P.o.l

  • Le verger

    Harry Mathews

    En 1978, Georges Perec publiait ses «Je me souviens», le principe en était le suivant : tenter de retrouver un souvenir presque oublié, banal, commun sinon à tous, du moins à beaucoup. C'est à partir de ce même principe de petits souvenirs arrachés au passé que fonctionne Le Verger. Principe appliqué cette fois à un seul sujet : Georges Perec. «Quelques semaines après la mort de Georges Perec, je repris pour mon compte et à son sujet la formule de son livre, non pas pour lui rendre hommage ni pour puiser dans le passé mais pour faire face, par l'écriture aussi, à l'accablement qui à ce moment-là assaillait beaucoup d'entre nous.»

  • La majorité des articles contenus dans ce fort recueil sont des commandes de journaux et de revues qui ont proposé à l'auteur de contribuer à leurs publications. Étant donné la diversité des publics (du Monde à The Revew of Contemporary Fiction, du Livre de Poche Classique à Lacanian Ink) et la longue période de temps couverte, cet ensemble ne prétend pas exposer une théorie unifiée de l'écriture, de la lecture ou de la langue, même si chacun de ces textes traite de ces sujets (de façon parfois plus autobiographique que critique, et si toujours avec sérieux, jamais sans humour). Mais les avoir ainsi rassemblés peut, comme le suggère Harry Mathews, en bon oulipien ? mais pas seulement ? amener à « une hypothèse de travail tacite : croire dans la pertinence durable de la vision moderniste de la littérature ». Ce que dit Harry Mathews, entre autres, c'est que la langue écrite est un système prédéterminé, autonome, dans lequel le sujet traité joue un rôle secondaire. Pour soutenir cette affirmation il cite un écrivain rarement associé à la modernité mais dont les mots sonnent particulièrement juste aujourd'hui encore, Robert Louis Stevenson : « Le roman, qui est une oeuvre d'art, existe non à travers ses ressemblances avec la vie, qui sont obligatoires et contingentes, comme une chaussure ne peut être qu'en cuir, mais à travers son incommensurable différence, élaborée et significative, à la fois méthode et sens de l'oeuvre. » À l'appui de cette thèse, l'évocation et l'analyse d'auteurs comme Lautréamont, Queneau, Perec, mais aussi Jane Austen, Edmund White, Kenneth Koch, etc.

  • Cigarettes ****

    Harry Mathews

    Cigarettes est une affaire de passions. S'y côtoient et s'entrecroisent les jalousies sexuelles, les déboires issus des chocs entre parents et enfants, les rivalités professionnelles, dans le monde des courses et dans celui de l'art, au début des années 60 à New York. Treize personnages, sept femmes et six hommes, animent le récit. Au centre, la mystérieuse Elizabeth qui aime les chevaux, le jeu, les bains de boue et dont le portrait devient le noeud d'intrigues multiples. Chacun des quinze chapitres dévoile un rapport intime ? de famille, d'amitié, d'amour, de sexe et souvent d'argent ? entre deux des personnages qui se déchirent et se réassemblent, impliquant le lecteur dans un jeu d'échecs plein de malentendus et de rebondissements, à la vie, à la maladie, à la mort.

  • Vingt lignes par jour, génie ou pas, Stendhal s'était lancé ce défi. Pendant un an et cent trente-deux jours, Harry Mathews a décidé de suivre son exemple : «Même pour un écrivain qui doute et se méfie, vingt lignes semblaient un objectif plutôt rassurant à atteindre, surtout si ces lignes n'avaient pas de rapport avec un projet "sérieux" comme un roman ou un essai.» Mais, même ainsi entreprises comme un simple exercice d'échauffement, ces vingt lignes quotidiennes deviennent l'occasion de réflexions sur les travaux et les jours, les amis, la famille, l'écriture et, peu à peu, mode d'emploi, journal, autobiographie. Tout au long de ces pages, très délibérément, mais tout aussi bien à son insu, Harry Mathews nous raconte et nous commente ce que sont le métier d'homme, et la vie d'écrivain.

