Emmanuel Bellanger

  • Ivry-sur-Seine peut se prévaloir d'un héritage et d'une longévité politiques auxquels peu de villes de son importance et de son aura symbolique peuvent prétendre. Son histoire contemporaine fait écho à l'expérience du socialisme municipal et de la banlieue rouge, communiste et industrielle, qui, au cours du 20e siècle, marquent de leur empreinte le paysage de l'agglomération parisienne. Dès les années 1920, cette cité ouvrière s'érige en « fille aînée » du communisme urbain et en « capitale du communisme français ». Sous l'autorité tutélaire de Georges Marrane maire d'Ivry et de Maurice Thorez, député de la ville et secrétaire général du Parti communiste, la ville se présente pendant près d'un demi-siècle en modèle de sociabilité militante, d'opposition au régime capitaliste et de contestation de l'ordre établi. Elle devient aussi un lieu emblématique du déploiement du communisme municipal dont les réalisations sont citées en exemple en France mais aussi en URSS, le pays du « socialisme réel » et de la dictature du prolétariat, que la ville rouge aime à dépeindre sous les traits d'une terre radieuse.

    C'est cette expérience politique et historique de près d'un siècle que l'historien Emmanuel Bellanger, chercheur au CNRS, met en perspective en remontant aux sources du communisme ivryen, les années 1880-1890. Il décrit les tensions qui traversent l'époque, les renoncements et les violences qui la caractérisent, les compromis qui s'imposent à des acteurs politiques que tout oppose ainsi que les fiertés d'être banlieusard et d'appartenir à un territoire de conquête. Emmanuel Bellanger achève son récit sur la rupture fondamentale que constitue pour la banlieue rouge la désindustrialisation qui fragilise la société locale et accentue les divisions qui l'affectent. L'ouvrage est documenté par une centaine d'illustrations et se clôture par une anthologie commentée de textes d'archives couvrant les années 1990 aux années 2000.

  • La municipalité est en France une institution de proximité, de recours et de régulation. En banlieue parisienne, dans les quartiers populaires, elle assure - peut-être plus qu'ailleurs - une mission de protection et de cohésion sociale. Fin 2005, en période d'émeutes, les maires - personnalités politiques préférées des français - et leur personnel communal étaient en première ligne pour préserver l'intégrité des personnes et du bien commun. La république reconnaissante les accueillait à l'Elysée, les médias soulignaient leur implication et leur dévouement. Cependant, cette exposition du magistrat de banlieue n'est pas sans précédent. Elle s'inscrit dans une longue tradition qui place l'institution municipale au coeur du système d'administration et de gouvernance des territoires agglomérés. Dans ces zones densément peuplées, les acteurs municipaux incarnent toujours la figure sympathique de la " République au village ". Villes de banlieue raconte l'histoire des maires du Grand Paris, leur engagement eyt leur militance, leurs pratiques administratives et politiques, éclaire l'origine de l'intercommunalité et l'importance du cumul des mandats, montre le rôle des municipalités dans les politiques publiques de logement, d'assistance, de péréquation ou d'aménagement du territoire et restitue une histoire méconnue, celle des " communaux ", près d'un million et demi d'agents publics, et de leurs syndicats. Chemin faisant, l'ouvrage nuance une lecture trop tranchée des rapports de l'Etat et des collectivités locales jugées souvent " secondaires ", " infantilisés ", sous tutelle préfectorale, et montre l'antériorité du dynamisme des municipalités et de leurs représentants avant les lois de décentralisation de 1982 à 2003. Ce livre collectif participe en quelque sorte à une réévaluation du rôle des municipalités dans l'histoire de la France urbaine et de ses institutions locales.

  • Au tournant des XIXe et XXe siècles, la mort est devenue une affaire administrative, politique, financière et technique. L'activité funéraire donne lieu à un mouvement de professionnalisation, celle des croque-morts à l'évidence, mais également celle des élus locaux. Sous la République, c'est en effet au maire qu'incombe la responsabilité de veiller à l'application des politiques funéraires. De la Pompe au cimetière, en passant par les crématoriums et les chambres funéraires, le magistrat municipal est placé à l'avant-garde du respect de la décence publique et de la laïcité. Sous la pression démographique, il se convertit en un administrateur averti, garant de la cohésion sociale des petites patries communales. Dans la France urbaine, pouvoir inhumer ses morts devient une exigence absolue. La loi du 28 décembre 1904 sur le monopole communal du service public des pompes funèbres consacre la responsabilité des édiles dans la gestion de la mort. En banlieue, les élus se lancent dans une dynamique de mutualisation de leur prérogative pour mieux défendre leur intérêt face à l'entreprise la plus puissante du marché, les Pompes funèbres générales (PFG). Ils créent en 1905 le Syndicat intercommunal des pompes funèbres, le SIFUREP, une organisation fédérant aujourd'hui 72 communes et couvrant un territoire de 2,8 millions d'habitants. Ce livre donne à découvrir l'invention et l'institutionnalisation d'une politique publique méconnue. Il révèle une nébuleuse d'acteurs publics et privés disposés à s'entendre pour mieux administrer et satisfaire les besoins de leurs contemporains. Il croise l'histoire de ce syndicat avec l'histoire de la régie funéraire de la capitale, de ses nécropoles extra-muros et des cimetières intercommunaux suburbains. Il rassemble enfin des portraits, des témoignages et surtout une iconographie inédite représentant, sur plus d'un siècle, les obsèques de personnalités qui ont marqué l'histoire de l'agglomération parisienne.

