Georges-Arthur Goldschmidt

  • Contraint de quitter son Allemagne natale pour échapper aux décimations nazies, Georges-Arthur Goldschmidt se réfugie dans un internat de Haute-Savoie. On l'y croit idiot, incapable d'apprendre le français, on le bat fréquemment. Pourtant, un jour, l'un de ses camarades s'exclame devant la neige : " Les premiers flocons ! ", et là, Georges-Arthur Goldschmidt s'aperçoit qu'il comprend déjà tout, et depuis longtemps. C'est le début de son amour pour une langue que cet enseignant émérite adoptera pour de bon en prenant la nationalité française.

  • Il s'agit dans ce petit livre de retracer la découverte de l'existence entre et par deux langues.
    L'allemand maternel bien-aimé, la langue des émerveillements et des étonnements premiers, fut aussi la langue interdite, la langue a jamais défigurée par l'horreur nazie, recouverte et sauvée par la langue d'accueil, ouverte et libératrice, le français. d'une langue à l'autre, les assises du soi se fondent et se constituent à travers les aventures littéraires, des contes de grimm et du struwwelpeter à pascal et la bruyère et d'eichendorff à kafka, c'est par les deux langues que passe l'édification de cette certitude vide et indémontrable qu'aucune langue n'épuise et qui survit à toutes.

  • « Jamais des régimes politiques meurtriers, tels le nazisme ou le stalinisme, ne s'en prirent autant aux langues qu'ils tentèrent de régimenter, de violer et d'annexer. Le cauchemar de la novlangue de George Orwell n'a pas par hasard été rêvé au XXe siècle. » Voici les mots de Georges-Arthur Goldschmidt dans ce livre qui offre une réflexion sur le langage tel que chacun le parle, une rare leçon de philosophie avec Descartes, Leibniz, Wittgenstein, de littérature en compagnie de Flaubert, Kafka, Mann, Handke.

    Un éloge de la traduction, à tous les sens du terme.

  • Pensionnaire chargé de soins domestiques dans une institution des montagnes de Haute-Savoie, soumis à des punitions archaïques, un adolescent orphelin et solitaire s'initie à l'étrangeté de vivre à travers les angoisses de la guerre, la découverte des paysages, les émois du corps, les rencontres et la littérature. De punition en punition, il finit par oublier son malheur en se délectant de ce qu'on lui inflige, et paye sa survie illégitime porter un nom juif, bien que protestant, dans un monde dominé par le nazisme par le contentement de vivre, comme en remerciement à ceux qui se sont risqués pour lui.
    Plus tard, il découvre Paris, retourne sur ses propres traces dans l'Allemagne sans lendemains de 1949, et s'émerveille de l'amour pour une femme.

  • Une réflexion sur l'identité juive et sur la relation à cette contrainte dans l'histoire, devenue identité de l'inidentifiable avec le temps.

  • De récents travaux ont éclairé sans équivoque aucune l'adhésion de Martin Heidegger au totalitarisme hitlérien. Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur de Kafka et de Nietzsche, reprend la question par un biais plus personnel, dans les pas de Victor Klemperer, l'auteur de la Lingua Tertii Imperrii (1947). "Gefolgschaft", "Einsatz", "Ereignis" : autant de termes appartenant à la fois au vocabulaire nazi et au système philosophique heideggerien.
    L'appropriation d'un tel langage n'a rien d'opportuniste ou d'occasionnel, mais marque un engagement profond. Cet ouvrage rare et décisif restitue au lecteur français le champ lexical allemand contemporain d'Heidegger. Il dévoile les implications politiques d'une terminologie qui, en passant dans la traduction d'une langue à l'autre, lui échappent souvent. Une telle contamination constitue symboliquement l'un des événements les plus importants du XXe siècle philosophique, dont on ne finira pas de mesurer la portée et les conséquences.

