Jacques Darras

  • «Écrire, pour Jacques Darras, c'est avant tout partir à la rencontre du monde. Communiquer, commercer - d'où l'importance pour lui de toute voie navigable - avec toutes les dimensions de ce qu'il appelle "le massif de réalité". Or, au départ, le poème n'est qu'assis simplement sur sa chaise. Une chaise picarde qu'on appelle là-bas "cadot". Mais très vite, attention! À la différence du petit écrit français qui se regarde bien calé sur son siège, avec Jacques Darras, "le poème se lève". Sort de la pièce. Prend l'air. Suit d'abord le cours d'une mince rivière. L'accompagne jusqu'à son embouchure. Navigue. Revient avec à son bord le plus grand de ces clercs irlandais venus ranimer par leur savoir l'époque endormie de Charles le Chauve. Se pose avec lui le temps d'une lumineuse célébration sur l'arx, c'est-à-dire la muraille, la citadelle, de la ville de Laon. Repart en sautant des frontières qui pour lui n'en sont pas, en direction de la Belgique. Chimay. Namur. Pour, face à la buissonnante splendeur des façades héritées de Charles Quint qui anime comme nulle autre part au monde, la Grand-Place (Grote Markt) de Bruxelles, proclamer, décidemment polémique, qu'il n'aime pas Louis XIV. Là, quand même, un moment, le poème s'arrête. Non pour souffler. Mais d'une traite s'abreuver à tous les mots, les moûts, colorés et mousseux de la bière. Déguster effrontément et dans tous ses sens, la moule. Ce qui ne l'empêchera pas de pointer son nez dans l'atelier de Rubens pour y surprendre ou plutôt inventer le dialogue du peintre avec Helena Fourment, sa femme, nue bien entendu, sous sa fourrure noire!» Georges Guillain.

  • « Brueghel le cosmique, le cyclique, prend ponctuellement sur lui de descendre au nom des valeurs chrétiennes dans l'arène de son temps pour protester et ouvrir l'homme à une perception plus exigeante de la vérité. Il met en garde contre la fatalité d'une militarisation de la religion. Donc contre la dénaturation de l'esprit religieux par la réalité militaire. Son avertissement vaut pour toutes les époques, la nôtre comprise. » (citation tirée de l'ouvrage) Le titre et le sous-titre de cet ouvrage pourraient laisser entendre qu'il s'agit d'un texte savant d'un historien de l'art, se livrant à une énième étude sur la peinture de Brueghel. C'est bien plutôt à une lecture poétique de l'univers du grand peintre que nous invite Jacques Darras, dans ce qui relève de l'essai et de l'exercice d'admiration. Il nous remet en tête les tableaux du peintre en suivant ses descriptions fines et ses remarques pertinentes sur la nouveauté et la modernité de Brueghel l'Ancien, qui a rompu avec les modèles existants et a inventé un langage pictural direct et simple d'accès. Ce qui fit le succès de son oeuvre.
    Portrait universel d'un peintre en son temps dans une époque en pleine mutation, portrait d'une "ville-monde" (Anvers) en construction au coeur de l'Europe, ce livre est aussi une réflexion de Jacques Darras (d'origine belge) et, sous des allures d'objectivité historique, une esquisse d'autoportrait.
    Il s'agit d'un texte inédit, longuement médité par un auteur dans sa maturité, sur un sujet qui est au croisement de la littérature et de l'art, un regard novateur sur un peintre très célèbre.
    Passionnant plaidoyer pour l'artiste flamand, ce livre s'intéresse aussi à la réception de l'oeuvre. Les « lecteurs » de Brueghel sont ainsi réunis dans l'ouvrage, d'Edwin Panofsky à Larry Silver, de Baudelaire à Verhaeren, d'Aldous Huxley à W. Carlos Williams (dont le dernier livre, Tableaux d'après Brueghel, 1962, est en partie reproduit dans le livre avec une traduction de Jacques Darras lui-même).

  • La Maye réfléchit

    Jacques Darras

    Qu'est-ce qui fait que les poe`tes sont si peu attentifs aux rivie`res ?

    Ce septie`me volume de La Maye s'ouvre aux fleuves et aux rivie`res, qui sont l'image du temps sur la terre. De la source a` l'embouchure se joue un drame semblable a` nos existences : nous naissons a` la source, passons entre les rives avec le courant, disparaissons dans l'insondable de la mer.

    Ce sont les fleuves du Nord qui sont nos guides dans ce volume, Rhin, Meuse, Escaut, Somme etc. parce qu'ils sont charge´s d'Histoire, qu'ils traversent les grandes cite´s urbaines de l'Europe avec une majeste´ et une lenteur ve´ritablement symphoniques. De Ge^nes a` Lie`ge, Bruxelles, Anvers et Amsterdam, notre re´flexion s'infle´chit dans leur compagnonnage en une suite de re´fle´chissements.

    Apre`s Van Eyck et les rivie`res, (Le Castor Astral, 2018) ce « roman/poe`me » constitue le tome VII du poe`me e´pique La Maye.

