Fredric Jameson

  • "Brecht aurait été ravi, j'aime du moins à le penser, que l'on plaide en faveur non de sa grandeur ou de sa canonicité, ni même de quelque valeur nouvelle et insoupçonnée de sa postérité (sans parler de sa « postmodernité »), mais bien plutôt de son utilité - et ce non seulement dans un avenir hypothétique ou simplement possible, mais dès à présent, dans une situation d'après-guerre froide dominée par la rhétorique du marché, plus anti-communiste encore qu'au bon vieux temps." Selon Fredric Jameson, l'oeuvre aussi vaste que fragmentée de Brecht se trouve soutenue par une méthode. Perceptible partout, cette méthode ne se donne pourtant nulle part directement : c'est qu'elle ne se situe exactement ni dans une doctrine, ni dans un style, ni dans un art de la narration, mais à leur intersection même, se cristallisant dans une attitude - une forme de la ruse - que l'oeuvre de Brecht décline dans son théâtre aussi bien que dans ses essais théoriques, dans sa poésie et ses écrits politiques, dans sa pratique d'écriture et son sens du récit.
    Construit comme une enquête, Brecht et la Méthode est dès lors une tentative d'élucidation des mécanismes profonds de l'oeuvre du dramaturge et écrivain allemand. Jameson y reconsidère à neuf les outils canoniques de Brecht - distanciation, gestus, théâtre épique, dissonance - autant que son art de la contradiction, son rapport au modernisme, à la pédagogie et à l'idéologie.
    Après les commentaires de Walter Benjamin et les analyses de Roland Barthes, le livre de Jameson constitue une contribution majeure à l'analyse de l'oeuvre de Brecht.

  • Représenter le capital propose une relecture élégante et sophistiquée du Capital pour notre temps où les crises du capitalisme financiarisé se succèdent à des intervalles toujours plus courts. La dernière en date, dont les effets se font encore sentir, n'a pas seulement suscité un regain d'intérêt pour le chef-d'oeuvre de Marx ; comme chaque mutation majeure du système capitaliste, elle l'a aussi transformé, en mettant l'accent sur le crédit et sur l'impérialisme ou l'accumulation initiale. Cette conjoncture appelait une interprétation nouvelle.
    Comment penser le capitalisme en tant que totalité et substrat de notre existence ? Telle est la question que Marx se pose, inventant une interprétation mobile, dialectique, capable de reconstruire le développement du capital comme une série d'« énigmes » qui naissent les unes des autres. À commencer par celle-ci : comment se fait-il l'argent puisse engendrer de l'argent ? Cela nous amène à la naissance du capital proprement dit, mouvement par lequel l'argent se valorise lui-même. Le capitalisme n'est rien sans ce mouvement permanent, qui explique à la fois ses crises périodiques et sa résilience, puisqu'il résout ses contradictions en les projetant à un niveau spatio-temporel supérieur.
    Au terme de sa reconstruction des dilemmes et des paradoxes du capitalisme, Jameson avance une thèse apparemment scandaleuse : si l'intelligence politique de Marx est incontestable, Le Capital n'est pas un livre politique.
    C'est un ouvrage purement économique, qui démontre pourquoi le capitalisme produit nécessairement du chômage. Paradoxalement, c'est aussi cela qui fait sa force : il nous invite à nous situer du point de vue de la nature et de la structure du capital pour imaginer ce que pourrait être la vie dans un autre mode de production.

  • Ce texte capital du célèbre théoricien américain Fredric Jameson, professeur émérite de littérature comparée à Duke University, où il dirige le Centre de Théorie Critique, est pour la première fois traduit en français. Jameson y décrit le postmodernisme comme une étaoe du capitalisme tardif, "la logique culturelle" de ce dernier.
    Au-delà des enjeux économiques et de tout ce qu'englobe sa vision du postmodernisme, il se penche tout particulièrement sur l'art, l'architecture, la littérature, le cinéma et la vidéo.
    Ce livre démontre supérieurement l'acuité et la pénétration de ces analyses, son immense culture littéraire et philosophique, son aisance théorique sans égal. Il témoigne aussi de la vision résolument cosmopolite d'un grand penseur dans la tradition de Hegel et de Marx.
    Extrait de la préface d'Henry-Claude Cousseau

  • A travers l'analyse de 4 films - Le Jour de l'Éclipse du russe Alexandre Sokourov ; les films du réalisateur taïwanais Edward Yang ; Passion de Jean-Luc Godard ; Perfumed Nightmare du philippin Kidlat Tahimik -, Fredric Jameson développe l'hypothèse d'un inconscient géopolitique à l'ère de la globalisation.
    Comment représenter la complexité de notre système-monde ? Comment concevoir delà changer ? Dans cette perspective, les quatre films analysés ici sont envisagés comme autant d'exercices de cartographie. Jameson fait valoir que la nature « mêlée » de ces films définit profondément la condition historique et géopolitique avec laquelle ils négocient.

