Jan T. Gross

  • Une historiographie radicalement nouvelle sur l'implication de la population civile polonaise dans l'Holocauste. La parution du livre a nourri une intense polémique aux Etats-Unis puis en Europe. Il est toujours censuré en Pologne.
    « Le massacre collectif des Juifs de Jedwabne dans le courant de l'été 1941 rouvre le dossier de l'historiographie des relations entre Polonais et Juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il faut mettre de côté les sédatifs administrés depuis plus de cinquante ans à ce propos par les historiens et les journalistes. Il est tout simplement inexact que les Juifs massacrés en Pologne au cours de la guerre l'aient été uniquement par les Allemands, à l'occasion assistés dans l'exécution de leur besogne macabre par des formations d'auxiliaires de police essentiellement composées de Lettons, d'Ukrainiens et autres « Kalmouks », pour ne dire mot des légendaires « boucs émissaires » que chacun fustigeait parce qu'il n'était pas facile d'assumer la responsabilité de ce qu'il avait fait - les szmalcowniks, les extorqueurs qui se firent une spécialité de faire chanter les Juifs essayant de vivre dans la clandestinité. En les désignant comme coupables, les historiens et autres ont trouvé commode de clore ce chapitre en expliquant que toute société a sa « lie », qu'il ne s'agissait que d'une poignée de « marginaux » et que, de toute manière, des cours clandestines s'occupèrent d'eux. [...] En vérité, il nous faut repenser l'histoire polonaise de la guerre et de l'après-guerre, mais aussi réévaluer certains thèmes interprétatifs largement acceptés comme explications des faits, attitudes et institutions de ces années-là. » - J. T. G

  • La Pologne de 1945 est sans doute la seule nation d'Europe où l'on dissimule le fait d'avoir sauvé des Juifs durant la guerre. Le pays a alors perdu 90 % des 3,5 millions de Juifs qui y vivaient. Malgré cela, les rares survivants sont accueillis avec animosité à leur retour des camps de concentration ou de leur exil forcé en URSS. L'antisémitisme est très virulent : plus de Juifs y sont tués après 1945 qu'avant 1939. Et le plus meurtrier des pogroms en temps de paix se déroule dans la ville de Kielce le 4 juillet 1946.
    Jan T. Gross tente de comprendre comment cela fut possible. Il reconstitue minutieusement le pogrom de Kielce, en s'appuyant sur des documents d'archives et des témoignages, et étudie les réactions des Polonais témoins du meurtre de leurs concitoyens juifs. Il dissèque les réactions, en particulier au sein de l'intelligentsia, que suscitèrent ces meurtres, ces lapidations publiques. Partant du postulat que l'antisémitisme persistant n'est pas la simple continuation des comportements d'avant-guerre, Gross analyse les positions de la résistance polonaise, de l'Église catholique et des forces liées au régime instauré en Pologne après le conflit. Il s'attaque notamment au mythe du « judéo-communisme » polonais, qui voudrait que les Juifs aient participé à l'instauration du nouveau régime. Ce dernier a au contraire achevé de vider la Pologne de ses derniers Juifs. Depuis plus d'un demi-siècle, la culpabilité et la honte ont entouré le sort des derniers survivants de la Shoah en Pologne. Avec passion mais lucidité, Jan T. Gross fait enfin la lumière sur ces événements.

  • L'idée de ce livre est née d'une photographie publiée pour la première fois le 8 janvier 2008 dans le plus grand quotidien polonais, la Gazeta Wyborcza. Ce cliché, montrant des paysans polonais munis de pelles, illustrait un article sur l'habitude prise après la guerre de fouiller les fosses communes sur le site du camp d'extermination de Treblinka. De longues années encore après la guerre, les glaneurs ou, comme on les appelait à l'époque, les " bêcheurs " passaient au crible les cendres et les restes des Juifs assassinés sur les camps d'extermination nazis de Pologne, à l'affût de bijoux et d'or dentaire. L'auteur analyse comment cette photographie devint une source de controverse : au lieu de parler du fond, on discrédita la forme en s'efforçant de montrer qu'il ne s'agissait ni du camp de Treblinka ni de bêcheurs, afin de faire oublier son unique sujet, la collusion de la population polonaise dans le pillage et la tuerie des Juifs à la périphérie de la Shoah. Or, la catastrophe des Juifs d'Europe bénéficia d'une forme d'assentiment des pays alliés du Reich ou conquis. Le pillage des biens juifs devint un phénomène européen courant et aucune couche sociale ne devait résister à la tentation. Moisson d'or ne soulève pas seulement un problème moral, il met en lumière, sans aucune complaisance, une face peu explorée du génocide : le profit de millions de familles d'Europe, essentiellement allemandes, tiré du pillage des biens juifs. Le génocide fut une entreprise lucrative, de l'appartement aux meubles, de la literie aux livres jusqu'aux ustensiles de cuisine, tout fut volé. Enfin, l'ouvrage met au premier plan les questions de mémoire. On ne peut plus cantonner la destruction des Juifs d'Europe à une clique de voyous. En Pologne, une majorité de la population, si elle n'a pas forcément prêté main forte au crime, s'en est réjouie et en a économiquement profité. De là les polémiques que ce livre a suscitées dans son pays. Exemplaire par sa méthodologie et la clarté de son écriture, Moisson d'or est un livre profond et salutaire qui dément l'idée trop répandue que tout a été dit.

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