Denis Crouzet

  • Durant les affrontements des guerres de Religion qui déchirèrent la France entre 1562 et 1598, des enfants catholiques âgés de six à douze ans participaient à l'exécution des hérétiques, se faisant ainsi tueurs, massacreurs et tortionnaires. Comment expliquer une telle présence des enfants au coeur de la violence qui emporte le catholicisme militant dans des rêves sanglants ? L'innocence et la pureté de ces jeunes bourreaux sont paradoxalement exaltées dans les rituels de mise à mort, sorte de théâtre biblique impitoyable, qui confèrent au combat des hommes pour le salut une signification prophétique.
    Denis Crouzet fait la lumière sur ce surgissement de haine sacrée qui, plus qu'un épiphénomène ou une scorie de l'histoire des guerres de Religion, nous permet de pénétrer dans la profondeur des imaginaires qui se cristallisent autour de deux événements majeurs : le massacre de la Saint-Barthélemy et l'assassinat d'Henri III, le dernier souverain de la monarchie des Valois-Angoulême. Dans un contexte angoissant de fin des temps, il montre que le basculement dans l'horreur et l'inhumain devient la seule voie de salut pour les « enfants de Dieu ».

  • Christophe Colomb

    Denis Crouzet

    Tour à tour dépeint comme un aventurier audacieux ou un conquérant avide, un visionnaire incompris ou un illuminé intransigeant, Christophe Colomb (1451-1506) est aujourd'hui celui qui a volontairement déclenché le premier génocide amérindien au nom du Christ et des rois catholiques.
    Denis Crouzet privilégie ici le regard quasi onirique que le Gênois portait sur le monde et sur lui-même. À partir du Journal de bord ou du Livre des prophéties de l'Amiral de la mer Océane, il recompose ses rêves, ses attentes, ses angoisses, et démêle l'écheveau d'un imaginaire singulier. Colomb s'imagine avoir trouvé une terre bénie, signe divin annonçant le retour du Christ. Ses déceptions multiples - l'or qui est rare, le Cathay qui tarde à apparaître, le mécontentement de ses compagnons et les réactions défensives des Indiens - vont le convaincre que la révélation apocalyptique dont il est le héraut se heurte à la puissance du Diable. Il bascule ainsi dans un temps de violence, imprimant une tournure dramatique à la rencontre avec le Nouveau Monde.

  • Découvrez La nuit de la Saint-Barthélémy - Un rêve perdu de la Renaissance, le livre de Denis Crouzet. Que s'est-il vraiment passé la nuit de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572 ? Pourquoi, brusquement, des milliers de protestants ont-ils été mis à mort dans Paris ? Au fil d'un enquête exemplaire, Denis Crouzet observe minutieusement la reine Catherine de Médicis. Il fait ressurgir, à l'occasion du mariage de sa fille Marguerite et du prince protestant Henri de Navarre, son idéal de tolérance et ses stratégies de conciliation des factions qui, depuis 1562, entraînent le royaume de France dans des guerres civiles atroces. Il montre comment, à l'occasion de l'attentat dont est victime au sortir du Louvre l'amiral Coligny, son rêve de paix se brise tragiquement le 22 août 1572 sur une radicalisation des catholiques et des protestants. La concorde humaniste ne peut résister à une effrayante montée des tensions religieuses qui, sans doute dans la pensée d'éviter une nouvelle guerre civile, contraignent la monarchie à procéder à une exécution préventive des chefs du protestantisme militaire. Mais c'était sans compter sur l'exaltation qui porte immédiatement les catholiques parisiens au massacre de tous ceux qui, à leurs yeux, rompent l'union du royaume avec Dieu. Au-delà de cet enchaînement événementiel, La nuit de la Saint-Barthélemy dévoile la façon tragique dont les femmes et les hommes en viennent parfois à défaire, dans le sang, le lien fragile qui autorise la vie en société.

  • Dieu en ses royaumes évoque les affrontements religieux dans la France du XVIe siècle en racontant une histoire saturée d'angoisses et de rêves.
    C'était le temps où montait en force le fantasme de l'imminence de la fin des temps et où, face à l'obsession du péché, Calvin proposa au fidèle une voie alternative et libératoire supprimant l'angoisse du salut en le portant à vivre dans une «bonne crainte» de Dieu. Au coeur même de la dynamique des fixations confessionnelles, s'installait la violence d'un conflit entre hantise eschatologique et désangoissement: deux royaumes de Dieu s'affrontaient.
    C'était aussi le temps qui voyait le pouvoir monarchique revendiquer une mission messianique et devenir l'enjeu du conflit même.
    Une synthèse inspirée de l'histoire des guerres de Religion.

