Frigo Alberto

  • Charité bien ordonnée commence par soi-même : le dicton est si commun qu'on a cessé de s'en étonner. Pourtant, il n'a rien d'anodin. Non seulement parce que la charité, selon saint Paul, ne cherche point son intérêt, mais aussi parce que les notions d'ordre et d'amour semblent mal s'accorder. Si l'amour de soi est premier, quels sont les autres amours qui devraient s'y ordonner ? Et surtout, comment définir le bon ordre ?
    Répondre à ces questions signifie retracer la fortune d'un thème augustinien, celui de l'ordre de la charité, du Moyen Âge à l'époque moderne. Les six études réunies ici proposent moins une histoire de ce thème qu'une analyse de ses métamorphoses les plus marquantes. Car l'idée d'ordo charitatis s'épanche comme une sève au cours des siècles et sous les plumes d'innombrables auteurs, qui s'en emparent et la refaçonnent.
    De saint Augustin à saint Bernard, saint Thomas et Dante ; de Montaigne et Thomas Browne à Descartes, Pascal et Goethe. Mais aussi des juristes médiévaux aux casuistes du xviie siècle et aux théoriciens de la raison d'État : l'ordo charitatis revient sans cesse, en se chargeant d'enjeux multiples et parfois contradictoires. De sorte qu'il faudra désormais y reconnaître une de ces cellules idéelles qui structurent en profondeur l'histoire de la culture européenne.

  • L'expérience peinture

    Alberto Frigo

    • Fage
    • 16 January 2020

    Quelles qualités doit avoir un tableau pour résister accroché pendant des années aux murs de nos maisons ? À quel titre dit-on d'une toile qu'elle est intéressante, même si elle ne nous donne rien d'intéressant à voir ? Y a-t-il un rapport entre le plaisir du peintre qui voit surgir l'oeuvre sous ses yeux et le plaisir du spectateur qui le contemple après-coup ?
    Pour répondre à ces trois questions peu traitées et pourtant essentielles, cet essai convoque les paroles des peintres (Titien, Vasari, Hogarth...), des philosophes (Aristote, Pascal, Descartes, Diderot, Benjamin) et des écrivains ( Wordsworth à Elizabeth Bishop et Thomas Bernhard).
    En ressort l'esquisse inédite d'une expérience peinture qui trouve dans le temps de voir, l'intérêt de voir et le plaisir de voir son triple horizon.

  • À la différence des moralistes, Pascal n'entend ni éradiquer l'amour, ni en décrire les effets. Mais il pose la question décisive : à quelle condition l'amour peut-il être juste? Un amour juste est un amour bien réglé, qu'il s'agisse d'aimer Dieu, le prochain ou moi-même - car la philosophie du Grand Siècle n'est pas une philosophie de l'oubli de soi. Et pour régler l'amour qu'on se doit à soi-même, il faut « s'imaginer un corps plein de membres pensants », et conformer l'amour de soi à l'amour du tout, le corps, pour chaque partie. La définition cartésienne de l'amour permet alors de penser l'exigence paulinienne, par où Pascal renouvelle profondément la tradition de l'ordo caritatis et du corps mystique, dont ce livre analyse les grandes mutations. Ainsi, pour spirituelle qu'elle soit, la doctrine pascalienne de l'amour n'obéit-elle pas moins à une requête philosophique : penser l'unité.

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