  • Le jumeau solitaire

    Harry Mathews

    Un couple de formation très récente, Berenice et Andreas, il est éditeur, elle est psychologue compor- tementaliste et s'intéresse à de mystérieux jumeaux, John et Paul qui défraient la chronique de la petite ville côtière où ils vivent. En effet ces jumeaux à la ressemblance troublante font tout pour s'éviter. On ne les voit jamais ensemble et leurs comportements sont extrêmement différents. Par exemple, tandis que l'un est volu- bile, expansif, l'autre est taciturne et renfermé...À partir de là tout un réseau d'histoires et de personnages se met en place et épaissit le mystère des dits jumeaux jusqu'à ce qu'un drame éclate qui le résout.
    Comme toujours avec Harry Mathews, il y a cet incroyable plaisir de lecture qui tient à la fois à son humour, à son art de raconter des histoires, à cette écriture merveilleuse, toute d'acuité, si précise et en même temps si élégamment déliée - remarquablement traduite par Laurence Kiefé - mais aussi aux éton- nantes histoires qu'il raconte. Toujours intrigantes, toujours inattendues, originales. Et à travers lesquelles se manifestent son empathie, sa générosité, son goût des autres et pour les autres, les gens, ceux que ses personnages rencontrent dans des avions, ou ailleurs : « Les histoires, on en est fous, surtout les récits de vie, vous ne pouvez pas imaginer. » Il faudrait inventer une expression, une formule, pour tenter de définir ce qu'il y a de si magique chez Mathews. « Émouvante étrangeté », ou « excitante étrangeté », ou encore « empathique étrangeté », en références inversées au fameux unheimlich qu'en France on traduit par « inquiétante étrangeté ».
    On comprend petit à petit que ça va mal se terminer, on le suppose, on le ressent : l'intrication des histoires, les recoupements, les croisements si magnifiquement ménagés, montrent bien que quelque chose est en marche qui va être terrible, alors que l'amour, l'insouciance, l'amitié, la gaieté donnent encore apparemment le « la ». Et, de fait, inceste, parricide, on se retrouve brutalement en pleine tragédie grecque, même s'il y a distribution d'ice cream sur la crime scene...

  • Cuisine de pays

    Harry Mathews

    Cuisine de pays est un recueil de treize nouvelles, où les techniques ludiques de l'Oulipo jouent un grand rôle. L'humour et la gravité s'y disputent la prééminence. On y apprendra non seulement la recette de la succulente (?) farce double, mais encore les raisons de la supériorité généralement admise des violonistes russes, ou encore les étonnants procédés de traduction du Pagolak. On ressentira aussi, à la lecture de ces textes qui vont de l'érudition joueuse au désespoir tranquille, un très réel vertige.

  • Cette histoire rocambolesque a pour fil conducteur la recherche obsessionnelle d'ossements que mène un bourreau assoiffé de vengeance.
    Sa quête le mène des steppes sibériennes à l'Italie, de l'Afghanistan à la Savoie, des Indes à Tanger et de Venise à Sfax et lui fera rencontrer, entre autres, un cavalier hydropique, un marchand de vin de moutarde, des nageurs en grand deuil, des fourmis sacrées, un recenseur de rats, un comte qui est plutôt un laissé pour compte, des trafiquants de sirop, une rhabilleuse, une effeuilleuse, un marais peu bavard, et les cheveux de Cyd Charisse.
    On découvre dans ce livre un nombre relativement important de dentistes et autres médecins du passé et du présent, divers artistes, plusieurs peuplades aux moeurs stupéfiantes, et des péripéties époustouflantes qui tissent des labyrinthes réels et imaginaires où le lecteur fasciné se perdra pour son plus grand plaisir.