  • Charles Quint

    Denis Crouzet

    Charles Quint règne sur presque toute l'Europe, de l'Espagne aux Pays-Bas, de l'Allemagne à la Franche-Comté, de la Lombardie à la Sicile. Au-delà des mers, il conquiert les vastes territoires des Empires aztèque et inca. Mais, en quelques années, la chrétienté se divise, en proie à la sédition religieuse. C'est un portrait inattendu de l'Empereur que dresse ici Denis Crouzet : rêvant d'une monarchie chrétienne universelle, Charles Quint est déchiré entre son désir de paix et les devoirs de gloire que lui imposent son rang et son sang.
    En quelques années, de 1545 à 1552, ce souverain à la puissance inégalée voit s'effondrer le monde et s'ouvrir des temps de violence et de peurs.

  • Réactualiser par l'histoire la figure d'espérance et de liberté de l'esprit que porte l'Europe en elle dans sa longue durée, retrouver un désir d'être que la seconde partie du XXe siècle n'a fait que réaliser, tel est le projet de ce livre collectif, un livre de combat et de défense d'une conscience de soi qui est aussi nécessairement une conscience de ce que l'autre est soi.
    Il est aussi un appel à ce que l'histoire se replace désormais dans les chemins parcourus au XXe siècle par de grands historiens européens comme Pirenne, Huizinga, Febvre, Le Goff, Hobsbawn..., appréhendant l'Europe non comme un épiphénomène soumis à des vicissitudes toujours récurrentes, mais comme le premier pallier d'une anthropologie humaniste de la globalité permettant de redire la certitude d'une universalité...

  • Ses prédictions ont tant alimenté les pronostics les plus fous des marchands d'apocalypse qu'on en oublierait presque que Michel de Nostredame (1503-1566), dit Nostradamus, était un homme de la Renaissance.

    Pour Denis Crouzet, on s'évertuerait bien en vain à donner du sens à ses Prophéties, celles-ci échappant précisément à toute tentative d'interprétation. Plutôt que de dire l'avenir, Nostradamus aurait voulu "prophétiser", c'est-à-dire délivrer aux hommes la parole de Dieu. En penseur du doute, il les conjure de prendre conscience de leur ignorance et de leur nature résolument pécheresse. Dans un siècle traversé par les violences les plus extrêmes, celui des guerres de Religion, Nostradamus est un chrétien doté d'une foi profonde, évangélique, qui, refusant les déchirements confessionnels, tente d'initier ses contemporains à une piété de l'intériorité fondée sur la présence, en soi, du Christ. Un rêve de paix intérieure inspiré par Marsile Ficin, Erasme et Cornelius Agrippa, et nourri par Marguerite de Navarre, la soeur du roi François Ier. Comme Rabelais, pour qui le récit burlesque était une thérapie contre les maux de ce temps, Nostradamus se pensait en médecin des âmes, en plus d'être un médecin des corps. Effrayant ses lecteurs en leur dévoilant des lendemains terribles et menaçants, il leur montrait que la haine était le plus grand des périls et que le seul remède était de vivre dans l'amour et dans la paix du Christ.

    Un essai inspiré qui, en sondant l'imaginaire d'un homme à l'oeuvre aussi énigmatique que la vie, lui confère une dimension inédite et lui redonne une place dans l'histoire de la pensée humaine.

  • Dans une France du XVIe siècle d'abord troublée par la désunion religieuse puis déchirée par les guerres civiles, Michel de L'Hospital eut le sentiment de vivre un temps de malheur toujours plus oppressant.
    Il ne cessa jamais de décrire ses contemporains comme marqués par un péché les emportant loin de Dieu, les faisant glisser dans un univers toujours plus tragique. Cependant sa foi évangélique faisait de lui un autre Rabelais; il se voulait le sage d'une immense espérance. Il pensait, jusqu'au plus fort de la tempête des haines et des violences, que tout était encore possible, que l" amitié " entre citoyens d'une même "patrie" pouvait être le sens de l'histoire.
    Si les Français, catholiques comme calvinistes, acceptaient de retrouver les voies d'une vertu perdue et de vivre en concorde, un jour verrait le retour de l'unité chrétienne. Michel de L'Hospital eut donc le rêve de l'établissement, grâce à la modération politique d'un roi totalement dévoué à la défense du bien commun, d'un ordre de paix neutralisant les visions sanglantes qui agitaient nombre de consciences.
    Chancelier de François II et de Charles IX, mais peut-être aussi prophète d'un Dieu tout-puissant qu'il imaginait Dieu de justice et d'amour, il tenta de promouvoir une grande utopie qui fut impuissante face à la force du malheur. Ce livre, sous la forme d'une biographie introspective, tente de reconstituer ce qui fut une des sagesses de la Renaissance française.

