Fabert

  • La radicalisation se nourrit de grandes figures anthropologiques : ordalie, sacrifice, disparition de soi... Les stéréotypes de genre sont exacerbés : les filles vouées au mariage et à la maternité, les hommes à la guerre. Ce texte aide à comprendre le sens de ces comportements qui relèvent des rites de virilisation, de l'indifférence à la cruauté infligée aux autres, de l'incapacité à s'identifier à l'autre, de l'exaltation pour la haine.

  • Les transformations corporelles s'imposent à l'adolescent. Elles soulèvent la question du regard des autres sur le jeune homme ou la jeune fille qu'il devient, l'ouverture au désir et à la génitalité. Son corps échappe à son contrôle, de même le statut qu'il acquiert au sein du social.

    En jouant de son apparence, le jeune fait de sa peau un outil d'expérimentation de soi, d'exploration et de recherche identitaire. Mais aussi, le corps se fait projection du mal-être de l'adolescent quand ses repères manquent et que s'affaiblit la solidité du monde des adultes. Les tentatives d'appropriation et de contrôle de l'image de soi par la coiffure, les tatouages, les vêtements peuvent s'avérer signes de détresse dans les conduites à risque, les addictions, les troubles alimentaires qui disent une volonté d'échapper à une identité insupportable.

  • Dans nos sociétés où les anciens modèles de genre s'effacent, la construction sociale du masculin se fragilise. Entrer dans la peau d'un homme est particulièrement malaisé pour certains adolescents qui cumulent des difficultés affectives et sociales sans trouver à leur côté des adultes fiables. Les conduites à risque sont marquées par les connotations sociales du genre. Chez les filles, elles prennent des formes discrètes, silencieuses, là où chez les garçons elles sont exposition de soi, souvent sous le regard des pairs.
    Nombre de ces conduites à risque masculines relèvent de rites de virilité, de rites de l'entre-soi. Cette image de soi à glorifier alimente maintes formes de violence parfois ultimes telles les tueries scolaires, le djihadisme. S'y retrouvent, l'impossibilité de s'identifier aux autres, une haine farouche qui tient lieu d'affiliation au monde, une fascination pour l'image et le sentiment d'atteindre une sorte d'immortalité par la virulence de l'acte.
    L'ouvrage est surtout centré sur les différentes formes de violences masculines.

  • Les conduites à risque sont des manières ambivalentes de lancer un appel aux plus proches, à ceux qui comptent. Elles témoignent de la résistance active du jeune et de ses tentatives de se remettre au monde. En dépit des souffrances qu'elles entraînent, elles possèdent un versant positif, elles favorisent la prise d'autonomie du jeune, la recherche de ses marques, elles sont un moyen de se construire une identité. Elles n'en sont pas moins douloureuses dans leurs conséquences à travers les blessures ou les morts qu'elles entraînent. Mais la souffrance est en amont, perpétuée par une conjonction complexe entre une société, une structure familiale, une histoire de vie. Ces épreuves que les jeunes s'infligent répondent à cette nécessité intérieure de s'arracher à soi-même et de renaître meilleur. Ce sont des rites intimes, privés, autoréférentiels, insus, détachés de toute croyance et tournant le dos à une société qui cherche à les prévenir.

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