Houria Abdelouahed

  • D'Agar, la mère des Arabes qui n'est présente dans le corpus arabo-musulman que comme figure d'esclave, à Khadija, l'épouse du prophète que les hagiographes ont dépouillée de toute sexualité ; d'Aïsha, décrite comme l'aimée de l'Aimé de Dieu mais qui se révèle une enfant violentée et un nourrisson savant, à Zaïnab, qui bouleversera le destin de la filiation en Islam et dont l'entrée dans le foyer du prophète sera marquée par la Révélation du verset sur le voile ; de l'inconsolable Hind, qui entaille avec cruauté le foie de l'oncle de Muhammad, à Fâtima, qui réclama l'héritage pour retrouver sa place de fille, elle qui était la mère de son père. Ces figures de femmes - maltraitée, mélancolique, cruelle, fatale - disent le lien complexe de l'Islam à l'inquiétante étrangeté du sexe féminin.
    Ces femmes et d'autres lèvent le voile sur les soubassements pulsionnels de la fondation islamique. Ce livre explore cette question, la façon dont elle se présente dans le Texte (le Coran) et dans les textes. C'est inviter à une plongée dans les profondeurs effrayantes de la culture et du Texte, au-delà du charme de la belle surface.

  • Khadîja, Sawda, Aïsha, Hafsa, Zaïnab fille de Khuzaïma, Hind, Zaïnab fille de Jahsh, Jowaïriya, Ramla, Saffiya, Maïmouna... Qui étaient les femmes de Mahomet, légitimes, concubines, enlevées, répudiées ou asservies ? Qui étaient ses filles ? Dans ce récit poétique et critique, mené comme un roman oriental, l'auteur raconte chacun de leurs destins. De la plus aimée à la plus calomniée, de la plus libre à la plus ignorée.

    Houria Abdelouahed est remontée aux sources historiques et religieuses de la tradition arabo-musulmane. Elle s'est confondue avec ces femmes, leur prêtant sa voix dans des monologues d'une grande force.

    Elle dresse un véritable réquisitoire contre le lien abusif entre les pratiques et croyances religieuses et la société civile. Bien entendu, elle s'attarde sur la condition féminine dans le monde musulman.

    « Où est la pensée sur la dignité humaine et où est la spiritualité dans l'idée d'une janna (paradis) qui commence ici-bas pour se prolonger dans des orgies de l'au-delà ? Orgies sempiternelles où la femme ne figure que comme possédée par l'homme.

    En fait, notre malheur a commencé bien avant Daech. »

  • « Dieu, le messager de Mahomet » : telle est l'inscription que porte le drapeau de Daech. De quoi Daech est-il le nom ? Le langage coranique semble ignorer le principe de non-contradiction. On peut le comparer au délire d'un schizophrène, ou au récit de rêve. La légende fait office d'histoire et la pensée est anesthésiée. Comment s'est déroulée la conquête du pouvoir musulman ? Comment a été gérée la mort de Mahomet et a dégénéré sa pensée dans les mains de ses héritiers ? Comment s'est constituée une biographie imaginaire du prophète ? Comment le statut des femmes s'est-il dégradé dans les pays arabes ? Comment se définit l'homme musulman qui semble destructuré par un clivage de personnalité ? Les auteurs tentent d'apporter, par de fines analyses historiques et exégèses des commentaires religieux, des réponses éclairantes et déterminantes à ces nombreuses questions, et de définir une autre conception de la mystique à travers la question du féminin et de l'amour.

  • "J'ai découvert que toute notre histoire était falsifiée, fabriquée de toutes pièces et que ceux qui avaient créé la civilisation arabe et sa grandeur furent bannis, condamnés, rejetés, emprisonnés, voire crucifiés. Il faut relire cette civilisation et la revoir autrement : avec un nouveau regard et avec une nouvelle humanité".
    Adonis.

    Nous connaissons tous la folie de certains dirigeants arabes, adeptes des massacres de leurs peuples, et leur haine des libertés publiques. Mais aujourd'hui, l'Etat islamique, prônant la charia, affiche une barbarie qui dépasse l'imagination. Sa vocation consisterait à nettoyer la terre d'islam de tout ce qui nuirait à sa pureté. Et au nom de cette pureté, les pires crimes sont commis : assassinats, viols, massacres des masses, pillages, ventes des femmes aux enchères, destructions des sites archéologiques et historiques...
    La condamnation de l'altérité va de pair avec la désolation et la ruine. "La ruine, écrit Adonis, est ce qui désigne l'état actuel du monde arabe, un monde où l'on politise la religion et on sacralise la politique." Il est de la plus grande importance de réfléchir aujourd'hui sur le sens de cette ruine. C'est en tant qu'intellectuel engagé et poète qu'Adonis reprend des thèmes qu'il a abordés dans ses poèmes : la religion, la radicalisation, les attentats, l'échec du printemps arabe, la femme et la féminité, l'engagement de l'intellectuel, la poésie en temps de détresse...
    Ce livre d'entretiens permet de pousser plus loin la réflexion, en plongeant avec audace et liberté dans les profondeurs infernales de la culture arabe.

  • Le psychologue clinicien rencontre un réel défi face aux patients touchés par l'exclusion et la précarité. Celles-ci touchent à plusieurs sphères : économique, politique, sociale, juridique et psychopathologique. Le travail dit «de terrain» montre que les exclus ne constituent pas une catégorie homogène. Si l'homogénéité est une fiction ou une généralisation réductrice des singularités, il n'en demeure pas moins que le discours normatif les inclut dans le fait même de les exclure. La fracture du lien social rappelle douloureusement la définition même de l'exclusion : «interdire l'accès en fermant pour ainsi dire; retrancher, renvoyer quelqu'un d'un corps, d'une assemblée, mettre hors, ôter l'accès, le droit de, empêcher» (Le Littré). Justement M. Foucault a pointé le fait que cette volonté d'empêcher l'accès à ..., de mettre hors de...- allait de pair avec « les dispositifs do normalisation ». Ceux-ci ont pour effet de marginaliser des parties de la société et de les précariser. A tel point que ces trois notions (exclusion, précarité, marginalisation) restent intimement liées. On porte de plus en plus de la fracture du lien, de la béance des dissociations et des fragmentations de la dynamique sociale, de l'adversité socio-économique qui accroît le malaise non seulement de l'individu mais des secteurs sociaux et sanitaires qui se trouvent menacés dans l'exercice de leurs missions de soins. Dans le champ de la clinique, on réfléchit sur le préjudice, le trauma et l'effet de l'exclusion sur la subjectivité du sujet, son narcissisme et son économie libidinale (sentiment de honte, solitude, perte de repères ... ). Ainsi, le clinicien exerce sur une ligne de crête, lorsque le malaise social rencontre les processus intégratifs du sujet, ou lorsque la précarité sociale achoppe sur des problématiques psychopathologiques telles que: traumatisme, expériences agonistiques, dépression, etc. On peut se demander comment le clinicien peut-il travailler convenablement lorsque le manque à avoir achoppe sur le manque à être, lorsque le désastre social confronte à la blessure narcissique, lorsque les failles subjectives butent sur l'auto-conservatif.

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