  • Le 8 septembre 1523, en pleine nuit, Charles de Bourbon, connétable de France, disparaît. Des mois durant, il avait poursuivi une quête d'amour, il avait tenté de faire reconnaître par son roi, François Ier, un honneur qui possédait à ses yeux une dimension sacrée. Traqué et pourchassé, accusé de félonie, il réussit à échapper à tous les périls et, parvenu en Lombardie, il est investi le 18 mars 1524 par Charles Quint de la charge de lieutenant général. S'ouvrent trois années d'une lutte acharnée pour la vengeance qui voient le transfuge envahir la Provence, puis infliger à son adversaire l'humiliante défaite de Pavie, avant de venir périr, au petit matin du 6 mai 1527, sous les murs de Rome. Prend ainsi fin le jeu d'une aventure témoignant d'une puissante espérance d'inscrire, dans la violence et dans un ultime défi à François Ier, son histoire dans l'Histoire.
    C'est sous cet angle d'une expérience sacrificielle de combat contre le mal tragique des passions mondaines que Denis Crouzet a cherché à comprendre ce désir d'éternité qui, dans des temps assombris par des craintes et des doutes, animait l'imaginaire chevaleresque du connétable de Bourbon.
    La vie, alors, était comme un songe...

    Denis Crouzet est professeur d'histoire du XVIe siècle à l'université de Paris-IV Sorbonne. Ses recherches portent sur les imaginaires de violence et de paix aux temps des Réformes. Il a, entre autres livres, publié La Nuit de la Saint-Barthélemy (Fayard, 1994), et Jean Calvin (Fayard, 2000).

  • Le XVIe siècle français est marqué par la figure de Catherine de Médicis (1519-1589) qui, exerçant le pouvoir avec une étonnante ténacité, fut soupçonnée de recourir aux moyens les plus sinistres, mensonges, complots, poison, magie noire, assassinats, culminant dans l'extrême violence du massacre de la Saint-Barthélemy. C'est avec une énergie intense qu'elle se consacra à la défense de l'État monarchique, incarné successivement par ses fils François II, Charles IX et Henri III.
    L'humaniste Étienne Pasquier disait qu'elle « était armée d'un haut coeur », un coeur supérieur, plein de force, de foi et d'intelligence qui la poussa à se dresser contre les passions qui ensanglantaient le royaume. Dans sa magistrale étude, Denis Crouzet fait vivre cette Catherine de Médicis plurielle, oscillant entre le bien et le mal, adepte de la parole et de la négociation, figure humaniste persuadée de sa mission de pacification du royaume, mais aussi fine stratège, forgeant les instruments idéologiques de son intrusion active dans la sphère de la décision politique, allant jusqu'à légitimer l'usage de la violence vue comme une nécessité pour l'avenir de la paix. Dans le contexte tragique des guerres de Religion, autour d'une souveraine hors du commun, s'invente la raison politique moderne.

