Seuil

  • De Brel, on sait tout. Maisons de disques et héritiers ont tout raclé, fonds de tiroirs pourris et photos jaunies, ça radote comme chez Les vieux, de la fenêtre au lit, du lit au lit, d'un disque à l'autre. Ca ronronne au salon, ça pue la mort. Brel mérite mieux. Il mérite d'être bousculé comme lui-même défonçait la scène ; sinon, à quoi bon une nouvelle pièce à son Olympia ?

    Pour David Dufresne, Brel est tout à la fois « un père de substitution, une insupportable icône, le mec qui braille et qui transpire, le chanteur catho, comédien de seconde zone, et toujours là, quand il le faut, l'âme-soeur qui aide à lever ses cent kilos, quand la vie se joue de drame en drame ». Ses mots sont devenus devise pour la vie : « On fait ce qu'on peut mais il y a la manière »On ne vit qu'une heure est un livre avec Brel, plus que sur Brel, une invitation au voyage : « le plus dur ce n'est pas de prendre le train, dit-il dans un entretien, le plus dur c'est aller à la gare ». David Dufresne nous embarque sur le quai, celui de Vesoul et de sa fameuse chanson, comme un périple dans la France des toiles cirées, des petits salons de coiffure, des centre-ville qui se recroquevillent dès 6 heures du soir.

    Que reste-il du Grand Jacques ? De ses obsessions (la fraternité, l'amour, la soif de vivre et la mort) ? Fonctionnaires, sans le sous, bourgeois, maire de la ville, commerçants, David Dufresne brosse le portrait d'une France provinciale. Drôle et brisée. A la Brel.

    Une virée avec Brel lézardée de multiples citations du chanteur, extraits d'entretiens d'un philosophe intuitif, comme un prolongement du travail de collage de l'auteur déjà mis à l'oeuvre dans ses précédents ouvrages.

  • 1986. David Dufresne a 18 ans et débarque à Paris : le New Moon est un minuscule cabaret, le plus grand des petits clubs rock. Pour l'auteur, le centre du monde, le refuge de ses nuits, son maintenant.

    Trente ans plus tard, il raconte avec minutie et poésie les différentes vies et métamorphoses du lieu. La musique claque, les époques s'entrechoquent. C'est total Pigalle, carrefour de la jeunesse joyeuse et du no future tonitruant. Piaf y croise la Mano Negra et Manet, Virginie Despentes et Antoine la Rocca dit la Scoumoune, fameux bandit corse. Et si Pigalle n'avait finalement jamais été qu'un décor factice et fatigué, crade et fameux, beau et malfamé ? Mais où on était bien et où on apprenait, plus vite qu'ailleurs, les choses de la vie.

    Plongée littéraire envoûtante et romanesque, le récit avance par à-coups dans un siècle de Paris, lézardé par des photos, rapports de police, chansons d'époque et réclames cocasses. On y retrouve le goût du collage et les obsessions de David Dufresne : les archives, la musique, l'histoire urbaine.

    Après le succès de Tarnac, magasin général, le nouvel opus punk et mélancolique de l'auteur phare de la narrative non-fiction française.

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