  • Le journaliste

    Harry Mathews

    Un homme qui vient de traverser une épreuve psychologique difficile (mais dont la nature ne nous est pas révélée) se voit conseiller par son médecin et sa femme de noter au jour le jour les événements de sa vie quotidienne. Bien qu'il ne soit pas porté vers l'écriture, le convalescent se met à tenir un journal. Comment ne rien laisser en dehors du journal sans pour autant cesser de regarder, d'écouter, de sentir, alors que les images, les sons et les sentiments viennent sans arrêt s'infiltrer dans la vie, jusque dans l'activité même de transcription de la vie, si obsessionnelle fût-elle? Peut-on écrire sa vie? Peut-on simplement la transcrire, ou la transcription de la vie ne prend-elle pas bientôt la place de la vie même? Le journaliste est un roman-plongée dans une activité en apparence très commune : qui n'a jamais eu au moins le désir de tenir un journal ou un carnet de bord? Qui n'a jamais voulu laisser au moins une trace écrite d'un événement important, d'une expérience inoubliable? Qui n'a pas enfoui un secret de son passé sous une croix en face d'un nom sur un agenda, sous des initiales dans un carnet d'adresses? Mais Harry Mathews, en nous faisant voyager avec un homme qui ressemble à beaucoup d'autres, un homme sans qualités particulières, un homme qui les vaut tous et que vaut n'importe qui, nous entraîne dans une spirale vertigineuse.

  • Le Pan-Nam (Indochine) et la Floride (Amérique) semblent n'avoir rien à partager. Peut-on même envisager un dialogue entre deux cultures à ce point divergentes? C'est pourtant cet impossible-là que vont tenter la belle Twang Panattapam et le tristement excentrique Zachary McCaltex. L'argent et l'amour leur fourniront toute une grammaire de mobiles qui leur permettra peut-être de se communiquer l'un l'autre sinon leur identité du moins leur désir d'échange. Mais leur seule volonté de rapprochement suffira-t-elle à combler le gouffre qui les sépare ou bien leur efforts conjugués n'auront-ils d'autre résultat, comme dirait Twang, que de «sepparé la plat net en d'eux»?

  • À cause d'une étonnante série de quiproquos et malentendus, il était largement admis, au début des années soixante-dix, que Harry Mathews était un agent de la CIA.
    Même ses amis furent saisis d'un doute que ne cessaient de renforcer les véhémentes dénégations de l'intéressé. De plus en plus frustré par sa propre incapacité à rétablir la vérité, Harry Mathews finit par se résigner à tenir le rôle qu'on lui attribuait mais, pour voir, pour s'amuser, par dandysme, il décida de le jouer à fond et en rajouta donc dans l'équivoque. Ma vie dans la CIA raconte la vie en France du prétendu espion Mathews, en 1973, année particulièrement agitée puisqu'elle connut la fin de la guerre au Vietnam, le Watergate, le putsch de Pinochet au Chili.
    Dans un tel contexte Harry Mathews va se trouver à son insu mêlé à un jeu dangereux, si dangereux que certaines agences décident qu'il serait tout à fait opportun de l'éliminer. Harry Mathews a fait de ces événements bizarres et ambigus un thriller où la frontière entre le réel et la fiction est implacablement brouillée.

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  • Harry Mathews a écrit dans le plus pur style oulipien ces soixante-trois plaisirs singuliers érotiques, poétiques et malicieux.

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  • Sainte catherine

    Harry Mathews

    • P.o.l
    • 7 June 2000

    En début de soirée l'air est secoué par un gong.
    On est peut-être encore dans l'eau, dans cette chaude soirée, ou, sortant de la douche, en train de secouer l'eau de ses oreilles. Et c'est le gong, votre sang ne fait qu'un tour quand on est secoué par ce tremblement monstrueux, qui n'est qu'un début, car plusieurs coups assénés à cet énorme gong font éclater de leur démesure le calme de la soirée.

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