Jacques Follorou

  • L'espionnage a épousé la révolution numérique. C'est aujourd'hui une vérité communément admise. Les ingérences russes via Internet et les réseaux sociaux dans les campagnes présidentielles du monde entier, notamment aux États-Unis ; les recrutements massifs du renseignement chinois sur LinkedIn, les révélations d'Edward Snowden, l'ex-agent de la NSA américaine, sur la collecte massive de données dans le monde par son pays - les exemples font légion. Le renseignement technique a pris le pouvoir.
    Pourtant, le renseignement humain, à la John Le Carré, n'a pas disparu. Il occupe même encore une part importante de cette face cachée des relations internationales, secrètes et violentes. C'est la principale information fournie par cet ouvrage qui recense près de dix ans d'enquêtes exclusives sur l'espionnage dans le monde.
    Il montre comment l'Occident a baissé la garde face à l'espionnage russe redevenu très agressif, notamment en Europe. Il permet de plonger au coeur de cette guerre invisible, à Djibouti, à Bangkok, à Bruxelles, à Paris, à Genève ou aux Émirats arabes unis. Il rappelle que dans le monde du renseignement, il n'y pas d'amis, comme l'atteste l'attaque informatique américaine contre l'Élysée en 2012 ou les infiltrations du Mossad en France. Une vérité confirmée par l'un des personnages les plus importants du renseignement français des quinze dernières années.

  • Le 13 novembre 2015, dans la cellule de crise du ministère de l'Intérieur, place Beauvau, François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve sont livides. Sidérés, ils reçoivent le récit des événements en cours. Le massacre qui se déroule au coeur de la capitale dépasse leur entendement. Quelques minutes plus tard, le chef de l'Etat annonce dans une courte allocution qu'il place la France sous état d'urgence, un régime d'exception accordant au ministère de l'Intérieur des pouvoirs très larges, dérogatoires du droit commun.
    La stupeur émotionnelle a ouvert la porte à la gestion urgentiste de la peur. Et cette dernière a modifié en profondeur le fonctionnement de nos institutions, depuis la place du renseignement jusqu'à l'action même du Parlement, mettant à mal notre démocratie. Au fil d'une enquête passionnante dans les coulisses de l'Etat, Jacques Follorou, en s'appuyant sur des entretiens inédits, nous montre comment nos institutions démocratiques ont plié sous le pouvoir d'un exécutif toujours plus puissant.

  • L'Etat secret

    Jacques Follorou

    • Fayard
    • 10 October 2018

    À la fin du mois de mai 2017, alors qu'Emmanuel Macron succède à François Hollande, un quotidien américain révèle que la France aurait fourni au contre-terrorisme irakien une liste de vingt-sept noms de djihadistes français aux fins d'élimination.
    Cette affaire faisait écho à une autre, survenue en octobre 2015 :
    Celle de Salim Benghalem, un ressortissant visé, en Syrie, par des frappes ordonnées depuis Paris.
    En réalité, aucun cadre juridique n'autorisait l'État à cibler ces Français. Il l'a décidé en secret, considérant qu'il était seul à détenir la vérité en matière de sécurité. Sans s'encombrer de contre-pouvoirs, ni de débats.
    Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Services de renseignement, justice, Parlement... Sous le coup de l'émotion, et pour créer une illusion de protection, l'État a bouleversé l'équilibre de nos institutions. Il n'a cessé d'étendre son pouvoir au détriment de la démocratie.
    Au fi l d'une enquête glaçante dans les coulisses de l'État secret, Jacques Follorou raconte comment, en un tour de passe-passe, la démocratie a été mise à mal. Et comment cela n'a eu de cesse de nous affaiblir devant une menace terroriste toujours plus grande.

    Jacques Follorou est journaliste d'investigation au Monde. Il est notamment l'auteur de Démocratie sous contrôle : la victoire posthume d'Oussama Ben Laden (CNRS, 2014).

  • L'idée est de poursuivre un travail au long cours, débuté avec Les parrains corses (2003 puis 2009) et La guerre des parrains corses (2013), qui s'est imposé dans le paysage de l'investigation française comme une référence : la description d'une mafia corse.
    La guerre des parrains corses est paru en janvier 2013. Depuis, des épisodes sanglants et les redistributions des cartes ont continué de bouleverser le paysage mafieux insulaire. L'objet de cet ouvrage est d'actualiser le portrait de cette société criminelle en perpétuel mouvement. Il faudra, notamment, développer plusieurs événements ayant marqué les annales judiciaires entre 2013 et 2018 : la vendetta à l'ancienne d'un fils de baron de la pègre insulaire, Christophe Guazelli, en décembre 2017, à l'aéroport de Bastia ; le guet-apens mortel de Silvareccio, en juillet 2013, qui a stoppé en plein vol une équipe de jeune qui menaçait de prendre le contrôle sur la Plaine orientale et, enfin, la guerre pour le contrôle de la région ajaccienne entre la clan Orsoni et celui du Petit bar où se mêlent figures médiatiques, ex-nationalistes et voyous pur jus.

    La démarche qui n'est pas que descriptive. Il s'agit aussi de donner une forme à l'emprise de la mafia corse sur la collectivité insulaire et sur son économie, ainsi que de souligner son rayonnement international et l'incapacité d'un Etat à admettre qu'un bout du territoire national a été soustrait à son autorité. L'ambition est de renouveler le traitement du crime organisé en France et de produire une somme argumentée et sourcée, permettant d'inscrire dans le paysage français un phénomène nié par les autorités publiques, sous-traité par des médias et méconnu de l'opinion, l'existence d'un système véritable mafieux.