  • Ce qu'écrit Kafka est à ce point clair, d'une clarté si stupéfiante qu'on en reste littéralement bouche bée, cloué, désemparé, voué au mieux à la répétition du texte. Les récits de Kafka racontent des histoires à première vue invraisemblables - comment un pont pourrait-il s'accrocher des mains à un côté de la paroi et des pieds à l'autre, et se retourner pour voir qui arrive, comment un homme peut-il se muer en scarabée ? Rien de plus certain pourtant que ces invraisemblances, rien de plus saisissant que ces récits. Kafka touche en effet, à chaque fois, le centre exact de la cible, tout ce qu'il écrit atteint le lecteur très précisément là où il ne peut plus rien dire. On est concerné par Kafka parce qu'il arrive où chacun commence, au point muet où se fait la parole du lecteur. Ce que raconte Kafka porte sur ce lieu originel, informulable, du langage derrière quoi on ne peut se retourner. Ce qu'il écrit est si singulier que c'est d'emblée reconnaissable, sans référence à autre chose et, du coup, parfaitement universel.

  • Chaque langue a sa mémoire à elle qui établit son tracé à elle dans le champ du réel, tout différent de la langue voisine, en l'occurrence l'allemand. Or, dès ce moment, au début des années quarante du siècle dernier, on sait que cette langue est déjà irrémédiablement déformée par le jargon hitlérien qu'on a l'occasion d'entendre à la radio. Mais on garde aussi en soi la mémoire de la langue allemande de l'enfance, celle qui ne fut pas encore entamée par le nazisme, où la mémoire s'est faite et dont les paysages intérieurs se raccordent bientôt aux nouveaux paysages nés de la langue française. -Georges-Arthur Goldschmidt.

  • Un « appelé » français né allemand revit ses origines dans l'Allemagne de l'après-guerre, où il cherche une identité définitivement scindée. Conçu comme un testament, ce texte reprend tous les thèmes de l'oeuvre de Goldschmidt : l'exil, l'orphelinat, les premiers émois sexuels et, surtout, une vie partagée entre l'Allemagne où il n'a jamais vécu et la France, sa vraie patrie. Tous ces tiraillements, qui fondent la matière même de son écriture, s'ancrent dans l'expérience qu'il fit très jeune dans sa chair : avoir été juif sous le nazisme.

  • La vie et l'oeuvre de Georges-Arthur Goldschmidt sont un aller et retour permanent entre l'Allemagne où il naît en 1928 et la France où, devenu français, il s'est installé depuis la guerre. Mais aussi entre l'histoire et la langue de ces deux pays longtemps ennemis. Il écrit le plus souvent en français et traduit de l'allemand. Son oeuvre se partage entre des fictions ou récits, pour certains d'inspiration autobiographique, des essais littéraires, et des traductions devenues fameuses de Nietzsche ou de Peter Handke.

    Homme de revues, se jouant des frontières des disciplines, il a publié de nombreux articles dans La Quinzaine littéraire, Allemagnes d'aujourd'hui, L'écrit du temps, Europe, Critique, Romantisme, Che vuoi ?. C'est à la découverte de cette activité critique, nourrie par une exceptionnelle acuité et un revigorant nonconformisme intellectuel qu'invite cet ouvrage. Qu'il s'agisse de la langue d'Heidegger, imprégnée de l'idéologie nazie ou de l'oeuvre de Heine, des rapports auteurtraducteur, des difficultés de traduire Freud en français, de l'expression de l'espace dans la littérature, le même esprit libre et la même fraîcheur d'approche se montrent à l'oeuvre.

