Dominique Casajus

  • Cet ouvrage retrace l'histoire des alphabets touaregs, dont certains sont encore en usage aujourd'hui. Utilisés pour tracer des inscriptions sur la roche ou sur certains objets et écrire de petits messages à des proches, ces alphabets - presque exclusivement consonantiques - dérivent d'alphabets beaucoup plus anciens, que les spécialistes appellent « libyques » ou « libyco-berbères ». Parfois associées à des inscriptions puniques ou latines, on trouve ces épigraphes dans tout le Maghreb actuel, de la Libye jusqu'au Maroc et même jusqu'aux îles Canaries. L'histoire des alphabets touaregs est en grande partie obscure, mais il est permis de faire à son sujet quelques hypothèses. Entre autres qu'ils ont sans doute disparu de l'Afrique du Nord au moment des invasions arabes, pour ne subsister qu'au Sahara. Depuis quelques décennies, des intellectuels berbères - Touaregs, Kabyles ou Marocains - ont entrepris de moderniser ces alphabets en y adjoignant des voyelles, ce qui aboutit à des formes d'écritures très différentes de celles du passé.

  • Homère a-t-il existé ? Les hellénistes ne se posent plus guère la question. Mais la question de savoir comment l'Iliade et l'Odyssée ont été composées reste d'actualité. Car le texte homérique, avec ses scansions, ses fulgurances, sa puissance d'évocation, porte trace d'une tradition orale perpétuée par les chanteurs, les scribes, les aèdes. D'où l'intérêt de mettre les épopées homériques en regard avec d'autres poésies orales, comme s'y emploie Dominique Casajus dans cet essai majeur. Chants touaregs, poésie arabe archaïque, bardes serbo-croates, troubadours et ménestrels : autant de complaintes récitées ou chantées, autant de " situation d'oralité ", diffusés par des interprètes itinérants. Le narrateur éploré, l'amant délaissé qu'ils mettent en scène n'est jamais qu'une transposition poétique de la solitude dans laquelle ils oeuvraient en tant que poètes.

  • Les Touaregs vivent dans le Sahel et le Sahara méridional, répartis entre plusieurs groupements qui furent jusqu'au début de ce siècle des unités politiques indépendantes. Par-delà les frontières nationales qui les séparent aujourd'hui, la langue qu'ils partagent leur donne le sentiment de former une communauté. Mais, autant que la langue elle-même, ce qui les rassemble, eux qui se désignent comme les " gens de la parole ", c'est le souci du bien-parler. Dans ce livre magnifique, Dominique Casajus s'efforce de révéler les mystères et de restituer toute la subtilité de cette parole " pénombreuse ", qui accorde une place singulière au silence et au non-dit. Partant à la rencontre des hommes voilés, il évoque ces paroles échangées à l'ombre des tentes et notamment la forme de parole la plus précieuse, la poésie, élégiaque ou guerrière. De l'exploration de ces faits langagiers, prosaïques ou poétiques, l'image d'une société bruissante de mots échangés se dégage peu à peu, dans laquelle certains ont plus que d'autres droit à la parole et où ceux qu'opposaient la guerre s'adressaient jadis des poèmes tandis qu'ils croisaient le fer. Mais Dominique Casajus n'oublie pas l'autre langue, celle du Coran. Car, si la langue des Touaregs les installe dans leur spécificité et les oppose à tous les autres hommes, l'adhésion à la religion du Livre les fait membres de la communauté des Croyants et les installe dans l'universel.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2000.)

  • Un essai biographique majeur sur la vie au désert de " l'apôtre des Touaregs " Saint-Cyrien, trappiste, explorateur, ermite espion, séide du colonialisme français ? Qui est Charles de Foucauld ?
    C'est sur son expérience extrême, son existence d'ermite, à Béni-Abbès, une oasis au sud de l'Oranie dans le Sahara occidental, de 1901 à 1916, que se concentre cet ouvrage. Comment vivait-il ? Quel rapport entretenait-il avec les voisins autochtones, avec les militaires français? Quelle valeur doit-on accorder à ses recherches sur la langue des Touaregs ? Quelle place laissaient ces travaux aux pratiques religieuses ?
    Seul un spécialiste de la civilisation touarègue pouvait ainsi renouveler notre vision de l' " ami de Jésus " dans son ultime cadre de vie. Un portrait allant à l'encontre des clichés et de la littérature sulpicienne.
    Dominique Casajus est directeur de recherche au CNRS. Il est reconnu internationalement pour ses travaux sur les Touaregs, au sein du Centre d'études des mondes africains.

