Arts et spectacles

  • « Je ne suis pas un critique ou un spécialiste de l'histoire de la photographie, j'écris ce texte sur l'oeuvre de Bernard Plossu au regard de ce qu'elle me donne à penser, ce qu'elle m'apporte de connaissances sur le monde. Ce livre est une marche commune, une ballade à ses côtés où je dis comment je vois ses photographies, peut-être comment elles me voient elles-mêmes, comment elles m'atteignent. Ecrire en se laissant porter par le regard, sous l'empire de ses photos en essayant de comprendre ce qu'elles transforment en moi, les émotions qu'elles font naître, les rappels de mémoire. Ce n'est pas une biographie non plus, mais une conversation. Nous parlerons de voyage, d'amitié, de marche, de silence, d'un certain attachement à la solitude, à la contemplation. Au-delà de l'amitié, une connivence nous relie, une manière de toucher le monde par l'image pour Bernard Plossu, et pour moi par l'écriture, l'un et l'autre dans un affût qui ne cherche jamais l'appropriation mais le témoignage, épouser les mouvements du réel plutôt que de les commander. » David Le Breton

  • Qui, jeune, n'a pas aimé Rimbaud ? Et qui n'a pas rêvé d'aller sur ses traces ? Évidemment, certains préfèrent regarder la télé...
    Françoise Nuñez, en 1980, avait 23 ans, et, après ses années flamenco de feu, la voilà avec un appareil photo et l'envie de voir le monde, de retrouver ses amis à Djibouti, de prendre le train fameux qui mène en Ethiopie. La voilà sur les routes de l'Afrique où Rimbaud était allé ne pas écrire ses poèmes de sable et de vent. Instinctivement, elle n'a pris que le 50 mm comme objectif sur son appareil, pressentant que la photo doit être simple et directe. Sans effets, pour bien parler, bien dire ce qu'on voit, bien faire passer les sens qui entourent le voyage avec mille odeurs neuves...
    Et, peut-être à cause du flamenco si rigoureux, elle sent que c'est le noir et blanc qui peut traduire le mystère de ce qu'elle cherche, de ce qu'elle veut découvrir...
    Cela s'appelle un voyage initiatique. Tout simplement. Et, en regardant ces images, on est vraiment dedans : on les sent, on les voit, on les entend, on les respire. Elle est, dès la première seconde, une vraie photographe, et pas une faiseuse. Elle ne fait pas ça pour plaire, mais pour être.
    Bernard Plossu.

  • Consacrée au corps, ce troisième volume (après Véhicules et Architectures) de la série Art Brut La Collection qui accompagne les Biennales de L'ar t Brut, propose exclusivement des oeuvres issues des collections du musée lausannois - dont certaines rarement exposées.
    Le livre réunit un grand nombre de dessins, peintures, photographies et sculptures et re#ète les multiples représentations du corps dans les productions d'Art Brut, sans perdre de vue la dimension du dialogue intime que les auteurs entretiennent avec leurs créations. Ces oeuvres relèvent d'un corps à corps ; elles constituent des « batailles » sans médiation ni concession que le créateur mène avec sa propre image et son vécu singulier. Pour certains d'entre eux, le corps est le refuge d'une intimité complexe ; pour d'autres, une prison à fuir, ou encore le centre d'énergies à libérer et à transformer.
    Rarement exposés et publiés, les tatouages de prisonniers attestent de l'intérêt de Jean Dubuffet, fondateur du concept d'Art Brut, et à l'origine du musée lausannois, pour des créations se situant en marge du milieu de l'ar t. Les grands « classiques » de l'Art Brut, telle Aloïse Corbaz, côtoient des découvertes plus récentes, comme les corps-visages d'Eric Derkenne, ou la toute puissante « transsexualité nucléaire » de Giovanni Galli. Dédoublement de soi et jeux de miroir témoignent d'une quête identitaire instinctive, comme chez Josef Hofer et Robert Gie. Morcelé et fragmenté, avec Giovanni Bosco, ou rassemblé dans une unité cosmique, avec Guo Fengyi, le corps matérialise un #ux perpétuel dont l'ar t peut s'emparer pour en faire un témoignage existentiel.

  • «H+» est le signe de ralliement des adeptes et thuriféraires du transhumanisme. Courant de pensée, école philosophique et mouvement international de grande audience, le transhumanisme, né dans la mouvance de la contre-culture américaine des années 1960 et théorisé de manière approfondie dans les universités californiennes à l'aube des années 1990, connaît aujourd'hui un engouement considérable. Matthieu Gafsou nous fait pénétrer au coeur des laboratoires où se développent exosquelette,  neurostimulation, transfert de l'esprit humain sur ordinateur, cryogénie, transgenèse, cyborg, anthropotechnie, toutes disciplines ou réalisations qui déclinent à foison les promesses ou les peurs potentielles engendrées par le fameux sigle NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives).

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