Belles Lettres

  • Le roman romain

    Donatien Grau

    Situé dans Rome, ville, par l'Antiquité, de l'histoire et non de la fiction, par le catholicisme, de la religion et non du roman, ce genre a été ouvert par Madame de Staël avec Corinne ou l'Italie (1807). Il compte parmi ses pratiquants des auteurs majeurs tels que George Sand, Alexandre Dumas, les Goncourt, Paul Bourget, Emile Zola, André Gide, Jules Romains, Marguerite Yourcenar, Paul Morand, Michel Butor, et d'autres encore à découvrir ici.
    Le roman romain s'établit comme un genre à part entière, s'opposant à la tradition moribonde, au début du XIXe siècle, du Voyage et de son récit, et prenant en compte la modernisation de Rome, qui passe d'à peine cent mille habitants au début du XIXe siècle, à deux cent mille en 1870, un million sous le fascisme, et deux millions dans les années 1960. La prise en compte romanesque de la Ville est comme une manière de se confronter à la modernité.
    Il ressort de cet ouvrage la façon dont la littérature française s'est saisie de Rome par le roman afin de se confronter à ses propres interrogations, par le biais du rapport historique à une ville qui est aussi un modèle de civilisation. Rome est alors à la fois la cité antique, qui fait rêver les écrivains, le coeur battant d'un catholicisme en question, et la capitale d'un nouvel état, l'Italie ; c'est aussi la seule ville jumelée avec Paris. Le roman romain permet d'élucider une interrogation de la modernité, de ses valeurs et de sa politique, au coeur de la littérature.

  • À l'automne 2014, le grand artiste californien Paul McCarthy réalisa une exposition majeure à Paris. Cette exposition s'articula autour d'un projet réalisé à la Monnaie de Paris, The Chocolate Factory (« l'usine de chocolat »), et d'une oeuvre monumentale qui fut montée sur la place Vendôme R Tree. Quelques jours après, l'oeuvre fut intentionnellement dégonflée, et l'artiste agressé. Cette oeuvre devint alors l'une des plus célèbres du monde, car elle interrogeait notre rapport à l'espace public. On la vit sur toutes les chaînes de télévisions, dans tous les journaux, de la presse française au New York Times.
    L'oeuvre de Paul McCarthy dans son ensemble n'a jamais cessé de mettre en question nos conventions, et de soulever les problèmes essentiels de notre vie : notre liberté, la relation que nous avons à notre corps, à la société de consommation, au pouvoir. L'artiste, s'il est capable d'une intervention musclée dans l'espace public, comme il le fit sur la place Vendôme, fut aussi, pendant vingt ans, professeur à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), où il introduisit la théorie critique.
    Il avait ainsi invité l'universitaire Donatien Grau à ouvrir, en dialogue avec lui, son exposition en forum, pour permettre à des voix puissantes et singulières, de venir s'y exprimer, en consonance avec les préoccupations qui sont les siennes. Pendant près de quatre mois, d'octobre 2014 à janvier 2015, on y parla des criminels, de l'avant-garde, de la subversion, de la fabrication du chocolat, de numismatique antique, de Donatello et de Ghiberti, d'histoire de l'art américain, du statut métaphysique des choses, du rapport entre roman et philosophie, de l'origine de nos sensations, et on y débattit de l'importance d'une oeuvre qui avait, comme rarement, touché l'espace public. Y vinrent s'exprimer certaines des plus éminente figures dans des domaines qui allaient du journalisme indépendant à la pensée, voire la chocolaterie.
    Ce sont ces interventions qui sont ici données à lire. On y découvre, d'un entretien à un autre, les enjeux de l'art dans nos vies, et de cette intervention artistique qui représenta un véritable événement dans la vie publique. On y sent, comme le souligne dans sa préface Fleur Pellerin, qui fut ministre de la Culture quand l'exposition eut lieu, l'extraordinaire vitalité de la vie intellectuelle française : il est donné au lecteur de découvrir, en quelques dizaines de pages, la recherche en train de se faire en philosophie, en politique, en littérature, du fait de l'invitation d'un artiste. Ce qui en ressort est à la fois la résultante d'un grand moment dans l'histoire contemporaine de l'art, le portrait multiple d'une oeuvre forte, et une entrée privilégiée dans certaines des propositions les plus remarquables exprimées aujourd'hui dans le champ de la pensée.

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