    Cette approche a une conséquence directe sur la construction de l'ouvrage. Les figures du crime corse, leur histoire, leurs affaires viennent, avant tout, illustrer le premier but de l'ouvrage : la photographie actuelle d'une démocratie affaiblie, menacée par ce pouvoir parallèle. Il faut donc aller au-delà de toute fascination ou toute terreur surjouée. Décrire ce phénomène implique de connaître de l'intérieur le fonctionnement des groupes criminels, d'être en mesure d'objectiver leurs liens avec leur environnement politique et économique et d'aborder leurs relations avec les nouvelles formes de criminalités.

  • Le 2 mai 2011, l'opinion occidentale a pu croire que la mort du chef d'Al-Qaida signifiait que le danger était écarté. Pourtant, au coeur de nos cités, de nos démocraties et de nos États, un mal sans visage, sournois et plus dévastateur poursuivait son oeuvre. De son vivant, Ben Laden se félicitait des effets de ce poison lent : ces démocraties qu'il connaissait bien allaient se renier et compromettre leurs propres valeurs.
    Recours à la torture, prisons secrètes de la CIA, frappes de drones, reniement du droit international en sont les pires exemples. L'antiterrorisme triomphant s'est imposé comme seule doctrine officielle en matière de sécurité en Occident. Mais cette obsession de la menace terroriste a constitué un formidable rideau de fumée pour que s'édifie, à l'abri des regards, de vastes complexes sécuritaires n'ayant que marginalement à voir avec la lutte contre les djihadistes : les États-Unis, mais aussi la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne ont dépensé des sommes colossales dans la construction de systèmes mondiaux de surveillance. La menace terroriste a été ainsi un formidable alibi pour édifier, à l'insu de tout débat démocratique, des machines sécuritaires d'autant plus vastes qu'elles ont épousé la révolution technologique en matière de communication et de surveillance. La vie de tout individu est aujourd'hui numérisée donnant à ces puissances technologiques d'État les moyens de tout savoir.
    Les enjeux industriels et financiers sont tels et l'idéologie sécuritaire s'est incrustée à un tel point dans les esprits que le pouvoir politique semble avoir renoncé à toute volonté de restaurer des espaces de liberté perdue...

  • Il existe une mafia en Corse.
    Au coeur de l'automne 2012, au pied des cercueils de l'ancien bâtonnier d'Ajaccio, Antoine Sollacaro, et du président de la chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, le gouvernement a promis que la puissance publique ne reculerait plus. La mafia corse s'est enracinée sur l'île au début des années 1980. Depuis, elle n'a cessé d'avancer grâce au blanchiment de l'argent sale, à ses réseaux dans l'économie et le monde politique. Stratège, violente et riche, elle a transformé la Corse en sanctuaire où elle règne, impunie.
    Depuis 2008, elle connaît une brutale mutation qui décime ses rangs. Cet ouvrage raconte pour la première fois le fonctionnement interne de cette mafia au moment où les cartes sont redistribuées à coups de calibre. Il décrit aussi la nature de son emprise sur la société corse, son économie et ses élus. Sur cette île, la population est si lasse qu'elle croit que la pègre est éternelle. Ici, les veuves des victimes baissent la tête devant les assassins.
    Prononcer le mot mafia ne suffit pas à la combattre.

    Création Studio Flammarion En couverture : Illustration originale Studio Flammarion d'après une photo © Simon Weller / Photonica / Getty Images Jacques Follorou


  • Etudie, à partir de documents d'archives et de témoignages, le système mafieux en Corse et ses relations avec le pouvoir politique et judiciaire. Retrace son histoire depuis les débuts de Paul Carbone à Marseille dans les années 1930, et compare la structure et l'organisation des mafias corse et sicilienne.


  • Le sujet est tabou. Il embarrasse les gouvernements, les élus, les magistrats et les policiers. Il terrorise des citoyens confrontés à une menace latente.


    Le milieu corse constitue, en effet, un pouvoir occulte et redouté. En Corse, où il fonctionne comme une véritable mafia. Sur le continent, où il domine le grand banditisme. Et à l?étranger, où il noea cessé de soeactiver.


    Retraçant loehistoire des « parrains corses » depuis plus de sept décennies, grâce à des archives inédites, des documents confidentiels et des centaines de témoignages, les auteurs de ce livre révèlent loeessor continu doeun système criminel plus puissant quoeil noey paraît.


    De 1930 à 1980, les parrains corses ont prospéré, entre Marseille et Paris, grâce à une solidarité clanique, des activités diversifiées, une violence rare, une implantation internationale et de solides appuis politiques. Les caïds corses ont dirigé la French Connection, filière française de loehéroïne, quoeil faudrait rebaptiser Corsican Connection. Ils ont été mêlés à la plupart des grands événements de loehistoire du pays, dans les coulisses de tous les pouvoirs, bénéficiant souvent de protections hors du commun.


    Au début des années 80, le milieu corse a connu un tournant historique en se repliant sur son île natale. Les parrains ont profité du paravent créé par loeactivisme des nationalistes. Aujourdoehui, ils contrôlent un territoire sur lequel ils imposent leur loi. Ils exercent une pression constante sur les élus locaux et gangrènent l?économie insulaire. Ils tiennent à distance loeappareil judiciaire et policier. Ils ont des amis haut placés...

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