Heinz Wismann

  • « Tous les hommes vastes et profonds de ce siècle aspirèrent au fond, dans le secret travail de leur âme, à préparer cette synthèse nouvelle et voulurent incarner, par anticipation, l'Européen de l'avenir », écrit Nietzsche en 1885. C'est à cette tâche qu'Heinz Wismann s'est consacré en interrogeant les traditions intellectuelles qui, dans leurs différences et leurs contradictions, constituent la culture philosophique et scientifique contemporaine. Au centre de ses activités de passeur entre l'Allemagne et la France : l'analyse des mécanismes par lesquels une tradition se sédimente et tout à la fois innove. La conception des rapports entre les langues en est le terrain d'exercice privilégié, car ce qui se joue entre elles modifie leur structure syntaxique. En déployant son enquête à l'intérieur d'un triangle allemand-français-grec, il met en lumière différentes hypothèses de sens, chaque fois portées par une autre manière de parler. Ainsi découvrons-nous comment certains auteurs majeurs ont dit dans leur langue autre chose que ce qu'elle dit communément : ils inventent une langue dans leur langue. D'Homère à Benjamin, de Platon à Kant, de la philologie à la musique, de la langue au texte, c'est ce tissage de la pensée qu'Heinz Wismann évoque avec un savoir et un talent exceptionnels.

  • Tirés à part n. m.
    Extrait d'une revue ou d'un ouvrage relié à part en un petit livret. Destiné habituellement à faire connaître un article récemment publié, la collection détourne l'usage et la fonction du tiré à part pour inviter à la (re)découverte d'un texte. En lieu et place du traditionnel mot d'accompagnement de l'auteur, Pierre Judet de La Combe partage ici, dans une courte présentation, son expérience de lecture de : "Le métier de philologue" de Heinz Wismann.

  • Naguère souveraine, la science est aujourd'hui en question : cible de cri-tiques d'ordre philosophique ou politique, tenue pour responsable de maintes dérives du monde actuel, quand elle n'est pas victime de l'ignorance et du désintérêt.
    L'illusion même d'une science unitaire, omnisciente et transcendante, de la mathesis universalis chère à Leibniz, s'est dissipée, y compris à l'intérieur d'un champ de connaissances dont aucun spécialiste ne maîtrise la totalité. Signe des temps : le beau nom de " savant " - de qui goûte la saveur du savoir - a cédé la place au sec " scientifique ", élément anonyme d'un complexe réseau. Et pourtant, la science - l'univers de techniques innovantes, d'évaluations quantitatives, d'expertises aiguës qu'elle ne cesse de créer - reste, autant que l'antique fondement religieux, le socle idéal de nos sociétés, celui qui façonne nos modes de vie et nos schémas mentaux.
    Au point qu'une nouvelle métaphysique de la technoscience triomphante promet, tel le Pantagruélion rabelaisien, de tout expliquer et de tout résoudre ! Qu'est-ce que la science ? Que peut-elle ? Que vaut-elle ? Les questions de Kant restent celles que le public, spontanément, pose à une recherche aussi profondément engagée dans le devenir de nos sociétés. Comment en comprendre les origines et le développement, l'essence paradoxale, l'extrême complexité qui vire, désormais, à l'incommunicabilité et donne prise à la confusion ? Comment en apprécier les résultats tout en en mesurant les limites et les risques ? Comment éviter le relativisme désabusé ou le rejet pur et simple ? Comment sortir du flou, des approximations et des idées toutes faites ? Les réponses à ce faisceau de questions ne peuvent être que plurielles.
    Et ludiques : la réflexion est un jeu de miroirs où les divers points de vue se concentrent et s'éclairent, de prismes où ils se diffractent. Aussi deux chercheurs - un biologiste et un physicien - et deux philosophes se livrent-ils au libre jeu des échanges entre les perspectives qu'ils dessinent, et des rebonds sur les questions que leur posent les représentants, non spécialistes, de la société civile.
    Il en ressort toute une série d'aperçus concrets, aussi excitants pour l'esprit qu'essentiels à la compréhension de ce qui se joue : sur le boson de Higgs, les théories physiques et la prévision, par le calcul, de réalités à vérifier par l'expérimentation ; sur le traitement individuel de l'atome et l'engouement pour lus nanotechnologies ; sur le créationnisme niant l'évolution ; sur le transhumanisme promettant de remodeler l'homme...
    Illustrer ainsi la grandeur de l'esprit scientifique et la conscience honnête de ses limites comme de son essentiel inachèvement en est la meilleure défense : c'est, du même coup, l'appel à une authentique culture, ouverte à la complexité, soucieuse des implications, désireuse de " l'expansion des choses infinies ".

  • La critique a chez Benjamin une double dimension : celle de la reconstruction méthodique de l'objet signifiant et celle de l'instauration d'un écart qui, préparé déjà par la distance historique, fait éclater son unité de sens.
    Ce geste, qui se fonde sur la philosophie du langage du jeune Benjamin, renvoie également à la théorie de l'histoire de sa maturité. Mais c'est dans la réflexion sur le concept de critique d'art qu'il élabore le paradigme intellectuel qui, au sein même de l'oeuvre, prend appui sur la conception romantique d'une critique immanente à l'objet qu'elle achève. Loin des célébrations empathiques et des réactualisations superficielles qui ont souvent caractérisé la première réception française de Benjamin, l'objectif commun des textes ici rassemblés, est de réfléchir aux fondements théoriques du geste critique chez l'auteur, en revenant sur les sources littéraires et philosophiques de sa pensée.

  • L'enjeu de ce dialogue entre un spécialiste de la pensée antique, Heinz Wismann, et un théoricien de la physique moderne, Étienne Klein, est de retracer la longue histoire de l'idée de l'atome qui n'a cessé de hanter l'imagination des chercheurs.
    Il ressort de cette reconstruction des étapes successives de l'atomisme que, même si les moyens de vérification changent d'une époque à l'autre, c'est le génie créatif des savants qui, d'hypothèses en hypothèses, fait progresser les découvertes.
    Depuis Démocrite, qui au V e siècle avant notre ère pense au vide dynamique, à la théorie moderne de l'atome, ce sont des hypothèses spéculatives qui ont fait bouger les lignes ; pour progresser, la science a besoin de « penser ».
    Avec ces deux complices, il sera démontré de façon vivante et passionnante que la jonction se fait entre la science la plus avancée et la culture, que tout commence toujours par la pensée, la spéculation, c'est-à-dire quelque chose qui n'est pas encore schématisé.

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