  • « Nous nous appellerions tous Laurence Sterne et nous serions des "Voyageurs sentimentaux". Amoureux de la route, ses détours et digressions, comme des rencontres qu'elle nous ménage. Mais, à la différence du célèbre romancier, nous irions jusqu'au bout de nos sentiments. Nous serions des poètes du roman. Nous voyagerions le long des rivières, des petites villes, des vallées secrètes, nous arrêtant pour humer le parfum des noms et des roseraies. Sentimentaux, mais ayant le sens des infimes continuités qui font la beauté de l'existence. Amoureux, mais désireux de suivre nos humeurs jusqu'au bout. Bref, hommes et femmes d'au-delà les cassures, les ruptures où se complurent les siècles précédents. Petits pèlerins attentifs d'Europe, adeptes de la navigation lente, "beatniks cartésiens", nous ne rêverions plus jamais à l'Amérique. Depuis l'extrême pointe atlantique de l'Irlande, à Dingle, jusqu'à l'estuaire de la Meuse et du Rhin, à Rotterdam, nous filerions telles des hirondelles de mer au ras des vagues. » Jacques Darras.

  • Comme Henri Meschonnic, Jacques Darras est poète et écrivain et poète.
    Il a publié de nombreux essais où sa vaste culture historique et géographique ainsi que son point de vue de spécialiste de la littérature américaine lui don- nent un regard particulier sur les problèmes politiques de l'Europe, de la France et de ses régions. On ne s'étonnera donc pas que sa réflexion qu'il livre ici, issue en partie d'une conférence donnée à la Maison de l'architecture en 2016, soit marquée, dans l'esprit de la collection « La faute à Voltaire », par une rigoureuse liberté de pensée et de parole.
    Deux formes d'urbanisme, souligne-t-il, sont nées au même endroit (en Picardie) et en même temps ( XIII e siècle) : la ville de marché et la ville de ca- thédrale. Et la ville de cathédrale, on ne le sait pas assez, est née en réaction contre le règne de l'argent qui gangrenait la première. À nouveau devenues de vastes centres commerciaux, nos villes sont à nouveau malades :
    « Voici que se projette à nouveau, sur les places publiques de l'Occident toutes livrées aux délices et aux affres du commerce et de l'économie, l'ombre des cathédrales anciennes ressuscitant sous la forme arrondie des mosquées. Une peur panique se lit sur les visages et dans les coeurs de l'Europe, qu'avaient intimement désertés les rites aussi bien que les paroles sacrées sous l'effet d'une accoutumance à un climat d'indifférence envers les choses religieuses, nommé laïcité.
    « D'une part la communauté urbaine nous a libérés des charges hiérar- chiques anciennes, politiques ou religieuses, d'autre part elle nous obère du poids aliénant de l'argent, usure ou mécénat publicitaire. Comment sortir de cette contradiction, par quelle dialectique de la place publique et de la cathé- drale, de l'individualisme nominal et de l'anonymat collectif, avancer ? »

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  • La fréquentation du Théâtre du Globe, cher à Shakespeare, tout comme plusieurs voyages effectués dans le Yorkshire ou aux Hébrides, ces îles écossaises du grand large, inspirent ces textes de méditation et de respiration maritime Comment lire Shakespeare aujourd'hui ? Confrontant deux versions des Sonnets, traduites par lui à des époques différentes, Jacques Darras invite simultanément les figures célèbres de Macbeth, Lear, Hamlet, Shylock etc. à se réincarner dans le monde contemporain.

    Ce troisième volume de La Maye propose au lecteur une navigation d'île en île, de poème en poème. Passer d'un poème à l'autre, peut se faire dans le désordre, au gré du vent des pages. C'est liberté totale pour le lecteur qui forge à sa guise sa propre continuité de lecture.

  • « Qu'est-ce qui nous fait tellement aimer une frontière ? » Ce livre s'intéresse à l'histoire, il a le souci de la géographie. Il circule à cheval dans le XVe siècle. Il franchit la frontière entre la France et la Suisse, voyageant de Dijon à Bruges, sur les routes de l'ancienne Bourgogne. Fil d'or unissant entre eux ces morceaux d'histoire dispersés, s'articulent les panneaux du célèbre Agneau mystique peint à Gand par Jan van Eyck. Dans les silences de l'Histoire, les lendemain de conflits, le peintre a laissé monter un hymne choral composé d'amour et d'admiration. À ces moments là, il est bon que le livre traverse en direction du poème. Après le Tome III L'Embouchure de la Maye dans les vagues de la Mer du Nord, (Le Castor Astral, 2017) ce « roman/poème » constitue le Tome IV du poème épique La Maye.