  • L'allemand-Français, juif-chrétien, héros lamentable de cette histoire, pervers léger, cervelle enfiévrée et ridicule, vit au frais de la princesse dans un orphelinat de banlieue.
    A vingt ans passés, " vierge mais non pas chaste, Jean-Jacques Rousseau à la manque, il ne rêve que d'être corrigé au fouet et d'accéder aux gloires archéologiques ou universitaires. Ce mélange de prétention et de naïveté, de vie et d'ingénuité le voue à toutes sortes d'aventures plus risibles et cocasses les unes que les autres. Bien malgré lui, le personnage adolescent de ce roman est l'incarnation de la contestation : il est à ce point dérisoire qu'il dégrade et compromet tout ce qui l'entoure.
    On éprouve en présence de cet indiscret encombrant une gêne profonde : il est l'inavouable, la honte secrète brandie à tous les vents et on sort de là avec l'envie de le prendre à bras-le-corps et de faire passer un mauvais quart d'heure à ce Don Quichotte à l'âme courte.

  • Voici encore le personnage d'un corps dérisoire minable et touchant, irritant et pitoyable, inadapté prétentieux, toujours coupable sans jamais être vraiment fautif.
    Livré à ses rêveries de soumission perverse et à leurs exécutants de rencontre, il est ici, tour à tour, réveillonneur, coureur à pied, roi aussi, conférencier et bien entendu archéologue. Bombardé professeur auxiliaire dans une petite ville du Centre, il tente de s'y faire accepter par ceux qui l'entourent, à la fois cruels et salaces. En contrepartie, il les gratifie de ses lumières sur l'art et leur fait une conférence, devenu champion d'une culture qui ne le lui rend guère.
    Son ridicule éclate à chaque pas, sa naïve fatuité n'est qu'un cache-vice, une transparente feuille de vigne dont ce solitaire tente de masquer d'inavouables pratiques. Mais tel est pris qui croyait prendre car le héros de cette histoire ne représente-t-il pas la part d'ombre que nous cachons tous ?

  • L'Esprit de retour s'inscrit dans le prolongement de La Traversée des fleuves (Seuil, 1999). On suit le parcours d'Arthur Kellerlicht, un jeune Allemand d'origine juive mais de confession protestante, orphelin, contraint de fuir l'Allemagne nazie. Réfugié dans un pensionnat en Haute-Savoie, il s'installe à Paris au lendemain de la Deuxième guerre mondiale pour y mener des études de lettres. Cette nouvelle éducation, tour à tour géographique, littéraire et artistique, va de pair, chez l'adolescent qu'il est alors, avec l'éveil de troubles érotiques liés aux châtiments corporels. Quelques années plus tard, Arthur revient en Allemagne à l'occasion de vacances scolaires. Il retrouve sa famille, la maison natale dans la région de Hambourg. Mais entre temps, il s'est ouvert à la langue et à culture française, et ce tournant, c'est aussi le tourment de se découvrir étranger à sa propre langue, à ses racines, au pays perdu des parents et de l'enfance. La question du masochisme et de la faute traverse ce roman initiatique, où l'inquiétude du héros rejoint la question plus profonde des rapports de L'Allemagne avec son propre passé.

  • La maîtrise de la dénégation de soi, il fallait la conquérir. Elle ne s'offre pas. Il faudra passer par ce que seules certaines grandes âmes réussissent: l'oubli de soi (afin de ne plus se considérer comme étant le souffre-douleur d'une société qui vous dénie, maltraite, martyrise, humilie). L'oubli de soi passe d'abord par le corps. Comment mieux s'oublier qu'en s'offrant à soi-même, en se donnant la volupté, en récupérant ainsi son corps, contre les autres qui voulaient en prendre possession par des coups, coups qui laissaient des traces.
    C'est ainsi que l'écrivain Georges-Arthur Goldschmidt a pris à bras le corps, contre lui, tout contre, son frère de souffrance, le héros Anton Reiser de Karl-Philipp Moritz, ceci pendant plusieurs mois, sans le lâcher, dans la découverte et l'exploration les plus totales.
    Né le 2 mai 1928 à Reinbek près de Hambourg en Allemagne, l'auteur est un écrivain français d'origine allemande. Ecrivain, essayiste, il a choisi le français comme langage d'expression et d'écriture. Il est traducteur entre autres de Nietzsche, Kafka, Peter Handke et est l'auteur notamment de Le Poing dans la bouche, 2004; Le Recours, 2005; Celui qu'on cherche habite juste à côté, 2007 aux éditions Verdier et de En présence du Dieu absent, Bayard, 2001. Quand Freud voit la mer, Buchet-Chastel, 2000. La Traversée des fleuves, Seuil, 1999. Molière ou la liberté mise à nu, Circé, 1997. La Matière de l'écriture, Circé, 1997.

