Littérature générale

  • Rimmel

    Jacques Séréna

    • Minuit
    • 5 January 1998

    Il y en a un qui a aimé une, qui peut-être l'aime encore, ou le croit.
    Il y en a un autre, qui a eu l'occasion de la sauter, cette aimée, il ne sait plus trop, à force. il y en a une, vraisemblablement pas la même, mais qui veut bien aider à comprendre. et une qui attend. ailleurs. qui devrait être celle dont il est question.

  • Un type s'incruste chez une " great lady " pour se remettre en selle, et pouvoir s'en sortir avec son amie.
    Il sent qu'il a encore en lui des richesses, se donne à fond, il est subtil, audacieux, devient indispensable, mais, pour l'instant, il est le seul à l'avoir remarqué. dommage, dit son amie, on le sous-emploie, vraiment dommage, renchérit son amie, à qui il envoie des provisions, bien qu'un soir à montfort-sur-argens elle ait salement merdé et ne le reconnaîtra jamais.

  • Le spécialiste m'avait dit qu'après une telle opération, j'avais besoin d'un changement de vie radical. Quand je suis rentré à la villa pour l'annoncer à Anne, j'espérais un mot ou un geste, mais en vain. Je l'ai alors menacée de partir pour de bon. Et, finalement, pour la première fois depuis des mois, Anne m'a regardé vraiment. Elle m'a répondu que, oui, ça l'arrangeait que je parte.

  • La Velvette, oui, son nom m'est revenu, sauf que ce n'est pas un nom. Ici son nom tout le monde l'ignore, même moi, même elle, si ça se trouve.
    D'autres soirs elle a pu s'appeler Lou, ou Dany, ou Paffgen, des nuits entières. Elle a pu en faire, des trucs, tellement. Danser, même. Oui, danser, son corps a pu s'y prêter. Avec l'un, l'autre, tous. Toutes sortes de danses inventées, tout ce qui s'ensuit. Elle a dû pouvoir, alors. Mais là.

  • C'est un quartier délaissé, avec son tank de la dernière guerre fraîchement repeint, autour duquel on s'assoit. C'est là qu'on revient, toujours. Qu'on se retrouve. Qu'on se raconte.

    Il est là. Il y a cette fille chez qui il vit. Lui, il fait des vidéos. Il interroge des gens, va à leur rencontre.

    «Tu te rappelles tout ce qu'ils nous racontaient à nous, se disent entre eux certains, qui n'en disent pas plus, n'en savent sans doute pas plus, mais hochent la tête, assez longtemps, pour laisser croire. Tu te rappelles, on les laissait raconter pour s'amuser, ils rajoutent, au bout d'un moment. Et putain, on en croyait la moitié, ils rajoutent. Et silence. Et c'était déjà pas mal, bordel de Dieu, la moitié. Et silence. » Un texte sur l'envie de vivre, sur l'énergie fondamentale trop souvent perdue. Sur l'amour. Sur les rêves. Sur la libido.

  • "Elles, en premier toujours c'est elles, qu'on voit. Assises, avec leurs couvertures. Et qu'en voyant on se souvient d'avoir vues, dans les magazines, sur les écrans, ou même avant, courir dans les rues pour s'approvisionner en échappant aux balles. (extrait)"

  • Puis on m'a moins appelée. Tu sais ce que c'est, non. Non, bien sûr. Sans signes avant-coureurs. D'un coup, paf. Mes ailes sont tombées. Comme tombe une chaise. Je sais, ça ne tombe pas une chaise. C'est ce que je veux dire. Des troisièmes rôles, d'un coup. Des figurations, presque. La tenancière ronchon qui renseigne l'inspecteur. L'infirmière maternelle qui gronde le téméraire jeune homme. Rigole, vas-y, là tu peux. On croit à une mauvaise passe. Mais c'est autre chose. Je vais te dire. Mon quart d'heure est passé.

  • Quand on est enfin parvenu à vivre en sécurité avec ce qu'il y a de mieux comme femme qui, de surcroît, fait du poulpe en daube, on pourrait se contenter d'apprécier.
    Et oublier ces nuits ou l'on ne pouvait s'empêcher de partir en quête de ces filles au bout du rouleau, sous prétexte qu'elles rappelaient Sophie Roche, celle qui apparaissait souvent dans nos crises et qu'on avait même
    cru reconnaître, parfois, ici ou là.
    On aurait peut-être fini par aimer le poulpe en daube, s'y tenir, en véritable acrobate, si, un jour, une de ces filles n'était pas revenue frapper à notre porte.

  • Les fievreuses

    Jacques Séréna

    • Argol
    • 2 October 2005

    « On vit ce qu'on écrit et n'invente jamais rien ». Dans les romans de Jacques Serena, dans les squats et les appartements incertains, on croise les « fiévreuses », ces filles naufragées, à la maigreur dolente, aux émouvantes intimités, apaisantes et inconciliables. Les fiévreuses, on ose rarement. On espère. Quelques fois on les fait se mettre nues et les photographie. Les fiévreuses, c'est l'âpreté du vide, la fuite et la nostalgie du « doux chaos ». Les fiévreuses, c'est la tension du texte, le risque, la façon inquiète d'éprouver la littérature. Tellement de phrases et de souffle en déséquilibre chez Jacques Serena. « On écrit dans sa chute »

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