  • Dans un contexte, le nôtre, où l'environnement est affecté par l'impact séculaire de l'urbanisation et de l'industrialisation, l'assainissement de l'agglomération parisienne constitue un sujet d'étude historique de circonstance. Au tournant des XIXe et XXe siècles, le réseau d'égouts et les champs d'épandage de la capitale, qui s'étendent sur plus de 5 000 hectares, se posent en modèle de la modernité urbaine. En banlieue, une autre réalité offre un spectacle de désolation. La Ville Lumière, étriquée depuis 1860 dans ses 105 kilomètres carrés, est accusée d'y avoir déversé ses immondices. Elle a fait fi de l'indignation des banlieusards sinistrés par la pollution. Elle les a mis devant le fait accompli jusqu'au moment où, enfin, à la veille de la Grande Guerre, elle a accepté de collaborer à l'assainissement de la banlieue. Les chantiers sont colossaux mais, sous l'autorité des ingénieurs des Ponts et Chaussées et des conseillers généraux du département de la Seine, bienfaiteur financier des cités suburbaines, le programme général d'assainissement est lancé au début des années 1930. Le recours à l'épuration biologique conforte les tenants d'une politique pensée dans les limites de l'agglomération parisienne, celles du " Plus Grand Paris ". La station d'épuration d'Achères, ouverte en 1940, se veut la clé de voûte gigantesque de cette opération de salubrité qui lie la ville de Paris aux départements et aux communes de la petite et de la grande couronnes. Les conflits Paris/banlieues ont été dépassés. Les politiques de compromis, dictées par la recherche d'une épuration optimale des eaux usées, inventent un cadre d'intervention inédit : l'interdépartementalité. La pollution se joue des limites administratives. Pour être efficient, le traitement des eaux impose un décloisonnement des frontières communales et départementales. Héritier de l'histoire du Grand Paris, supprimé en 1964, le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap) prolonge, dès sa création en 1970, les expériences passées de coopération Paris/banlieues. Son action contribue à la transformation du paysage de l'assainissement francilien qui connaît un âge d'or durant les années 1960-1980 avec la modernisation de la station d'Achères, la plus importante d'Europe, et la mise en service de nouveaux équipements à Noisy-le-Grand et Valenton. Par temps sec, l'essentiel de la production d'eaux usées de plus de huit millions d'habitants est désormais traité. Publié dans le cadre d'une convention de recherche signée entre le Siaap et l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ce livre met à jour la sédimentation institutionnelle des grands services publics de l'agglomération parisienne qui ont tracé la voie de l'interdépartementalité de l'assainissement. La gouvernance francilienne révèle une configuration complexe qui tient au statut politique de ce territoire. Cette gouvernance, partagée entre ingénieurs, corps préfectoral et élus parisiens et suburbains, a promu un système métropolitain d'assainissement plus intégré qu'on ne l'imagine. Son histoire éclaire d'un jour nouveau les forces et les défaillances de ce système qui cristallise les enjeux majeurs de cohésion sociale et de protection de l'environnement.

  • Façonné par l'Etat, les collectivités locales, l'industrialisation puis la tertiarisation, le « 93 » est l'un des épicentres des politiques publiques contemporaines, locales et nationales. Illustré de nombreux témoignages et d'une abondante iconographie, ce livre d'histoire et d'observation invite le lecteur à découvrir un département aux contrastes humains, urbains et culturels saisissants. Ni complaisant, ni défaitiste, ce livre offre des éléments d'analyse pour mieux comprendre des étapes et les logiques de formation de la banlieue Nord.

  • La Seine Saint-Denis est un territoire social et politique singulier, un territoire médiatisé et stigmatisé - le « 9.3 » - qui a connu aux cours des quatre dernières décennies de profondes mutations. La Seine-Saint-Denis reste emblématique des banlieues populaires, de leur histoire et de leurs transformations. Alors que certains observateurs défendent que les enjeux d'intégration et de cohésion, sociales et urbaines auraient quitté la banlieue pour se déplacer vers les grandes périphéries des métropoles, cet ouvrage a pour ambition de rappeler et de démontrer que les banlieues populaires ont constitué et constituent encore aujourd'hui un fait social majeur de notre époque.