  • L'Inconscient politique. Le récit comme acte socialement symbolique, paru en 1981, peut être considéré comme le dernier monument de la théorie littéraire du XXe siècle. S'inspirant d'analyses marxistes, Fredric Jameson y explore la dimension narrative de la politique. De quelle manière, et pourquoi, la politique se fait-elle récit ? L'analyse littéraire de Jameson s'attache donc à restituer la nature cognitive et praxique des textes, montrant comment ce réel qu'ils appréhendent se dérobe sans cesse à eux.
    Jameson entend montrer comment les textes individuels projettent par eux-mêmes un collectif humain, c'est-à-dire font oeuvre d'une priorité du politique.
    Fredric Jameson est professeur à l'université de Duke en Caroline du Nord.
    Nicolas Vieillescazes est traducteur, spécialiste d'esthétique et de théorie critique.

  • Un événement éditorial : le marxiste américain le plus renommé, auteur d'un essai devenu classique sur le Postmodernisme, est enfin traduit en France. Plusieurs traductions simultanées ont en octobre permis à cet auteur d'arriver sur le devant de la scène en France, avec de longs articles élogieux dans la presse. Cet ouvrage majeur se situe à l'intersection de la philosophie et de la politique. Son originalité est de traiter un thème qui revient en force chez tous les partis de gauche, l'utopie, en prenant au sérieux les visions des grands auteurs de la science-fiction des dernières décennies. Ce volume 2 réunit des articles majeurs construits à partir des auteurs suivants : Brian Aldiss, Ursula Le Guin, Vonda McIntyre, Van Vogt, Philip K. Dick, Kim Stanley. Le cyberpunk y est analysé en rapport à la mondialisation, et un essai original sur l'utopie romanesque de Fourrier entame la réflexion.

  • Un événement éditorial : le marxiste américain le plus renommé, auteur d un essai devenu classique sur le Postmodernisme, est enfin traduit en France. Plusieurs traductions simultanées devraient permettre à cet auteur d arriver sur le devant de la scène en France, avec la même attente dont a bénéficié un Zlajov Zizek ces dernières années. Cet ouvrage majeur se situe à l intersection de la philosophie et de la politique. Son originalité est de traiter un thème qui revient en force chez tous les partis de gauche, l utopie, en prenant au sérieux les visions des grands auteurs de la science-fiction des dernières décennies : Philip K. Dick, Octavia Butler, Michael Swanwick, John Brunner, H.G. Wells, Ursula K. Le Guin ou Samuel R. Delany et William Gibson. Le livre jette un regard original sur les bases de la pensée utopique, de More à Marx, et sa force est d analyser les liens étranges entre l imagination et la politique. Sont éclairantes pour une pensée de l utopie la présence dans les romans de science-fiction de frontières nettes entre le bien et le mal, ainsi que le recours à une forme de magie et à la figure de l Autre (autre être vivant, autre monde).

  • Poursuivant son enquête critique sur la culture postmoderne, Fredric Jameson s'attache ici à montrer que le motif du complot est, dans l'imaginaire contemporain, un point de cristallisation des tensions paranoïaques qui agitent nos sociétés.
    A l'heure de la colonisation définitive de la vie sociale par la marchandise, l'impossibilité oú nous nous trouvons de nous représenter le " capitalisme-monde" trouve son expression dans la forme paranoïde du complot. les films de complot, oú le détective se trouve pris au piège d'une machination sans sujet dont les ramifications paraissent se perdre à l'infini, ou encore dans un complot si total qu'il semble n'avoir plus de référent (et d'ailleurs, y a-t-il effectivement complot ?), fonctionnent comme un analogon de notre cauchemar quotidien : ce système oú l'on n'arrive jamais à en finir de rien, comme disait Deleuze à propos des sociétés de contrôle. Riche analyse filmique et contribution originale à la théorie politique, cet essai porte la "méthode" jameson à son point d'intensité maximal.