  • La maîtrise de la dénégation de soi, il fallait la conquérir. Elle ne s'offre pas. Il faudra passer par ce que seules certaines grandes âmes réussissent : l'oubli de soi (afin de ne plus se considérer comme étant le souffre-douleur d'une société qui vous dénie, maltraite, martyrise, humilie). L'oubli de soi passe d'abord par le corps. Comment mieux s'oublier qu'en s'offrant à soi-même, en se donnant la volupté, en récupérant ainsi son corps, contre les autres qui voulaient en prendre possession par des coups, coups qui laissaient des traces.
    C'est ainsi que l'écrivain Georges-Arthur Goldschmidt a pris à bras-le-corps, contre lui, tout contre, son frère de souffrance, le héros Anton Reiser de Karl-Philipp Moritz, ceci pendant plusieurs mois, sans le lâcher, dans la découverte et l'exploration les plus totales.

  • Au départ, c'est l'Allemagne du XIXe siècle, celle des sapins de Noël et des contes de Grimm, et, plus récemment, celle des romans de Thomas Mann, mais déjà prise dans la gangue du crime et de l'horreur nazis. Puis, après un précaire intermède florentin, c'est la Haute-Savoie sous l'Occupation et un internat - lui aussi du siècle passé, où les châtiments corporels sont la règle - sous la menace constante des rafles d'enfants juifs.

    A l'arrivée, c'est Paris et un destin de Français normal : professeur, père et grand-père, qui écrit, comme tout le monde. Et qui traduit beaucoup, ce qui est plus rare.

    Cet itinéraire, celui de Georges-Arthur Goldschmidt, part d'une vieille famille libérale de la bourgeoisie juive, apparentée à celle du poète Heinrich Heine et étroitement mêlée à l'histoire de la ville de Hambourg, d'une enfance allemande donc. Il passe par une adolescence française et provinciale, plongée au coeur de l'aventure littéraire, de l'exaltation, de la honte des premiers émois, et aboutit à la famille et à la fonction publique dans l'enseignement laïque.

    «Devenu enfin adulte», comme il le dit lui-même, l'auteur, juif de souche, protestant de naissance, catholique par conversion, puis agnostique par conviction, voit se croiser en lui le monde perdu des grands bourgeois de Hambourg et le monde nouveau de Belleville. Des plaines de l'Elbe jusqu'aux collines de la Seine.

  • L'exilé est celui qu'un souverain ou un régime a expulsé de sa patrie sans espoir de retour, ou en le condamnant à l'incertitude du retour. La première émigration russe et l'exil allemand sous Hitler ont porté un coup fatal à l'autorité dont était investie, depuis l'Antiquité, cette figure malheureuse, mais prestigieuse, du conflit entre individu et pouvoir. Quant à la perte de la patrie, elle s'est à la fois élargie jusqu'à devenir une structure de la personnalité - l'« exil intérieur » - et, en sens inverse, affaiblie : de nouvelles formes d'expulsion et d'arrachement sont apparues (persécutions entraînant des demandes d'asile, déportations, génocides), qui rendent la crainte d'une mort inhumaine plus douloureuse que le regret de la patrie. Ce livre explore ces évolutions en partant de l'exil d'écrivains et d'artistes de nombreux pays, de Nabokov ou Brecht à Gao Xinjiang et Amin Maalouf. Sans que leur sort soit disjoint de celui de millions de gens ordinaires, leurs oeuvres esquissent, au-delà des idéologies progressistes ou restauratrices, un autre « paysage du possible ».

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