  • Un livre sur l'histoire de l'électrification de l'agglomération parisienne (de 1880 à aujourd'hui) et l'accès de ses habitants aux réseaux d'information numériques à travers la création et le développement du SIPPEREC (Syndicat Intercommunal de la Périphérie de Paris pour l'Electricité et les Réseaux de Communication).
    Alors que les franciliens consomment de l'électricité et utilisent l'information provenant des réseaux de communication électronique, beaucoup d'entre eux ignorent tout de l'histoire qui a permis l'installation de ces infrastructures.
    Ce beau livre illustré (plus de cent photos) et très documenté remédie à ces manques. Il présente l'histoire du SIPPEREC de sa création à aujourd'hui en la replaçant dans un contexte plus général de l'union des communes de la banlieue parisienne jusqu'à l'ouverture de la concurrence, des télécommunications et de l'électricité.
    Pour chaque période, les auteurs se sont attachés à saisir les enjeux et les tournants qui ont marqué la vie du syndicat, de les resituer dans le contexte politique, économique, institutionnel de la région parisienne. Plus largement les auteurs inscrivent l'évolution du SIPPEREC dans les mutations actuelles : renouvellement des concessions, nouvelles approches du service public de l'électricité, ouverture à la concurrence, développement durable, énergies renouvelables...

  • L'ambition de cet ouvrage est de révéler l'histoire de ce territoire à la lumière de textes historiques qui ont scandé les grandes transformations de la France des villes, des agglomérations, des départements et des régions. Cette anthologie val-de-marnaise réunit 94 séquences chronologiques couvrant la période 1964 à 2014. Toutes témoignent des profondes mutations qui ont remodelé ce territoire composite. En lieu et place d'un récit historique linéaire, ce livre présente une succession de notices thématiques et de documents écrits et iconographiques - près de deux cents - qui sont présentés, contextualisés et analysés par 27 auteurs réunis autour de ce projet porté par les archives départementales du Val-de-Marne.
    Une majorité d'historiens, accompagnés par des sociologues, ethnologues, politistes, conservateurs et archivistes ont participé à la réalisation ce livre. En mettant en valeur des documents peu connus et en les reliant, il concilie analyse historique ou sociologique et présentation de sources et d'iconographies des plus variées. Dans cet ouvrage, se succèdent ou se répondent des témoignages d'habitants, de représentants politiques, de militants associatifs et syndicalistes, de commerçants, de chef d'entreprises, d'architectes urbanistes ou d'hommes et de femme de théâtre, de lettres, d'églises.
    Autant d'acteurs publics et privés, de premier plan ou en retrait de la scène départementale, qui ont fait le Val-de-Marne.

    Sur commande
  • Ce livre retrace l'histoire d'une cité modèle de la banlieue résidentielle et met en perspective les transformations d'un territoire de l'entre soi bourgeois, métamorphosé par l'urbanisation. Nogent-sur-Marne est en effet l'exemple d'une forme citadine typique des grandes agglomérations de la veille Europe, où les résidents ont veillé à préserver l'esprit originel de la villégiature. Dans le Grand Paris des années 1900, ou dans celui des années 2000, la ville incarne la vie résidentielle dans une métropole où s'enracinent les disparités sociales et les ségrégations territoriales. Mais Nogent, comme toutes les villes bourgeoises des bords de Marne, fut aussi l'eldorado des classes laborieuses porté à l'écran en 1929 par Marcel Carné. On l'oublie parfois mais cette ville a aussi été la cité d'accueil de populations venues d'ailleurs, à jamais attachées à la « Ritalie nogentaise » de François Cavanna.
    L'histoire de ce territoire révèle également l'ambivalence des relations qu'entretiennent les banlieues avec leur capitale. Lorsque la banlieue rouge entretient un rapport conflictuel avec sa puissante voisine ombrageuse, la ville de Nogent s'efforce de devenir un véritable « petit Paris », qui célèbre chaque année la fête du « Petit vin blanc » où se pressent toutes les vedettes du moment, de Line Renaud et Annie Cordy à Yvette Horner. Ce livre s'inscrit dans la tradition des monographies communales mais il dévoile aussi les contrastes et les dynamiques qui font et défont les mondes de la ville métropole.

    Sur commande
  • Toute la diversité et la richesse de la sociabilité militante et des réseaux électifs du PCF de sa fondation en 1920 à nos jours, à l'appui de nombreuses études de cas. Le « communisme municipal » s'incarne par exemple très différemment entre les régions rurales et la « banlieue rouge » parisienne. L'ouvrage interroge l'idée d'une spécificité de la gestion communiste locale et analyse le déclin et la résistance relative des municipalités communistes dans la période contemporaine.

empty