Perrin


  • fille du roi henri ii et de catherine de médicis, soeur de charles ix et d'henri iii, femme d'henri iv, le pedigree royal de marguerite de valois (1553-1615) est impressionnant.
    une telle parenté aurait pu étouffer la personnalité d'un être faible. la jeune marguerite, douée d'une grande intelligence politique, montre un appétit d'ogre pour les affaires de ce monde et s'impose comme femme politique, érudite, mécène, polémiste, féministe et enfin mémorialiste, dont l'oeuvre fut sans cesse rééditée. s'appuyant sur les écrits de marguerite et les études les plus neuves sur la saint-barthélemy ou l'accession au pouvoir d'henri iv, eliane viennot confronte dans cette biographie très moderne la grande reine oubliée par l'histoire à margot, son double imaginé par alexandre dumas et passé à la postérité sous les traits d'une princesse dévergondée.


  • Le deuxième volume de cette grande enquête au coeur de l'exception française commence avec l'arrivée au pouvoir d'Henri IV, premier roi à parvenir sur le trône au nom de la " loi salique ". Il se termine deux siècles plus tard, à la veille de la Révolution française. Croisant les différents domaines où se jouent les rapports de force entre hommes et femmes (politique, économie, droit, culture, religion...), Eliane Viennot met en lumière le double mouvement, très conflictuel, qui caractérise toute cette période : d'une part le début de la " longue marche " vers l'égalité ; d'autre part la nouvelle offensive qui se met en place pour bloquer cette perspective, au nom du respect prétendu de la " différence naturelle des sexes ". Que la querelle sur les femmes soit ancienne, nous le savions déjà. Qu'elle ait rebondi avec cette vigueur d'une génération à l'autre, de l'égalité des droits à la masculinisation de la langue française, en passant par l'accès au savoir et la capacité des femmes à gouverner, voilà qui n'avait encore jamais été montré.


  • jamais l'histoire de la loi salique - cette disposition française empêchant les femmes d'hériter et de transmettre la couronne - n'avait été faite ; celle des relations entre les hommes et les femmes du point de vue du pouvoir non plus.
    un manque, une absence qui se révèlent au grand jour alors que la france peine toujours à faire de la place aux femmes dans les positions décisionnelles. pourtant ce qu'on a pu qualifier d'exception française n'a pas toujours eu le visage qu'on lui connaît. reprenant l'histoire de france à ses origines (les francs saliens, clovis), eliane viennot a cherché à comprendre les raisons de cette exclusion consacrée avec l'arrivée au pouvoir des bourbons (henri iv), les premiers à devoir leur trône à la loi salique.
    le résultat est surprenant. mieux, il va à l'encontre des idées reçues. ce travail mené comme une enquête oú les bons et les méchants ne sont pas toujours ceux que l'on croit, oú les faux en écriture, mensonges et omissions abondent, met en lumière la remarquable mixité des pouvoirs pratiquée à certaines époques de l'ancien régime, avant que la loi salique ne constitue une étape centrale dans l'éviction des femmes des sphères du pouvoir.
    initié au xiiie siècle, ce processus ne se fit pas sans résistances. les acteurs et les actrices de ce long conflit méritaient à coup sûr cette étude passionnante, en attendant peut-être de trouver une place dans les manuels scolaires.

  • Poursuivant sa grande enquête au coeur de l'exception politique française, Eliane Viennot aborde ici, après L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle) et Les résistances de la société (XVIIe-XVIIIe siècle), la période cruciale qui va de la Révolution à l'Empire. Par l'étude de nombreux documents d'époque, elle montre que les femmes de ce temps, habitées par des modèles d'héroïnes que l'Ancien Régime n'avait cessé de célébrer, se sont investies dans la « régénération de la patrie » avec un enthousiasme identique à celui des hommes, qu'elles ont revendiqué haut et fort l'exercice des mêmes droits et qu'elles ont bien souvent réussi à convaincre leurs proches. Mais que les hommes au pouvoir, nourris de l'idéal rousseauiste de la « séparation des sphères » autant que d'Histoires de France vidées de toute référence faite aux femmes, n'ont eu de cesse de renforcer le « privilège masculin » - et cela quels que soient les désaccords existant entre eux.
    Mettant fin à des pouvoirs féminins séculaires, réservant la citoyenneté et les améliorations du système scolaire aux seuls hommes, ne pensant qu'à conforter leurs positions en légiférant sur le divorce et l'héritage égalitaire, travaillant à un Code civil garant des puissances paternelle et maritale, s'activant à faire taire les contestataires, ils ont jeté les bases d'un ordre masculin qui, sous couvert d'égalité, de liberté et de modernité, perdurera jusqu'à la fin du XXe siècle en essaimant dans une bonne partie du monde.

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