    La découverte renouvelée d'un grand mystique béatifié en 2005 par Benoît XVI.

  • Le hasard mode d'emploi : divination, arithmétique et machines littéraires Nouv.

    Voyage dans le temps et dans l'espace, ce livre nous invite à explorer des activités de l'esprit à première vue sans rapport les unes avec les autres, mais entre lesquelles des auteurs comme Leibniz, Simone Weil ou Italo Calvino ont repéré des similitudes.
    Dominique Casajus ira de l'une à l'autre de ces activités, montrant au lecteur qu'elles peuvent être parentes : la divination (ou du moins certains procédés géomantiques utilisant des opérations arithmétiques, tels les géomancies chinoise, arabe et touarègue) ; certains jeux (les échecs, le go, la version touarègue d'un jeu africain nommé awélé) ; les mathématiques ; l'écriture littéraire (notamment celle de Calvino, de membres de l'Oulipo, de poètes allemands de la période baroque).

    awaiting publication

  • Henri Duveyrier, l'explorateur du Sahara, aura été pour l'essentiel l'homme de deux livres étrangement antinomiques, l'idyllique relation d'une rencontre et, vingt ans plus tard, la transcription d'un cauchemar.
    Duveyrier avait vingt-quatre ans lorsqu'il publia, en 1864, Les Touareg du Nord, livre écrit au retour d'un voyage de trois ans dans le désert. Grandi dans le sérail saint-simonien, il avait rompu avec ses aînés sans renier leurs idéaux de fraternité universelle. Mais, la conquête coloniale étant en plein essor, l'heure ne resta pas longtemps à la fraternité. Vingt ans après, ne soupçonnant pas combien les Touaregs s'effrayaient de l'expansion française au Sahara, Duveyrier ne comprit pas pourquoi des hommes qui lui avaient fait si bon accueil lors de son premier séjour se montraient hostiles aux voyageurs qui se risquaient dans le désert.
    Et il pensa en avoir trouvé la raison : pas de doute, ils étaient travaillés par la propagande des Senoussistes, membres d'une confrérie musulmane à laquelle il prêtait une puissance et une malveillance infinies. Il avait consacré à la confrérie quelques pages inquiètes dans Les Touareg du Nord, mais, en 1884, il fut beaucoup plus péremptoire dans un écrit halluciné : La Confrérie musulmane de Sîdi Mohammed ben Ali Es-Senoüsî.
    Il en aura été de son destin comme de ses deux livres. Le tout jeune homme qui, le 13 mai 1859, partit de l'oasis de Biskra pour un voyage qu'il entreprenait " par amour pour la science et pour satisfaire une grande passion pour les découvertes des contrées lointaines " ne doutait pas des promesses que la vie semblait alors lui faire. Le 25 avril 1892, quand il s'engagea dans le bois de Meudon un revolver dans la poche, il avait eu le temps d'apprendre que la vie ne tient pas toujours ses promesses.
    Cette biographie suit Duveyrier dans son voyage parmi les Touaregs, dans l'écriture des Touareg du Nord, puis dans le triste cheminement qui l'a conduit de ce premier livre au second, puis au suicide.

    Sur commande

  • Il est difficile aujourd'hui de parler de l'orientalisme sans évoquer la « querelle » dont il est l'objet depuis que Edward Said proclama que l'Orient dont s'occupent les orientalistes est une fabrication de l'Occident. Les contributeurs du présent volume entendent pourtant se situer en dehors ou au-delà de cette querelle.

    Pour ce faire, ils ont notamment porté leur regard sur ce que l'on peut nommer des « objets viatiques ». Ceux-ci rendent bien compte d'interactions qui ne sont nullement à sens unique, ou déterminés uniquement par un rapport de domination. Du choc esthétique que constitua pour Delacroix la musique judéo-arabe, à l'histoire d'un manuel d'érotologie mystérieusement traduit dans l'Algérie coloniale, en passant par la constitution du mythe touareg ou l'influence du tourisme sur l'artisanat marocain contemporain, le lecteur curieux et méfiant à l'égard des simplifications trouvera ici un ensemble d'études illustrant la diversité des approches dans un champ du savoir toujours fécond.