  • c'est en se focalisant sur une violence jugée " inouïe " par les contemporains que ce livre entend proposer une explication de la grande cassure religieuse du xvie siècle français.
    tout aurait commencé vers 1525, quand monte dans le royaume de françois ier une grande angoisse du châtiment divin. le monde se surenchante prodigieusement : sur terre et au ciel apparaissent des signes prophétiques qui proclament l'imminence de la fin des temps et la faute d'une humanité qui a oublié dieu. survient le temps des guerriers de dieu, le temps d'un " triomphe de la guerre ". deux imaginaires s'opposent aux lendemains de la mort du roi henri ii.
    les huguenots, recourant à une violence désacralisatrice, s'efforcent d'éradiquer les " pollutions " d'une église romaine ennemie du christ : images et reliques saintes, prêtres... les violences des papistes sont des violences mystiques qui visent le châtiment de tous ceux qui ont rompu avec dieu : elles marquent sur les corps des hérétiques les signes effroyables de la colère du christ accomplissant l'ordre des temps.
    cette histoire, qui, de part et d'autre, est celle d'une quête du pardon divin, culmine en intensité lors de la tragédie de la saint-barthélemy. pour les guerriers de dieu, après 1572, s'ouvre le temps du " repli " de la violence. aux protestants survivants, le massacre révèle une situation d'impureté culpabilisante ; aux catholiques, parce que se défait l'illusion d'une alliance retrouvée avec dieu, il suggère que la france demeure infidèle et corrompue.
    la faute n'est plus celle des seuls hérétiques, elle est désormais celle de tous. et l'angoisse prophétique revient en force avec le temps de la ligue, " sainte union " mystique de préparation pénitentielle à la venue de dieu et d'intériorisation de la tension d'agression. la violence de sang devient alors comme impossible, surtout après qu'elle semble s'être accomplie, lors du régicide d'août 1589, dans la " force " de dieu venue en un seul fidèle, le dominicain jacques clément.
    au terme de cette dynamique d'expansion et de réduction du désir de violence, s'impose l'ordre d'un roi de la raison : henri iv se veut le roi pacificateur du royaume parce que son règne va inaugurer la fin du temps des angoisses, le monarque providentiel de toute éternité appelé à agencer sur terre un " bonheur " humain. la véritable " modernité " du xvie siècle ne serait-elle pas là ? " tout dans ce livre étrange, fascinant, dérange, bouscule, piétine les certitude d antan.
    rien ne se comprend plus après comme avant, ou plus exactement, tout commence à se comprendre " pierre chaunu.

  • Le XVIe siècle est un héros : Michelet inventeur de la Renaissance Nouv.

    Succédant à la « tyrannie » du Moyen Âge et précédant un XVIIe siècle de régression, le XVIe siècle fait figure de véritable balise pour l'historiographie française, faisant naître de nouvelles façons de penser et d'écrire l'histoire.
    Pour l'expliquer, Denis Crouzet montre que la Renaissance fut, dans la gestation de l'écriture de l'historien Jules Michelet qui, le premier, lui donna ses lettres de noblesse, un vecteur d'une « modernité » promouvant des idées de liberté et de fraternité face aux atrocités et aux violences confessionnelles. C'est-à-dire que le XVIe siècle, cette époque où les hommes, n'acceptant plus leur monde, ont entrepris de le refonder, et où est apparu un héros constitutif d'une mythologie républicaine, le peuple, eut pour Michelet un sens moral et politique qui le dépassait.
    Face à l'échec de la Révolution et des révolutions du XIXe siècle dont il est le contemporain, la Renaissance devient un bouclier opposé au pessimisme d'une humanité en perte d'héroïsme, qui permet non seulement à Michelet de conjurer par son écriture une part d'obscurité qui l'habiterait - la mort de son frère qui aurait ferait de lui un enfant de remplacement -, mais aussi d'affirmer que, malgré les peurs qui hantent le passé des hommes, les forces de vie et de liberté demeurent latentes et prêtes à être réactivées. Dès lors, l'historien peut écrire qu'un avenir positif attend les hommes et l'histoire devient une pédagogie éthique de l'espérance.

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  • Lorsque, sur la fin du mois de mars 1562, le prince de Condé lance un appel aux Eglises protestantes en vue d'une mobilisation générale des fidèles de l'Evangile, le royaume de France est pris dans la spirale d'un processus accéléré de changement historique qui, d'une situation de rupture de l'unité religieuse, le fait basculer dans la guerre civile.
    Catholiques et calvinistes vont désormais s'affronter, de manière certes discontinue, durant près de quatre décennies dramatiques.
    Mais ce rapide glissement dans la violence collective ne doit pas oblitérer une évidence : la Réforme française relève d'un lent travail, et 1562, façonne une dynamique identitaire. Sa séquence de genèse semble débuter par des expériences religieuses plurielles, empiriques et bien souvent instructurées, dont certaines s'amplifient ou se transforment en des attitudes schismatiques que la répression étatique ne parvient pas à brider et que, tardivement, le calvinisme fixe dans un ordre confessionnel.
    C'est cette histoire que ce livre, en se fondant sur la diversité des approches historiographiques, tente de recomposer.

