notre passé mais sur notre avenir et les incertitudes qui le parsèment.

  • Bien que contemporaines - les dates d'exercice intellectuel de leur maître respectif, husserl et freud, sont à peu près identiques - la phénoménologie et la psychanalyse ne se sont guère rencontrées.
    Il y a certes quelques ponts éphémères, quelques velléités sans lendemain mais tout se passe comme si elles s'ignoraient, se " tournaient le dos ". pourquoi en est-il ainsi - et d'abord en est-il vraiment ainsi ? telle est évidemment la première question que veut poser ce colloque - sans prétendre la résoudre sans doute mais en ménageant à sa formulation le maximum d'ouvertures possibles.
    Or des dialogues, il y en a - même sournois ou sans espoir la philosophie, le théâtre de sartre ou de beckett pourraient en dire quelque chose.
    L'homme en attente, l'individu nauséeux ont puisé dans l'angoisse husserlo-heideggérienne et celle-ci, on le sait, remonte bien à son tour sans doute aux difficultés que l'homme-esprit éprouve à s'accepter comme corps. c'est ce que la philosophie nous enseigne, que l'on soit cartésien, mécaniste au sens du xviiie siècle, romantique ou même nietzschéen : mais ce sont la philosophie du xxe siècle et les sciences humaines de cette époque qui récupèrent, à leur dépit parfois, cette destinée d'une vérité physique appliquée à l'homme qui s'écroule et d'une humanité balbutiante qui ne parvient pas à parler.
    Au-delà des solutions esthétiques et hellénistiques que l'idéalisme s'est ménagées pour refuser de se voir malade, en deçà également des hésitations d'un mathématicien qui abandonne son art pour mieux comprendre sa vie, on distingue bien quelques velléités d'échange, en tout cas un pont élémentaire. husserl, freud et leurs écoles sont toujours à la pointe de l'actualité : la condition de l'homme moderne se nomme d'abord " angoisse " - les regards phénoménologique, médical, littéraire et autres pourraient-ils la conjurer ? c'est la seconde question et on ne peut sans doute que tracer quelques pistes pour la saisir un peu mieux.
    Lorsque deux colosses refusent ainsi de se voir, ce n'est pas par hasard - c'est qu'ils sont aveugles ou que le labyrinthe est trop vaste pour eux.
    Dans tous les cas, il nous appartient d'en tirer des conséquences pour nous-mêmes - et pour le monde. de retrouver dans ces démarches impitoyables une double image capable, par réaction ou différence, de nous rendre quelque rêve du retour aux " choses mêmes " : le sens de celles-ci que l'angoisse, le lapsus, l'autisme ont trop longtemps évacué.

  • Look inside the world of bees Nouv.

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  • La mesure

    Jean-Claude Beaune

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  • Parmi les machines que l'homme a créées pour son bonheur et pour sa ruine, il en est une qui possède une puissance propre : c'est l'horloge dont le vieux balancier n'en finit pas de battre comme un coeur, à son rythme, dans le souvenir d'une enfance perdue.
    Ce balancier scande l'éternité des mondes et des atomes, depuis l'éternel retour des Anciens jusqu'à la vertu des matières et des signes dégagée par la technologie moderne et contemporaine. Il amène alors la Raison à imposer à ses normes des mesures, des cadences et des obligations que l'industrie exploite et met en oeuvre. Il conduit ainsi l'homme pris à son rêve d'immortalité mais victime de l'utopie de la science, de l'art, du travail ou du profit, étranger parfois aux objets qu'il a lui-même fabriqués, à se doter de jeunesses artificielles, répétitives et qui ne lui laissent en fin de compte que le destin de sa mort inéluctable.
    Le balancier du temps et du monde est le point central où se rejoignent ces trois lignes de force issues de la matière, la machine et la mort qui constituent le cadre de notre condition arbitraire et nécessaire à la fois. On y discerne enfin l'ombre portée, la face cachée, le dernier sourire de l'automate.

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  • Ce volume réunit une vingtaine de textes qui mettent en évidence la richesse et la cohérence du cinéma d'Agnès Varda ainsi que ses prolongements. Ils saluent ce parcours unique, d'une liberté jamais démentie. Depuis 1954, avec près de quarante films, Agnès Varda manifeste une liberté créatrice témoignant d'une démarche toujours innovante, d'une volonté d'explorer le cinéma dans toute sa richesse et de lui donner un prolongement par ses récentes installations.

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  • Fidèle à son principal objet, ce livre est une (longue) errance, un vagabondage assez spécial, hasardeux et répétitif à la fois, qui ne se réclame d'aucune perspective systématique mais croise au contraire les regards, les disciplines : histoire, droit, sociologie, psychologie, biologie et médecine, technologie...
    Sans doute le vagabondage est-il un thème mythique, aussi ancien que l'Homme lui-même et qui trouve, dans notre histoire, de multiples expressions. Pourtant, malgré l'ambiguïté des valeurs que maintient en particulier la tradition franciscaine, il est une époque (1880-1910) où le vagabond devient, sur le fond d'une politique rigoureuse des populations ouvrières urbaines, un enjeu passionné. Il désigne la forme ultime d'un pathologique social qui gouverne d'autres catégories d'exclus (mendiants, clochards, prostituées, chômeurs, mauvais pauvres...) et dont on prévoit alors la suppression définitive : c'est, de fait, le premier " génocide scientifique " des temps modernes, dérisoire et banal peut-être mais qui prélude à d'autres, moins " bénins ".
    En même temps, le vagabond devient un objet privilégié de la médecine mentale en plein développement : Charcot crée pour le qualifier, en 1888, la notion d'Automate ambulatoire.
    On peut s'interroger alors sur la cohérence profonde de ce monde industriel puisque la même image, l'Automate, sert à désigner de manière " scientifique " à la fois le déchet humain, le résidu insupportable et l'idéal du nouvel " homme technique " vissé à sa fonction productive, assimilé à la Machine, normalisé dans son travail, sa vie et sa pensée.
    Au-delà de cette époque cruciale, l'ambivalence en question nous renvoie à des doctrines aussi fondamentales que le Mécanisme " cartésien " revu et corrigé dans le nouveau contexte, le Darwinisme (et ses applications sociales), également certaines conceptions de la dégénérescence, de l'hérédité qui n'ont pas dit aujourd'hui leur dernier mot.
    Finalement c'est la question philosophique de l'Individu qui peut sans doute servir de boussole dans ce voyage au bout de la nuit des vagabonds.
    La fin de l'individu qui se réfracte dans le miroir brisé du vagabondage (où tremble encore le souvenir rêvé de quelque enfance de l'humanité) s'inscrit dans une nouvelle logique : celle d'une nature devenue vraiment mauvaise ; celle surtout d'un nouveau personnage qui prend force dans l'histoire du XIXe siècle et n'a cessé depuis lors de hanter nos nuits comme un vieux fantôme vagabond : la Mort.

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