  • Cette étude magistrale propose une interprétation « synoptique » de l'oeuvre de Raymond Chandler, en reconstruisant la situation littéraire et sociale dans laquelle elle s'inscrit et le monde ou la totalité qu'elle projette. Chandler, styliste et peintre de la vie américaine des années 1930, se fabrique une place unique dans la littérature, à cheval sur les pulps et la littérature moderniste. Los Angeles, cadre invariable de ses romans, constitue à la fois un « microcosme et une anticipation » de la vie du pays tout entier. Jameson livre une étude minutieuse de l'espace chandlérien, tout entier dominé par le vide, et de la structure particulière de L.A., univers fragmenté en une multitude d'univers privés qui ne sont rapprochés que par la trajectoire de l'enquêteur. Mais, à la grande exaspération de son lecteur, l'art de Chandler consiste à se détourner de l'histoire policière et à différer son dénouement par une accumulation d'intrigues secondaires en apparence gratuites. Intrigues principale et secondaires finissent toutefois par se confondre dans un motif omniprésent : la mort. C'est la mort, en effet, qui nous livre la clé de l'oeuvre de Chandler, et c'est en elle que va s'abolir l'ensemble du parcours qui a conduit à la résolution de l'énigme : « le présent se dissout au point de n'être plus guère qu'un instant poussiéreux, naguère vécu, qui ira bientôt rejoindre les cartons d'archives d'un journal ». Chandler fait du polar un roman de l'absurde.

  • Archéologies du futur ; le désir nommé utopie et autres sciences-fictions Nouv.

    Depuis la fin des années 1970, l'idée de totalitarisme a agi comme un interdit d'imaginer un avenir collectif désirable. Mais aujourd'hui, le capitalisme mondialisé touche à sa fin, discrédité par les crises environnementale, sociale et sanitaire. Le moment semble venu de faire un retour vers le futur. C'est ce que propose cet ouvrage, à partir de l'utopie et de la science-fiction.
    L'utopie est une forme littéraire, inventée par Thomas More en 1517, qui consiste à représenter une sorte d'enclave idéale, de monde séparé du monde. Mais il s'agit aussi, plus profondément, d'une aspiration au changement, d'un élan dont on retrouve la trace dans une multitude de textes ou de situations dépassant de loin le corpus des utopies positives.
    Fredric Jameson n'entend pas proposer une utopie nouvelle, mais relancer l'imagination utopique en éprouvant ses possibilités et ses limites. Si l'utopie rompt absolument avec le présent, si elle pose ce qui succède à cette rupture comme étant radicalement différent de ce que nous connaissons, la différence radicale devient impensable. Toutefois elle peut aussi - comme le fait la science-fiction - transformer le présent, faire de lui un passé et se présenter comme un message venu du futur. Elle nous arrache alors au désespoir d'une situation apparemment immuable et nous fait respirer un « air venu d'autres planètes », dont nous avons le plus grand besoin.

    awaiting publication
  • La récente crise financière n'a pas seulement suscité un regain d'intérêt pour Le Capital ; selon Fredric Jameson, elle a aussi, comme chaque mutation majeure du système capitaliste, transformé l'ouvrage de Marx, en mettant l'accent à la fois sur le système de crédit et sur l'impérialisme ou l'accumulation initiale. Par conséquent, une lecture nouvelle s'imposait.
    Comme son titre l'indique, Représenter le capital étudie le Livre I du Capital d'un point de vue philosophique ou représentationnel : comment envisager le capitalisme comme une totalité, comme une machine infernale constamment en mouvement, en expansion, et en même temps nécessairement en crise ? Marx invente une interprétation mobile, dialectique, capable de reconstruire le développement du capital comme une série d'« énigmes » qui naissent les unes des autres. À commencer par celle-ci : comment se fait-il que l'argent puisse engendrer de l'argent ? Cela nous amène à la naissance du capital proprement dit, en tant que mouvement de valorisation de l'argent par lui-même. Le capitalisme apparaît comme un système qui entre inévitablement en crise et résout ses contradictions en les projetant à un niveau spatio-temporel supérieur, processus dont la financiarisation et la globalisation ne sont que les plus récents exemples en date.
    Au terme de sa reconstruction des dilemmes et des paradoxes du capitalisme, Jameson avance une thèse que l'on pourra juger scandaleuse : si l'intelligence politique de Marx est incontestable, Le Capital n'est pas un livre politique. C'est un ouvrage purement économique, démontrant pourquoi le capitalisme produit nécessairement du chômage. Or c'est précisément ce qui fait sa force : il nous invite à nous situer du point de vue de la nature et de la structure du capital pour imaginer ce que pourrait être la vie dans un autre mode de production.
    Fredric Jameson, professeur de littérature comparée à l'université de Duke, est l'un des plus grands théoriciens marxistes contemporains. En 2008, il a reçu le prix Holberg pour l'ensemble de son oeuvre. Derniers ouvrages parus en français : L'Inconscient politique (Questions théoriques, 2012) et Raymond Chandler. Les détections de la totalité (Les Prairies ordinaires, 2014).

empty