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  • nous croyons tout savoir de christophe colomb (1451-1506) dont nous fêtons le cinquième centenaire de la mort.
    en réalité, l'homme, volontiers énigmatique et manipulateur, échappe aux tentatives d'investigation. les historiens l'ont dépeint tour à tour comme un génial ou un pitoyable navigateur, un aventurier avide, un visionnaire incompris ou un illuminé intransigeant. fidèle à ses travaux antérieurs, denis crouzet a choisi de privilégier le regard quasi onirique que le marin génois portait à la fois sur le monde et sur lui-même.
    a partir du journal de bord et du livre des prophéties de l'amiral de la mer océane, il recompose ses rêves, ses attentes, ses angoisses, et démêle l'écheveau d'un imaginaire singulier. son premier voyage dans les îles joue alors comme un catalyseur du millénarisme qui l'habite. confronté à une nature enchanteresse et à une humanité qu'il juge innocente, colomb s'imagine avoir trouvé un nouveau paradis terrestre et voit là un signe divin annonçant un retour du christ et l'évangélisation prochaine de tous les peuples de la création.
    ses déceptions multiples - le manque d'or, l'illusion de l'empire du cathay, le mécontentement de ses compagnons et l'hostilité des indiens - vont pourtant le convaincre progressivement que la révélation apocalyptique dont il se veut le héraut n'est pas écoutée. il bascule ainsi dans un temps de violence, imprimant une tournure dramatique à la rencontre avec le nouveau monde asservissements, massacres, famines, pandémies entraînent en quelques années l'éden dans une effrayante apocalypse.
    un essai percutant et inspiré qui tranche résolument avec les précédentes biographies de colomb.

  • Faut-il encore lire les historiens disparus? Le cas de Pierre Chaunu est intéressant car l'homme a marqué pendant un demi-siècle des générations d'historiens et touché un public important. Depuis sa position centrale dans l'establishment, à la Sorbonne, chez les éditeurs, et jusqu'à l'Académie et au Figaro, son rayonnement a été considérable. Or, ce livre est composé surtout de textes d'historiens n'ayant pas connu Pierre Chaunu: l'interrogation porte ainsi sur la pérennité et la caducité des idées que l'on produit. Celles de Pierre Chaunu se sont transformées, perpétuées et périmées au gré des grandes mutations politiques, techniques et culturelles de la fin du XXe siècle et durant le premier quart du XXIe siècle. Reflets du temps qui passent, des modes intellectuelles et de la permanence des angoisses de l'historien face à ses propres regards sur le passé, ces contributions - loin d'une hagiographie - éclairent d'un jour nouveau la manière dont l'historien compose l'histoire...

  • Faisant retour sur les attaques criminelles de janvier 2015 à Paris, deux historiens rappellent ce qu'ont été les guerres de Religion du XVIe siècle car, par la logique du massacre, Daech et les terroristes pratiquent effectivement une nouvelle forme de guerre de religions. Loin de tenir les attentats pour des épiphénomènes de l'anticolonialisme, du tiers-mondisme, du racisme, des problèmes de la banlieue ou du conflit israélo-palestinien, ils soulignent la dimension eschatologique du projet théologico-politique des assassins. Souvenons-nous que la France du XVIe siècle a connu un contexte semblable, où tuer son voisin revenait à participer à un saint élan de purification du corps de l'Église. Souvenons-nous aussi que l'État moderne s'est patiemment mais sûrement construit sur le règlement de la «?discorde civile?» de religion.
    Que nous apprend notre histoire de cette résurgence de la violence au nom du sacré ? Pour éradiquer les fausses idées et le sortilège des croyances, comment intégrer au mieux un véritable enseignement du fait religieux dans les collèges et les lycées ?

  • L'Europe des xve et xvie siècles voit émerger puis triompher le mouvement humaniste. Comment l'humanisme, né comme une contre culture et diffusé par des réseaux intellectuels italiens épris de la redécouverte des classiques, s'impose-t-il aussi vite comme un modèle dominant ? A cette question classique, ce livre apporte des réponses nouvelles. Il montre que l'humanisme triomphe à travers l'Europe selon des formes, des expressions et des degrés variables selon les espaces, les publics et les écosystèmes socio-politiques et socio-intellectuels. Il évoque les résistances parfois farouches que ce système d'interprétation du monde rencontra. Il brosse, en laissant toute leur place aux multiples capacités d'adaptation de cette culture, le tableau bigarré des humanismes européens.

  • Cet ouvrage fait surgir des figures connues et moins connues de chanceliers actifs dans l'Europe des xve et xvie siècles. Il s'agit d'analyser comment en Italie, en Angleterre, aux Pays- Bas ou en France, une fonction centrale dans la gestion des États a été investie par un humanisme conquérant.

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