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  • Oui, nous sommes tous des romantiques allemands ! dans cet essai superbement écrit, jacques darras montre que l'on sous-estime la révolution romantique qui a eu lieu à iéna au milieu du dix-huitième siècle. cette révolution est l'héritière de la pensée de dante, c'est-à-dire de la lutte qui a opposé rome et luther mais aussi le pouvoir religieux et le pouvoir politique depuis le quatrocentto italien. de cette tension entre religieux et politique, et par-delà la révolution française, va naître le romantisme allemand, qui conditionne encore largement notre sensibilité, notre rapport à la langue, à la passion, à l'erreur, à la folie et à la raison. le poète walt whitmann, américain, auteur des célèbres leaves of grass, en est l'un des témoins de choix.


    Né en décembre 1939, ancien élève de l'ens, jacques darras a fondé en 1978 la revue in'hui, où il a principalement publié des poètes français (jacques roubaud, jacques deguy, etc.) et américains (ezra pound, william carlos wiliam, charles olson, etc.). poète lui-même, traducteur, il a publié plusieurs essais, dont le génie du nord (grasset, 1988) et co-dirige actuellement le mensuel de poésie aujourd'hui poème.


    Ce livre sort en même temps que la traduction complète des oeuvres de whitmann chez gallimard (collection poésie, dans la traduction de jacques darras).

  • "Je me suis entendu reprocher depuis quelques temps de m'adonner à des formes volumineusement longues (...) j'ai donc choisi une petite virée alexandrine pour faire redescendre le sonnet de ses cimaises." Petite somme sonnante de soixante-et-onze sonnets, ce livre est une promenade littéraire ludique, gourmande et parfois mélancolique avec Jacques Darras, grand voyageur de la culture européenne.

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  • "De la Moselle vigneronne au Neckar de Hölderlin, on monte à l'oblique vers la Prusse et la Baltique. À Berlin, on sonne hardiment au 125 Chausseestrasse pour dialoguer avec Bertolt Brecht qui y surplomba quotidiennement le cimetière où il est enterré, à côté de Hegel et de Fichte. Raidi par la surprise on rentre à Paris, plus que jamais ouverte aux gares et vents de l'univers - comprimé de nostalgie automnale à diluer dans un peu d'effervescence. On avale, on repart ! Direction l'ouest d'où l'on espérait qu'allait venir une seconde Libération. Ce n'est pas celle qu'on croyait. À Clères, falaise normande où veillent Braque, Roussel et Prévert, est appuyée la nouvelle échelle du vivant. Les animaux de la fable nous enseignent l'exacte altitude de nos verticalités. Où que nous allions désormais sur Terre un changement d'allure s'impose. Nous devons nous réadapter au pas long et ample de la fable - Märchen, marches taillées en hauteur pour le souffle. À Romme (Aravis) où nous posons notre provisoire capitale des cimes, la petite rivière Maye nous avait étonnamment précédés. C'est à suivre..." Jacques Darras.

  • Les îles gardent l'horizon

    Jacques Darras

    • Hermann
    • 21 September 2006


    sans prétendre à l'exhaustivité impassible, mais avec une précision et une clarté rares, jacques darras nous fait découvrir les contrées inconnues des littératures anglaises, écossaises, américaines.
    l'ouvrage se présente comme un parcours dont les guides sont des écrivains, surtout des poètes, parfois méconnus, que l'auteur choisit d'aborder comme des îles, des îlots. on en arpente les phrases, les vers et les textes à marches enthousiastes. ils ont pour nom bunting, hughes, heaney, larkin, jones, macdiarmid, maclean, pound, williams, olson, zukofsky, etc. cette diaspora poétique, patiemment réunie au fil des ans par l'auteur, dessine aujourd'hui les contours d'un monde neuf.
    une sorte d'atlantide émergée de la mer.
    un seuil entre l'amérique et l'europe. une extension soudaine de notre sensibilité.

  • Molière

    Jacques Darras

    • Plon
    • 1 March 1988
  • Le Nord n'est pas seulement une entité géographique ; c'est un pan majeur de la sensibilité et de la culture européennes. A lui seul, écrit Jacques Darras, le Nord peut empêcher la France de sombrer dans sa propre nuit. Ecoutez-le... "Je suis né dans la nuit de la Seconde Guerre mondiale. Enfant, j'ai joué dans la forêt où Von Braun pointait ses missiles sur Londres. J'ai été libéré par les Canadiens et les Polonais en 1944. Il m'aura fallu quarante années pour me réconcilier avec l'Allemagne. Quant à l'Angleterre, elle demeurera toujours pour moi le paradigme de la terre libre. Ayant vécu en spectateur la fin des utopies, la fin des guerres coloniales, la fin des idéologies de la reconstruction puis de la déconstruction, j'ai le sentiment que l'Europe du Nord est une richesse à réinventer. J'ai le sentiment qu'il faut que nous reprenions de la distance avec l'Histoire, renouions avec les voies inusitées, ressuscitions la Hanse des estuaires, remontions plus haut que les philosophies issues du nihilisme. L'Europe est une oeuvre de lumière et d'eau plus que de continent. De temps plus que d'espace. La pensée médiévale chrétienne est à nouveau la première inspiratrice."

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