    Nous y retrouverons aussi l'inspiration de François Pouillon, pour qui ce volume a été composé. Animant depuis de nombreuses années un séminaire de l'EHESS, il n'a jamais hésité à aborder des sujets parfois décalés. Ce sont par exemple la biographie du peintre Étienne Dinet, qui mourut musulman dans l'oasis de Bou-Saada, les textes de l'Émir Abd-El-Kader sur le cheval arabe, ou les enjeux anthropologiques des formules de salutation. En même temps que ce volume qui lui est dédié, les éditions Karthala publieront prochainement un recueil de ses recherches consacrées au monde bédouin.

  • Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie...
    Chaque année, l'essentiel du Maghreb politique, économique, social et culturel : les faits et les tendances... les mutations internes...
    Leurs perspectives... et le commentaire des chercheurs... mais aussi la place du Maghreb dans les relations internationales et les enjeux dont il est l'objet... avec en dossier de recherche 2011 une mise en perspective historique des mouvements qui traversent aujourd'hui le Sahara et ses marges.
    La période qui s'étend de la fin de l'année 2010 au début de 2011 constitue une rupture dans l'histoire des régimes autoritaires arabes. Le souffle des protestations sociales est parti de Tunisie et a emporté le régime de Ben Ali le 14 janvier 2011, puis celui de Moubarak en Egypte un mois plus tard. La Tunisie est donc au coeur de la seconde partie de L'Année du Maghreb qui traite de l'actualité maghrébine.
    Si l'onde de choc de la "révolution" tunisienne a occulté les enjeux sahariens, le Sahara constitue toujours un sujet de préoccupations des médias occidentaux :
    Refuge d'al-Qaïda au Maghreb, cette région est analysée en termes strictement sécuritaires. Zone d'instabilité, le Sahara est perçu comme l'aire de jeu des terroristes et le lieu de passage des "hordes d'émigrés" en partance pour l'Europe.
    Le dossier de recherche de L'Année du Maghreb, coordonné par Dominique Casajus et ancré dans une perspective historique, donne du Sahara l'image beaucoup plus nuancée d'une région en mouvement. Aire géographique nourrissant les utopies techniciennes et littéraires, le Sahara a toujours été pris dans un réseau de relations, inséparables de ses marges. Alors que l'Europe de Schengen s'obstine à voir dans le Sahara un lieu vide dont il faut à tout prix empêcher qu'il ne soit traversé, il est en réalité une zone où poussent les villes, se déploient des réseaux commerçants transnationaux, se développent des échanges licites et des trafics illicites, s'affirment des mouvements politiques qui instrumentalisent les Etats et/ou sont instrumentalisés par eux.

  • Anthropologue africaniste, Michel Izard a commence´ en 1957 ses recherches au Yatenga, l'un des royaumes Moose du Burkina-Faso. Il a de´taille´ comment les « Gens du pouvoir », conque´rants venus du Sud au xvie sie`cle, devaient s'en remettre a` leurs sujets autochtones, les « Gens de la terre », du soin de propitier une terre nourricie`re sur laquelle la conque^te ne leur donnait aucun pouvoir. La philosophie de cette configuration politico-religieuse spe´cifiquement africaine pourrait se re´sumer ainsi : le pouvoir sur les hommes vient toujours d'ailleurs; et les hommes sont sans pouvoir sur la nature, ils peuvent seulement espe´rer se la rendre favorable par des rituels approprie´s. Ses travaux scientifiques ont largement de´borde´ le domaine africain et inspire´ toute une ge´ne´ration d'ethnologues, Michel Izard jouant aussi un ro^le important dans la communaute´ anthropologique, comme enseignant, administrateur et animateur.

    Les chercheurs re´unis ici proposent plusieurs points de vue sur l'histoire politique de l'Afrique de l'Ouest, librement inspire´s de l'oeuvre de Michel Izard. Outre des contributions consacre´es aux Moose, plusieurs envisagent, dans une perspective comparative, d'autres socie´te´s africaines, ou prolongent, re´actualisent et discutent ses principales intuitions anthropologiques. L'ensemble se veut au bout du compte une re´flexion sur le me´tier d'ethnologue.

    Sur commande

empty